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La rage du champion

Publié le par Bullomaniak

Giro d'Italia 2017 - étape 20

Il est toujours difficile d'expliquer pourquoi on est fan de Thibaut Pinot. On peut plus facilement constater l'enthousiasme général qu'il déclenche, et même sur le plan négatif, toute la passion qui plane autour du coureur. On conspue Pinot parce qu'il descend mal, parce qu'il ne sait pas frotter, parce qu'il est une éternelle déception (quoique ces affirmations aient de vrai) mais jamais on ne se pare d'une simple indifférence. Et dans le camp des adorateurs, on loue tout simplement sa vérité, sa fraîcheur, sa simplicité, son coup de pédale enthousiasmant dans les cols, son panache qui le pousse à prendre régulièrement la course à son compte même en n'étant pas le favori annoncé.

Dans les points négatifs revient la question du mental. Ses craquages réguliers sur le Tour de France poussent à interroger sa fragilité psychologique, à en faire un gros moteur incapable de subir la moindre pression. Et pourtant hier il y a eu quelque chose de neuf. Quelque chose qui l'inscrit définitivement dans les grands champions de notre époque. La soif absolue de victoire. La rage conquérante.

Sur les pentes de Foza, Thibaut Pinot a d'abord été mis en difficulté. A la peine sur la première attaque de Nibali, incapable d'accompagner Zakarin et Pozzovivo - ou plus tard les deux coureurs le précédant au général. Coincé à l'arrière avec Dumoulin, on s'attendait à une journée de gestion, à une fin de col au tempo pour limiter les dégâts. Mais on le vit d'abord attaquer Dumoulin. Puis reprendre seul Nibali et Quintana. Passer devant eux pour relancer le rythme et revenir sur la tête de course. Et là, surtout, on vit le visage de Thibaut Pinot. Un visage traversé par une intense souffrance mais où se dessinait une rage immodérée. Le visage d'un coureur déterminé à une seule chose : gagner. Gagner le Giro ou l'étape, peu importe, mais dépasser sa propre douleur pour l'infliger encore davantage à ses adversaires. Ne rien lâcher, ne rien regretter, et donner tout ce qu'il reste dans ce corps au comble de la fatigue.

On dit souvent que si Merckx ou Coppi ont été de si grands champions, c'est qu'ils savaient repousser la douleur un peu plus loin que les autres. La différence avec un Nairo Quintana tout en gestion, plus occupé à demander des relais, était flagrante. L'absolu était du côté de Pinot, le regard haut et ferme, les muscles tressaillants de fatigue et d'envie. Zakarin et Pozzovivo, aussi forts soit-ils, ne pouvaient résister à une telle hargne. Même constat après le regroupement. Un coureur tentait-il de partir en facteur que Pinot sautait sur lui. Pinot si fréquement critiqué pour ses descentes était incisif dans les courbes. Nibali ratait-il un virage que Pinot s'empressait de prendre sa place. Pozzovivo tentait-il d'anticiper le sprint que Pinot prenait immédiatement la roue. Physiquement Thibaut Pinot était prenable, mentalement il régnait loin au-dessus du peloton.

La rage du champion

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Réponse à Nicolas Fritsch

Publié le par Bullomaniak

Cet article est une réponse plus ou moins élaborée à un article pour velo101 et un post facebook de Nicolas Fritsch autour de la question des championnats du monde au Qatar.

Les récents championnats d’Europe de cyclisme organisés à Plumelec en Bretagne, pour la première fois ouverts aux professionnels, nous ont offert un beau podium, au terme d’un final intense dans la dernière ascension d’une côte de Cadoudal noire de monde.

 

Un final intense, un sprint quoi. Et difficile de trouver que Cadoudal ait été noire de monde, surtout avec l'accès payant.

Oui, ça ne sert à rien de pinailler sur l'introduction mais c'est du pur plaisir de contradiction inutile.

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La Bretagne, terre de cyclisme, cède sa place aux championnats du Monde qui s’ouvrent ce week-end à Doha, au Qatar donc, terre de..euh…de sable ?

 

Terre de pétrole plutôt.

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On lit et on entend beaucoup de critiques quant à cette organisation, tant au niveau purement sportif que d’un point de vue plus idéologique. A juste titre d’ailleurs, et un peu de recul s’impose pour tenter d’être objectif !

 

C'est une règle de base : l'objectivité ça n'existe pas. On peut procéder avec des outils épistémologiques pour cerner les biais de raisonnement et de procédure mais être objectif est une pure vue de l'esprit. Enfin là c'est encore de la branlette intellectuelle de ma part.

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J’ai moi-même beaucoup critiqué le Qatar, et c’est le moins que l’on puisse dire, me révoltant contre les faveurs qu’on lui octroyait tout en fermant les yeux sur leurs pratiques ancestrales. Ancestrales, effectivement, c’est le mot juste qui m’a aidé à me raisonner. Nous, européens, occidentaux, culturellement donneurs de leçons, ne devons pas oublier que des droits qui nous apparaissent aujourd’hui fondamentaux ne l’étaient pas pour « nos ancêtres » il y a quelques dizaines d’années seulement, hier ou avant-hier donc à l’échelle de notre longue histoire. Il nous est facile de juger du haut de nos idéologies actuelles, mais comment nous jugera-t-on, nous, dans un siècle ? N’oublions pas que le droit de vote n’a été accordé aux femmes françaises qu’en 1944 et que l’abolition de l’esclavage aux États-Unis ne remonte qu’à 150 ans. Pas de quoi faire les malins finalement.

