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Pourcentages inutiles

Publié le par Bullomaniak

Tour de Lombardie 2013

Il y a trois ans l'arrivée du tour de Lombardie changeait ; le parcours le fut donc aussi. On plaça la Madonna del Ghisallo à 45 kilomètres de l'arrivée. Une courte dernière ascension apparu à dix kilomètres de la ligne. La descente compliquée empêchait les regroupements, avantageant toujours les hommes échappés, en particulier un homme seul. La course malgré ces modifications s'annonçait conforme à ses aînées. On oubliait un seul point : les longs kilomètres de plaine à la suite de la Madonna del Ghisallo.

La première année on s’apitoya devant l'échec de l'échappée solitaire de Nibali. On se rassurait pourtant avec la victoire de Zaugg, heureux pour ce coureur à la carrière pas assez riche. On voyait aussi les attaques lointaine de favoris comme Gilbert ou Paolini croyant encore à une course semblable à l'année précédente. Certes un regroupement tardif avait donné lieu à une course de côte mais on se promettait des aménagements. Ce fut le rôle du Mur de Sormano. Intervenant un temps avant la Madonna del Ghisallo, ses pourcentages redoutables devaient faire exploser le peloton tandis que sa descente s'annonçait comme un couperet tactique et technique.

L'année suivante, comme souvent sur le tour de Lombardie, la météo fut exécrable. Romain Bardet caracolant seul en tête passa le premier ce Mur redoutable. Les favoris à l'arrière choisirent l'empoignade sous l'impulsion notable de Contador ou de Rodriguez. Effecti-vement les hommes furent dispersés sur la pente. La descente humide continua cette débâcle. On put croire un instant à l'envolée des favoris aussi loin de l'arrivée ; la Madonna del Ghisallo prolongea cette envie. Puis arriva la plaine et ses larges routes à deux voies : on se regroupa, on s'organisa et une fois encore on dut assister à une simple empoignade sur la dernière ascension, consacrant cette fois-ci Joachim Rodriguez.

Deux fois déjà que les prémices d'une course héroïque disparaissaient dans la linéarité de la plaine. La frustration commençait à monter. Plus encore que le regret d'assister à l'exploit de Nibali, l'édition de 2012 laissa un manque. Les favoris s'étaient empoignés loin de l'arrivée. A quoi bon ? Le parcours neutralisait toutes les envies de panache. Le Mur de Sormano et sa descente étaient d'admirable déclencheur d'hostilités dans leur position éloignée de la ligne à l'image de la tranchée d'Arenberg à Paris-Roubaix. La suite du parcours condamnait cet élan.

Ce fut le cas cette année encore. Les favoris de plus en plus conscient de l'inutilité du geste avancèrent groupés sur les pourcentages abscons de Sormano. Seule la descente provoqua un remous. Valverde et Quintana glissant avec efficacité le long des courbes lombardes prirent une avance certaine. On crut un instant à une tentative héroïque ; on se méfiait bien de trop s'emballer, le nom de Valverde restant beaucoup trop associé à une lâcheté confondante sur le vélo. Effectivement la fin de la descente amorcée l'espagnol se retourna et constatant la proximité dérangeante du reste des coureurs décida de se relever avant de commencer à puiser dans ses forces. Pourtant l'intelligence de course réclamait l'inverse : continuer quelques instants encore jusqu'à Ghisallo aurait permis l'isolement de Rodriguez et la possibilité d'éviter une course de côte où inévitablement Valverde fut battu.

La charge d'assurer le spectacle fut donc dévouée à un homme de panache, Thomas Voeckler, lancé dans un long raid aux finalité incertaines. Le but premier fut d'anticiper un possible affrontement dans la Madonna del Ghisallo. Puis constatant l'ascension groupée de ses adversaires il ne put que se lancer seul dans la traversée interminable de la plaine. Un instant on crût à ses chances ; l'écart était monté jusqu'à trois minutes et à l'arrière les relais ne paraissaient pas dégager une grande puissance. Evidemment il n'en fut rien. Mais Voeckler a au moins ce mérite de l'ambition quand le reste du peloton n'attendait que de prendre une fessée par Rodriguez.

Pourcentages inutiles

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