 

Ouch ! Les faveurs qu'on accorde (nous européens évidemment). Fermer les yeux sur des pratiques ancestrales (disons le carrément, barbares). « Nous, européens, occidentaux, culturellement donneurs de leçon », et apparemment nous le sommes toujours au vu de ce paragraphe. J'avais utilisé le terme de colonialisme sur twitter et on est effectivement en plein dedans. Nicolas Fritsch veut contrebalancer son propos avec des barbarismes que nous avons eu aussi, mais il va néanmoins en plein dans l'idée de Progrès, un Progrès d'abord propre à l'occident ensuite redistribué vers les peuples barbares. Il serait pourtant facile, soit de ne pas considérer de haut les pratiques qataries en ne posant aucun jugement moral, soit de relier à des pratiques encore actuelles en Europe. Après tout l'esclavage existe toujours dans nos pays à travers les réseaux de prostitution. Est-ce mieux que l'exploitation des immigrants au Qatar ? On pourrait tout autant parler du travail au noir en France ou des immigrés sous payés dans l'agriculture. On pourrait même dans un marxisme affirmé considérer que l'exploitation au Qatar n'est qu'une forme plus sauvage de l'exploitation des prolétaires en Occident.

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Cela n’excuse évidemment pas certains comportements des Qataris, notamment vis à vis d’ouvriers pakistanais au sort à peine plus enviable que celui des esclaves noirs américains. Mais cela permet de mettre les choses en perspective, et peut-être faut-il simplement laisser du temps à tout un peuple, à toute une culture, d’évoluer vers des valeurs qui nous semblent justes. J’ai mis du temps à me raisonner, et j’ose espérer que le temps me donnera raison lui aussi. En attendant, place au sport donc !

 

Les valeurs qui semblent justes : les nôtres. On est en plein dans de l'européo-centrisme aujourd'hui rejeté dans les milieux scientifiques mais malheureusement toujours ancré dans les mentalités. La perspective n'y change rien : le Progrès n'est pas une réalité effective, rien ne dispose particulièrement à ce que les choses soient meilleures dans les années à venir, voire que ça soit nous qui rabaissions nos normes du droit du travail (n'est-ce pas d'ailleurs ce qui se passe ?). Le peuple qatari doit évoluer : en renversant le discours, il est encore primitif. C'est considérer que le Qatar n'est pas pleinement conscient, qu'il est encore enfant, et non un adulte responsable à critiquer d'égal à égal. Bref, du discours issu des rhétoriques colonialistes. Je ne vise pas Nicolas Fritsch ici, mais clairement ce paragraphe est extrêmement maladroit.

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Et je pense qu’il faut accueillir favorablement l’émergence de nouvelles nations, aussi exotiques et à priori étrangères à la sphère cycliste soient-elles

 

Tout à fait d'accord. Mais le Qatar n'ayant aucun sportif cycliste, on a du mal à voir l'émergence d'une Nation. Si vraiment on veut aller développer une Nation cycliste nouvelle l'Iran qui fait déjà sa place dans le circuit asiatique est bien plus intéressant sur le long terme. Ou enfin investir dans le cyclisme africain qui n'arrive pas à se développer.

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il faut saisir cette opportunité, et, plus bassement mais plus concrètement parlant, prendre l’argent là où il est, au Qatar par exemple, pour aider là où il n’y en a pas, tout simplement. Combien de courses européennes se meurent pour des basses (oui parler d’argent c’est mal…mais paradoxalement indispensable !) raisons financières ? Prendre l’argent aux riches pour le donner aux pauvres…l’UCI anglo-saxonne serait-elle le Robin des Bois du 21ème siècle ?

 

En quoi l'argent dépensé par le Qatar va-t-il aider qui que ce soit ? Il n'a servi qu'à financer la course et rien d'autre. Le Bahreïn a certes créé une équipe mais le Qatar non. Ou est la redistribution ? C'est d'autant plus raté qu'on sait qu'un grand événement sportif dans un pays relance les investissements vers la formation et les petites courses. Pour donner un exemple récent, c'est suite aux coupes du monde de cyclocross nord-américaines que la fédération canadienne a enfin mis en place un programme de formation et d'accompagnement de jeunes coureurs dans la discipline. Un championnat du monde en France aurait peut-être relancé des financements...

Quand à considérer l'UCI anglo-saxonne comme un Robin des Bois, c'est se foutre du monde. Brian Cookson est dans une logique de promotion de l'élite et non dans un modèle de redistribution.

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Le cyclisme peut vivre avec son temps, en phase avec la mondialisation, tout en restant lui-même, il peut s’ouvrir sans renier ce qui a fait son histoire. Et non seulement il le peut mais il le doit ! Je vois le cyclisme comme un sablier en verre dont le sable (tiens !) de la base européenne viendrait nourrir d’expérience une base « exotique » qui reverserait en retour les moyens dont elle dispose, dans un cycle vertueux.

 

L'image du sablier est intéressante : les moyens (le sable) ne peut pas remonter vers le cyclisme à l'ancienne sans forcer à retourner le sablier. Ce que ne cherche en aucun cas à faire l'UCI (ni Madiot au passage qui lutte contre les droits de formation). Mais là surtout le problème de généralités qui viennent justifier un cas particulier.

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Attention toutefois, et c’est là où Marc Madiot a raison, il ne s’agit pas que des courses nouvellement créées, et potentiellement éphémères, tuent des courses centenaires avant de disparaître à leur tour quelques années plus tard. Ce serait alors la mort du cyclisme.

Il n’est pas question de concurrence destructrice, mais de collaboration constructive.

 

Constructive de ? D'un cyclisme sans public, sans fond solide, au détriment des petites courses qui ont besoin d'accueillir des grosses formations pour attirer public et financements mais qui en sont privées par le World Tour ? C'est pourtant dans la libre concurrence que le Tour de Californie attirait certains des meilleurs coureurs.

Et puis on se perd : on ne critique pas le Tour du Qatar mais les championnats du monde.

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Mais quid de la course en elle-même ? Qui plus est après des championnats d’Europe qui ont sacré le roi du Monde en personne !

 

Léonardo Di Caprio ?

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On annonce un inexorable sprint, avec fatalisme. Et alors ? Les sprinteurs ne sont pas des cyclistes ? Voir l’un d’entre eux revêtir le maillot arc-en-ciel serait-il à ce point déshonorant pour notre sport ?

 

Confusion entre un résultat et un processus. Le problème n'est pas de voir la victoire d'un sprinteur, le problème est l'absence de possibilités de course. Un parcours avec rond-points, ralentisseurs, bloqué dans la ville hors du vent et de toute difficulté c'est remarquablement faible sur le plan sportif.

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Et puis, est-on sûr d’assister à un sprint massif ? C’est loin d’être gagné (ou perdu selon les points de vue) dans un pays balayé par le vent et écrasé par la chaleur. En parlant de chaleur…j’ose tout de même espérer que la course ne se jouera pas sur 150 kilomètres, car aussi intenses soient-ils, ils ne correspondraient pas à l’idée que je me fais d’un championnat du Monde qui se doit de couronner un cycliste endurant, à l’ancienne en quelque sorte.

 

Justement ! Si on ne veut pas risquer une course écourtée, on ne court pas au Qatar à cette période de l'année ! Et bordure il y a eu lieu, mais de fait pour une seule des catégories. Pourtant vu le non-public on aurait tout autant pu courir dans le désert, mais on a préféré la carte postale pour touristes potentiels.

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Plusieurs nations, la Belgique ou l’Espagne par exemple, se présentent sans sprinteur capable de s’imposer à l’issue d’un sprint massif, et il faudra assurément compter sur elles pour emballer la course et nous tirer d’un dimanche après-midi somnolent.

 

Après-coup : l'après-midi a quand même été terriblement somnolant. 20 minutes intéressantes sur 250 km c'est dur.

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N’oubliez pas également que nous sommes souvent déçus des parcours durs et donc jugés comme a priori, mais à tort parfois, excitants. Il suffit de penser aux nombreux Liège-Bastogne-Liège où 60 coureurs se sont présentés ensembles sous la flamme rouge…

 

Sauf que le problème de Liège-Bastogne-Liège est dans son accumulation excessives de difficultés dans le final qui pousse à l'attentisme des leaders. Et nombreux est un terme abusif. Personnellement je n'en vois qu'un, avec la victoire de Gerrans en 2014.

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Les Jeux Olympiques de Rio peuvent apparaître comme un magnifique contre-exemple à mes propos, et à juste titre, mais il faut se souvenir que les équipes n’y étaient constituées que de 4 à 5 coureurs, ce qui n’est et ne sera pas le cas au championnat du Monde.

 

Et puis le parcours était carrément plus bandant qu'au Qatar, il faut le reconnaître.

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Et puis il suffit de regarder les faits, rien que les faits. Il y a déjà eu 15 éditions du Tour de Qatar depuis la première en 2002 (j’y étais !), Doha trouve ainsi à mes yeux une certaine légitimité en tant que ville organisatrice.

 

Sur ce point je suis d'accord.

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En 15 éditions donc, Tom Boonen est monté 8 fois sur le podium, et il en est le recordman des victoires avec 4 succès au classement général (sans parler de ses 22 victoires d’étape…), il y a moins glorieux comme référence, non ? Quant au podium 2016, pour rappel Cavendish devant Kristoff et Van Avermaet, il me semble qu’il ne déparerait pas dans la longue histoire du championnat du Monde !

 

On y reviendra plus tard mais le prestige des vainqueurs ne justifie rien, et encore moins une course ennuyeuse. Ne pas oublier que la plus belle course de l'année a été gagnée par Mathew Hayman.

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Pour conclure, comment jugerait-on un championnat du Monde organisé à Oman et proposant l’ascension de la fameuse et terrible Green Mountain qui a vu triompher les meilleurs grimpeurs du monde ? Serait-il légitime de par une difficulté qui ferait oublier que le Tour d’Oman n’est né qu’en 2010 ? Et que l’on n’y trouve pas plus de spectateurs qu’à Doha…et pas moins que sur certaines courses espagnoles ou italiennes auxquelles j’ai pu participer il y a longtemps ou assister plus récemment !

 

Re : un sprinteur vainqueur n'est pas le problème. Le problème vient de l'absence de parcours satisfaisant, de public et les risques liés à la chaleur. Un championnat du monde à Green Mountain est d'ailleurs impossible vu qu'il ne pourrait être en circuit.

Réponse à Nicolas Fritsch

On aurait tout autant avoir Cavendish, Sagan et Boonen sur le podium dans n'importe quel championnat pour sprinteur. Il n'y a aucun raison de remercier le Qatar. Et encore une fois, on se fout du nom des vainqueurs. Un des intérêts du cyclisme est justement que tout le monde peut gagner. N'aurait-il pas été cent fois plus beau de voir Tom Leezer enfilant le maillot arc-en-ciel ?

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Des championnats qui sacrent des champions ça me semble assez obvious.

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Un terrain propice à quoi ? Si on veut une course de bordure, il aurait été beaucoup plus efficace de faire un championnat en Zélande. Ça aurait d'autant plus évité de n'avoir qu'un seul et unique mouvement de course entre deux longues léthargies.

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L'inéluctable évolution. Sans moi. Et surtout très contestable. L'investissement des pétro-monarchies dans le cyclisme n'est basé que sur des projets publicitaires. Développer l'image du pays, attirer les touristes, se reconvertir après les baisses de prix du pétrole... bref, des fonds qui seront coupés dès que cette orientation politique cessera.

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Quand au cyclisme traditionnel qui se meurt, on ne doit pas avoir vu les mêmes images du grand départ en 2014 au Yorkshire. Des pays sont en crise et cette crise se répercute sur l'organisation des courses et le financement d'équipes. Mais difficile de nier la popularité croissante du cyclisme et son développement effectif dans de nouveaux pays. Le problème d'envisager de baser les financements du cyclisme sur le pétrole face à une base plus humaine est celle de la politique à court terme contre la politique à long terme. Encourageons la Norvège, l'Argentine, l’Érythrée, le Maroc, le Japon à se développer ! Financer les grandes épreuves ne va pas donner plus de fond à la formation et à la préservation des petites courses pourtant indispensables à la santé du cyclisme. On peut envisager de donner des championnats du monde au Qatar qui a gagné une légitimité sportive par sa course par étapes. De là à en faire les sauveurs d'un cyclisme en déclin, on rentre dans un avis subjectif.

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Qu'est-ce que la combativité ?

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2016 - étape 3

Les courses professionnelles sont beaucoup trop sclérosées. Si on veut prendre l'échappée, on doit partir au baisser de drapeau. Et si on a décidé de rester dans le peloton la majeure partie de l'étape, on ne doit pas essayer d'attaquer ou de relancer un contre, quand bien même l'échappée n'est qu'à quelques dizaines de mètres. Ainsi, quand au sprint intermédiaire le peloton est revenu à moins d'une minute, pourquoi personne n'a-t-il tenté d'en profiter ? Entre le faible écart avec le duo de tête et le relâchement prévisible du peloton, c'était le moment parfait pour faire le saut.

L'année dernière, déjà, on avait aperçu Thomas Voeckler dans de telles manœuvres du côté du Havre. Après tout, quel risque y a-t-il à tenter une attaque ? Si ça ne marche pas, ça n'aura pas coûté grand chose, et si ça marche, la victoire sera grande. Et si on prend en compte le nombre élevé de coureurs par équipes, en avoir un de moins à protéger le leader ne va pas changer grand chose. On ne va certes pas demander aux équipes de sprinteurs d'envoyer des coureurs à l'attaque (quoique la chose s'est déjà vue), mais que les baroudeurs prompt à de longs raids publicitaires prennent au moins le temps de considérer cette option.

Ainsi, Thomas Voeckler, s'extirpant du peloton à 80 km de l'arrivée fut désigné combatif du jour. On pourrait s'en réjouir : le jury récompensant l'offensive, la capacité à saisir des opportunités et à sortir des schémas pré-établis du peloton est un beau signe d'encouragement. La réussite de Tim Wellens sur le Giro aurait pu pousser davantage de coureurs à aller dans cette voie, mais le fait restant rare, il n'est pas illogique de marquer son approbation au panache de Voeckler. Seulement, la réaction du public fut quasi-unanime : c'est Armindo Fonseca qui méritait d'être désigné le plus combatif du jour.

Fonseca a pour lui d'avoir été le seul échappé de la première heure, le seul à tenter le coup au baisser de drapeau, encouragé par le fait de courir à domicile. Mais seul, difficile d'être très motivé sur une étape aussi longue. Un coup à la Thierry Marie aurait pu se tenter mais Fonseca n'a probablement pas les capacités pour un exploit pareil. Donc, que faire ? Simplement se contenter d'avancer à son rythme, en espérant la passivité du peloton. Si personne ne l'avait rejoint, l'attribution du prix de la combativité n'aurait provoqué aucun débat.

La polémique rappelle le discours de Thomas De Gendt à la fin du Tour 2015 arguant du nombre de kilomètres qu'il avait passé en échappée pour justifier de pouvoir être élu super-combatif. Mais réduire la combativité au nombre de kilomètre passé à l'avant est une triste idée. Même dans la définition du prix, on trouve l'idée de récompenser celui qui s'est le plus battu pour la victoire d'étape. Voeckler surgissant du peloton pour relancer la course semble bien davantage correspondre à cette définition. Désigner l'un ou l'autre combatif du jour rejoint la sensibilité personnelle. Le choix du jury se portant sur Thomas Voeckler est tout à fait respectable et ne devrait pas être jugé aussi unilatéralement comme une erreur.

Qu'est-ce que la combativité ?

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Conventions implicites

Publié le par Bullomaniak

Tour d'Italie 2016 - étape 6

Devenir professionnel, c'est s'astreindre à des règles implicites qui ont cours dans le peloton. Une échappée matinale, c'est juste pour montrer le maillot. Si l'échappée est à portée de tir, on ne doit pas tenter d'y aller. Tout ce qu'on doit faire c'est se conformer à un schéma prédéfini, attendre que les leaders donnent le signal, et à ce moment-là, et surtout pas avant, on peut lancer la course.

Tim Wellens est une anomalie. Dans une époque toujours plus encline à privilégier l'attentisme, dans une époque où les parcours sont construits explicitement pour que personne n'attaque avant l'énième arrivée au sommet, où remettre en question la hiérarchie pré-établie, et pire encore, le scénario prévu à l'avance, est une hérésie, Tim Wellens persévère dans ses attaques anticipées. Tout le monde veut lui expliquer qu'il se gâche, que son palmarès pourrait être plus fourni en faisant comme la masse du peloton, en attendant sagement le final pour voir si ses capacités physiques lui permettent de dominer ses adversaires. Lui-même a un temps convenu que oui, peut-être devrait-il se retenir un peu plus. Mais rien n'y fait. Tim Wellens est un ambitieux. Qu'importe de finir placé si la victoire vous échappe ?

Passé professionnel, le coureur semble oublier ses réflexes acquis en amateur. Il est aberrant de ne jamais voir des coureurs tenter de faire le saut quand le peloton revient tout près de l'échappée. Il est aberrant de ne jamais voir de coureur tenter dans les fins d'étapes ou de classiques dévolues aux sprinteurs. Que des Gougeard ou des Voeckler soient toujours isolés dans leurs tentatives est désespérant. Et quand Tim Wellens tente de s'échapper, pourquoi personne ne songe-t-il à prendre sa roue ? On peut louer Laurent Didier pour avoir eu cette intelligence. Et là où un échec constant pourrait décrédibiliser ces tentatives, le fait est que ça marche. Alexis Gougeard a déjà un éloquent palmarès et Tim Wellens a déjà remporté le Grand Prix de Montréal et par deux fois l'une des plus belle course par étapes du calendrier, l'Eneco Tour.

Et tout comme Tim Wellens, Tom Dumoulin semble déranger. On sût après coup que ce fût lui qui glissa à l'oreille de Wellens l'idée d'attaquer à cet instant de la course. Donc quoi de plus logique qu'il ne chercha pas à rouler pour défendre son maillot rose, d'ailleurs très loin d'être en danger. Mieux, avec son panache habituel, il le consolida davantage en contrant Nibali. A l'arrivée, le conflit avec le clan italien était inévitable. Tom Dumoulin passa dans le banc des accusés : "Tu n'es pas un leader, tu n'assume pas la course, tu n'a rien à faire à la place qui est la tienne. Quand Wellens est parti, tu aurais du contrôler pour que nous, après, nous puissions nous jouer la victoire comme il était prévu." Peu importe leur propre incompétence ou leur frilosité à envoyer leurs hommes au turbin, le fautif était évidemment ce grand batave qui avec autant d'inélégance venait foutre la merde dans la hiérarchie. Sans songer que, si un homme semble maîtriser son sujet, c'est bien Tom Dumoulin ; lui qui savait quand attaquer, quand faire rouler ses équipiers, quand glisser à l'oreille d'un ami que l'étape est à sa portée. Les joies du cyclisme à l'italienne.

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Adhésion unilatérale

Publié le par Bullomaniak

Paris-Nice 2016 - étape 7

Alberto Contador est grand, il est beau, il est panache, il est ce soupçon de cyclisme à l'ancienne qui illumine notre triste réalité contemporaine de ratons et d'attentistes. Il est tout, et il faut tout lui accorder. STOP !!!

Ce triste commentaire a malheureusement été celui qui domina les débats suite à l'ultime étape du Paris-Nice 2016. Un paradigme débilitant qui fait la belle part à l'oubli. On encense Contador comme un champion, et on conspue Zakarin pour ses anciennes affaires de dopage. On loue le Pistolero pour sa combativité et sa hargne à aller chercher la victoire ; on crache sur les méthodes froides et SRMisées de Geraint Thomas. Pire que tout, Tony Gallopin qui avait toutes les raisons de vouloir rentrer dans le groupe de poursuite est attaqué de toutes part comme un traître, même quand le résultat final lui donne plus que raison. Les gens s'en foutent de savoir si la course a été belle et si le suspens aura été présent jusqu'au bout ; tout ce qui les intéresse est de voir celui qui attaque l'emporter.

Dans la descente du col d'Eze, alors que l'incertitude régnait sur qui de Thomas ou de Contador allait l'emporter, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir en tête les antécédents de l'Espagnol sur le plan du dopage. Après tout, quand Zakarin gagne, c'est ce qui revient immédiatement. Pourquoi pas avec Contador ? Son incapacité à gagner le Tour depuis 2010 et la domination actuelle de Christopher Froome est-elle si prégnante qu'on lui pardonne tout ? D'autant que le point est essentiel : si Contador peut s'amuser à se lancer dans de tels raids, c'est que ses capacités physiques le lui permettent, et il y a suffisamment d'études sur les effets à long terme du dopage pour que la question ait son importance. Mais Contador est un cador. Contrairement à Zakarin, il ne semble pas sortir de nulle part, il a sa place dans la hiérarchie. On oublie donc. Et puisqu'il ne domine plus autant, et rend généralement la course intéressante, on en fait le sauveur du cyclisme moderne, en mettant si possible de côtés tous les moments où il courrait dans une logique différente (la Vuelta 2014 en mode suivre-Froome-et-rien-d-autre, au hasard).

La question est essentielle puisque certains vont jusqu'à parler de vainqueur moral. Notion aberrante. Sur quoi juger le mérite du vainqueur ? Après tout, celui qui gagne est celui qui a le mieux couru. Mais prenons un autre angle : disons que le vainqueur moral est celui qui s'est le plus arraché pour la victoire. En quoi Geraint Thomas ne rejoint pas cette définition ? Le Gallois s'est dépouillé dans le dernier col pour limiter l'écart, avant de tout donner dans la descente sur Nice. Une telle volonté de gagner malgré la difficulté de sa situation est à saluer, au moins autant que les offensives de Contador facilitées par sa condition physique un ton au-dessus des autres. Les deux ont fait avec leurs moyens pour aller chercher la victoire. Mais Geraint Thomas est un Sky, il est donc l'adversaire, celui qui pratique un cyclisme froid et calculé. La mémoire sélective de ses détracteurs oublient ses offensives sur les classiques flandriennes, Milan San Remo et même ses attaques sur les courses par étapes (cf. le passage de Brouilly en 2014), pour le transformer symboliquement en un vulgaire suceur de roues (en priorité celle de ses équipiers).

Que tirer de tout cela ? Que les gens s'en foutent de savoir si la course a été intéressante. C'est le même processus qui pousse certains à ne réclamer que des arrivées au sommet ou à densifier le final de Milan San Remo, pour assurer une arrivée éclatée et où il se sera toujours passé un minimum de choses, au mépris de l'intérêt de la course dans son ensemble. On voulait Brouilly et un col plus dur pour que Contador ait son maillot jaune. on aurait voulu que la Sky ne recolle pas au pied du col d'Eze. On aurait voulu que Thomas craque complètement. Bref, on aurait voulu que Contador gagne sans la moindre difficulté, peu importe si l'intérêt sportif en aurait grandement souffert.

Une dernière idée odieuse ressort de ces commentaires, celle que Contador est le dernier coureur à l'ancienne, le dernier à pouvoir rendre les courses intéressantes, et que sans lui, point de spectacle. Que Michal Kwiatkowski ait fait preuve de plus de panache encore l'an dernier, en attaquant avec le maillot jaune sur le dos au risque d'exploser ensuite, propulsant Tony Gallopin vers une superbe démonstration, personne ne semble s'en souvenir. Que Nibali ait bien plus fait pour le spectacle sur le Tour 2015 que Contador, pareil. Que toute une génération de coureurs offensifs soient prêts à nous offrir de grand moments de sport, tout le monde s'en fout, on préfère sélectionner les instants glorieux d'un ex-dopé à l'EPO.

Adhésion unilatérale

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La mythologie du pire

Publié le par Bullomaniak

En temps normal, tout le monde s'en fout du cyclocross. D'autant plus si c'est pour se focaliser sur une sous-catégorie comme les filles de moins de 23 ans - sérieusement, qu'est-ce qu'on va aller s'intéresser à des trucs pareils, on a quand même autre chose à foutre, comme essayer de comprendre ce qu'il se passe sur le stream du Tour de San Luis. Bien plus passionnant qu'une course dynamique et parfaitement réalisée.

Mais voilà-t-y pas qu'on trouve un moteur dans un vélo, et le cyclocross se retrouve exposé à la face du monde. Le fait que Van den Driessche soit la meilleure de sa catégorie n'a aucune incidence dans l'affaire. Ce qui compte c'est le scoop, le buzz, l'information choc qui puisse être étalée sans limite et sans gêne à la face du monde, sans la moindre précaution quand à la présomption d’innocence ou cette stupide idée consistant à laisser une enquête se terminer avant de tirer des conclusions. Elle aurait été contrôlée à l'EPO, rien. Ce n'est même pas une affirmation gratuite ; lorsque les frères Szczepaniak ont été déclassés de leur titre de champion du monde, l'affaire n'est jamais remontée jusqu'aux vautours des grands médias. Non, ce qui importe est le moteur.

Le plus immonde est sans doute ce moment où ressortent les vieilles archives diffamant sans vergogne Cancellara et Hesjedal - et plus affreux encore l'inclusion de Froome dans les personnes suspectes sans aucune autre raison valable que le fantasme populaire à son propos. Femke Van den Driessche n'intéresse personne. Seul comptent les personnages célèbres du peloton. Le cyclisme est une cible tellement facile, et si commode pour remplir l'antenne sans beaucoup d'effort. On lit une dépêche AFP, on appelle un spécialiste du sujet, 4-5 minutes d'antenne, ça boucle le journal. Pratique.

Le plus effarant est de voir se succéder les anciens apôtres des années 1990 venir nous expliquer que la triche mécanique est pire que tout, que c'est infâme, et que c'est la mort programmée du sport cycliste. Comme si cette manière de tricher était si odieuse qu'elle ne pouvait en aucun cas se comparer à tout ce qui a été fait avant. Pourquoi ? Par l'EPO ou par un moteur dissimulé, la sensation reste la même, celle de se faire flouer par un coureur évoluant bien au-delà de ses capacités normales. Il serait même facile de défendre la triche mécanique comme beaucoup plus saine, comme n'altérant pas la santé du coureur, et rendant possible une rédemption par l'absence d'effets à long terme comme pour le dopage. Moralement, cela permet même d'éviter que ceux ayant gagné grâce à l'ingestion de produits soient toujours considéré comme des champions ayant, au final, gagné à la pédale - ils méritent quand même leur victoire, non ?

Le summum du dopage est son organisation à grande échelle. Quand des équipes entières se mettent à tourner au même régime, quand un peloton à deux vitesses s'organise, quand les anciens champions se retrouvent complètement dépassés sans autre raison que la non-adhésion aux nouvelles pratiques. Individuellement, le dopage peut s'excuser. Mais en tant que système, il est à bannir. Faire de la triche mécanique un tel absolu n'a aucun sens tant il n'est pas le fond du problème. Les comparaisons l'estimant plus efficace ne changent rien au fond ; ce qui importe c'est le contournement des règles, et s'il faut prendre quelque chose en compte, son envergure, et non son efficacité. Actuellement les craintes résident sur les micro-transfusions et des systèmes de roues magnétiques. Pratiques beaucoup plus systémiques, et ne pouvant faire le poids face au scoop éclatant d'une pauvre gamine avec un moteur dans son vélo.

La mythologie du pire

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top 10 contre un World Tour féminin

Publié le par Bullomaniak

L'UCI vient d'annoncer la création d'un World Tour féminin. En fait, plus qu'une division supérieure, ça s'apparente plutôt à une extension de la coupe du monde avec un plus grand nombre de course réunies dans un même challenge. Et c'est naze. On va vous expliquer pourquoi en dix points.

10. Le calendrier féminin n'est pas assez fourni

Une fois le calendrier World Tour annoncé, que reste-t-il ? Rien, tant que le calendrier féminin est peu fourni. Pour qu'un World Tour ait un sens, il faut bien qu'il soit construit par des choix, et en rapport avec d'autres calendrier. Ici, rien pour lui faire face ni lui donner sens. Qu'on prenne le temps d'étoffer le calendrier avant de s'engager sur de tels projets.

9. La disparition de la coupe du monde

Le débat est déjà présent pour le cyclisme masculin. Il sera encore plus prégnant pour le cyclisme féminin. Le nouveau classement sera un bâtard du classement UCI, et en aucun cas un challenge ouvert à tous pouvant surprendre sur son dénouement.


8. La diffusion vidéo n'a pas besoin de justification

Une excuse absolument stupide pour justifier cette aberration : la diffusion sur internet de toutes ces courses. Mais à quel moment avait-elle besoin d'un label pour qu'on prenne la peine de les diffuser ? Surtout si c'est pour ce taper ces courses-là, merci bien.


7. Un choix non sportif

On a pris la coupe du monde, rajouté quelques gros trucs, et on a essayé de répartir un peu sur le globe. Pas de réflexion sur l'enchaînement des parcours, sur l'équilibre entre les courses pour le classement, et le dédain des épreuves difficiles. Aucune nouvelle course non plus ; ça aurait été si évident d'imposer un Paris-Roubaix féminin, mais non.


6. Pas assez d'équipes

Avec le faible nombre d'équipes, ce sera un miracle si 5 équipes différentes font toutes les manches. Il n'y a ni l'effectif, ni les moyens au sein des différentes formations pour créer un tel calendrier.


5. Personne ne va se soucier de ce classement

Personne ne va faire toutes les courses, et personne ne va se soucier d'un classement qui s'achève sur un championnat du monde. Plus de Plouay, plus de lutte finale pour le classement : on verra bien qui gagne, mais à aucun moment ça n'aura été un enjeu.

4. Des épreuves au profil beaucoup trop homogène

Du circuit, du sprint, voilà ce qui nous attend. Les épreuves qui ont leur référence masculine en début de saison sauvent la mise, mais pour le reste ça va être atrocement répétitif. Déjà que la coupe du monde n'était pas un modèle de diversité, si on en rajoute encore dans la même voie, ça va être lourd.


3. Figer le calendrier des courses

World Tour = calendrier fixe. Une coupe du monde n'a pas vocation à rester figée sauf pour quelques rendez-vous emblématiques. Rendre aussi essentiel des courses comme la Philadelphia Classic est insupportable, là où aimerait voir enfin des épreuves plus difficiles.

2. La création d'un élitisme

Pour les courses hors World Tour c'est la misère : reléguées au second rang. Les courses par étapes les plus nazes sont mises en avant, et les courses difficiles (Pays Basque, République Tchèque) sont vouées à rester des curiosités. Les classiques hors du challenge sont résolues à une participation réduite, et une course comme Cholet-Pays de Loire qui aurait pu apporter des choses très intéressantes à la coupe du monde est condamnée à la coupe de France. Bien joué.

1. La présence du Madrid Challenge

Le meilleur argument : la présence du débile Madrid Challenge. Prendre l'Emakumeen Bira comme représentant espagnol aurait été beaucoup trop logique. On a préféré confirmer que le cyclisme féminin n'a aucune légitimité propre.

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Bref, ce World Tour est une mauvaise idée et ne va en aucun cas faire évoluer les choses. Les bonnes idées contenues dans ce projet (diffusion vidéo, plus de courses juniors) n'y sont pas directement liées. Quand à une réflexion sur l'avenir du cyclisme féminin, j'en ai déjà produit une ici : http://legruppetto.com/2015/04/quel-avenir-pour-le-cyclisme-feminin/

top 10 contre un World Tour féminin

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Service minimum

Publié le par Bullomaniak

Cross Vegas 2015 - coupe du monde #1

"Les freins à disque ça permet d'éviter les changements de vélo vu qu'on a pas de boue dans les étriers". Aie.

"Les Italiens sont rusés, c'est dans leur culture". Ouch.

"Jérémy Powers à ce niveau c'est comme si sur route il était avec Nibali et Contador".Quoi ?

"24 km/h, c'est hyper rapide pour un cyclocross". Je... Hein ?

"Katerina Nash, deuxième l'an dernier à Vegas". Ok, stop.

Relever les erreurs d'un commentateurs, c'est facile. Sur un direct il est improbable qu'il n'y ait pas une ou deux perles à se mettre sous la dent. Quand ce nombre commence à être élevé, ça commence à être gênant. C'est surtout gênant quand il était facile de les éviter en prenant un spécialiste du cyclocross au commentaire.

Que les choses soient claires : je n'ai rien contre Jérôme Pineau. Mais le choisir comme consultant pour la coupe du monde illustre parfaitement le problème : BeIN sport n'en a rien à cirer du cyclocross. On a étalé notre fric ET PUIS C'EST MARRE ! Le truc était disponible, et comme on veux récupérer le plus de conneries possibles avant de remonter nos prix d'abonnements, on s'est pas fait chier. Pour la diffusion, direct simple, c'est bon, et avec nos commentateurs lambda, peut importe comment ils s'en sortent. Le bidule dure une heure, annoncer les noms sur les dossards ça suffira au pecno de base qui de toute façon n'y connaît rien non plus.

Sauf que d'autres s'y connaissent. D'autres qui gueulent quand BeIN sport décide de bloquer la chaîne youtube de l'UCI. Seul compte le monopole. Peu importe le résultat. L'exemple le plus frappant est venu de Katerina Nash. Pendant 30 minutes, Barth et Pineau l'ont annoncé dans le groupe de tête, mais sans jamais évoquer son statut de favorite comme tous les spécialistes l'ont fait. On préfère lancer des banalités sur le fait qu'une vététiste sortie des mondiaux doit être en forme. Grande expertise. Et à la fin de la course : ah oui, tiens, elle est n°2 mondiale. Vive les fiches.

Un spécialiste connaît les coureurs, leurs circuits de prédilections, leur style de course. Il sait quels sont les enjeux, comment les crossmen se sont préparés, qui peut créer la surprise ou qui est attendu. Il enrichit son commentaire d'une expertise, il décrypte la course pour le spectateur qui, de visu, peut bien constater seul qui est en tête de la course. Si en prime le commentaire est mou, la médiocrité n'a plus d'excuse. Juridiquement, ça a un nom : abus de position dominante (article L.420-2 du Code du commerce). Et pour le développement du cyclocross en France, c'est tout sauf une bonne nouvelle.

Service minimum

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Le rejet du prévisible

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2015 - étape 10

La première étape de montagne du Tour de France était une course de côte. Rappelons le principe : les grimpeurs peuvent aller se faire foutre. La victoire de Froome était si intensément prévisible que les réactions du public en deviennent au mieux ridicule, au pire profondément déprimantes. C'est une course de côte. Donc, peu importe le rapport poids/puissance, seul le moteur compte. Froome a le plus gros moteur du lot. Porte a un moteur énorme. Geraint Thomas est un monstre de puissance. Mieux, les calculs des watts si décriés montrent une performance "crédible", et surtout inférieure à celles de 2013.

Sous le prétexte que la Sky a réalisé une prestation collective de haut niveau, on crie d'abord au dopage, puis à la fin du Tour. Si les choses étaient aussi faciles Jean-François Bernard n'aurait jamais perdu en 1987. Froome a montré une certaine supériorité, est solidement installé en tête de course et à une équipe sur le papier très forte. Mais trois minutes c'est loin d'être insurmontable. L'invraisemblable attentisme des leaders face à l'isolement de Froome sur l'étape de Bagnères-de-Bigorre ne se répètera pas tous les ans. La Sky n'est pas aimée du peloton. La Sky paraît solide sur le papier mais à part Geraint Thomas les équipiers de Froome sont loin d'être des valeurs sûres, et pour certains très fréquemment atteints de défaillances. Un peloton ligué contre un seul homme, c'est surtout la possibilité d'une course magnifique si les gros leaders piégés (et trop loin pour se contenter de gérer une place sur le podium) décident de lancer des grandes offensives.

Pour avoir déjà émis cet avis ailleurs, les détracteurs de ce genre d'espérances soulignent la force de l'équipe Sky (bof) et surtout le fait que ce genre de scénario ne marche jamais. Ce qui est faux. Les deux derniers Dauphinés furent de superbes exemples des réussites possibles. Soit un leader qui fait exploser les coéquipiers du maillot jaune, l'isole, et le contraint à lutter seul dans le vent, soit une succession d'attaques de baroudeurs, réserve infiniment plus grande que le groupe réduit des prétendants au général. Les attaques se succédant, le rythme est élevé, les plus faibles sautent, le peloton se réduit, les premiers attaquants sont distancés, remplacés par d'autres, puis un membre du top 15 y va, un membre du top 10, puis le maillot jaune en personne devant le très faible nombre de personnes encore présentes à l'avant et le risque de se faire piéger. Et si on se fait piéger, l'addition peut être assez lourde.

Surtout, ce genre d'avis se heurte à une vision plus que misérable du cyclisme, celle qui veut à tout prix du suspens, et qui en ce sens est prêt à sacrifier tout intérêt à la course. Les gens réclament des arrivées au sommet et s'indignent quand tout à fait logiquement le plus fort s'y impose. A en croire les gens une bonne course est une course indécise, même si cette indécision est factice, encouragée par un parcours mou provoquant des affrontements qui se limitent aux deux-trois derniers kilomètres de chaque étapes. La Vuelta est une purge quasi-permanente mais on trouve des personnes pour appréciées cette franche horreur. Et si le Tour de cette année frôle une catastrophe semblable au niveau du parcours, quelques aspects peuvent permettre d'échapper à une course fermée. Ne serait-ce que l'étape de Saint-Jean-de-Maurienne qui peut laisser de grands espoirs.

Le rejet du prévisible

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Neutralisation

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2015 - étape 3

Fallait-il arrêter la course ? OUI ! Ça semble si évident. Deux chutes spectaculaires à la suite, des coureurs gravement atteints, les ambulances bloquées à l'arrière avec les voitures de directeurs sportifs, une nervosité maximale dans le peloton et un rétrécissement plus que dangereux vers lequel le peloton file à toute vitesse. Argument ultime : la course n'était pas lancée. Pas d'échappée, pas d'attaque, simplement des coureurs en train de se replacer, ce qui de fait est le moment le plus dangereux d'une épreuve cycliste. Il fallait stopper.

Le problème n'est pas tant cet arrêt que la réaction des coureurs. Au plus profond de la connerie on eut la Sky. Qu'on soit d'accord avec la neutralisation ou pas, quelle incidence cela a-t-il tant que Froome reste à l'avant du peloton ? Râler sous le coup du stress est une chose, se comporter comme la pire des enflures en ne respectant ni le règlement, ni les coureurs au sol ne peut absolument pas être cautionné. Vouloir relancer à bloc sous le simple prétexte que le directeur de la course vous a dit de ralentir est une réaction pour le moins infantile. Que la Sky ne s'étonne pas de ne pas avoir de respect de la part du monde cycliste si de la moindre de leur action émane un aussi profond mépris.

Quand au reste... il est intéressant de voir que bien que adultes et rémunérés pour leur activité, les coureurs du Tour ne s'en sont pas moins comporté comme les plus basiques des cadets. Neutralisation : on gueule. Arrêt : on passe évidemment les voitures des commissaires bien que celle-ci vont de toute façon devoir se replacer à l'avant. On ne s'écarte pas, on s'empile, on cherche à se replacer malgré l'information de la côte neutralisée, et à part un flegmatique Thomas Voeckler on prend tout cela beaucoup trop à cœur, au lieu d'en profiter pour se détendre un peu.

Tout coureur a déjà connu un moment de grand n'importe quoi en course. Les professionnels plus que tout autre, eux qui ont tout connu, des courses de clochers aux plus grosses machines. Et pourtant alors que tous ont connu bien pire, bien plus insupportable, tous les coureurs se comportent comme de parfaits crétins dès qu'une décision d'un commissaire les perturbe un tant soit peu. L'esprit grégaire s'empare instantanément du peloton qui, plutôt que de patienter tranquillement, préfère s'énerver contre des gens cherchant à assurer la sécurité des coureurs au lieu de privilégier le spectacle à tout prix.

Neutralisation

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