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Sprinteurs suractifs

Publié le par Bullomaniak

Paris-Tour 2013

Paris-Tour se déroule en deux temps. La premier consiste en une longue traversée de champs et de villages, en une découverte de lieux profondément bucoliques. Le rythme est doux et régulier. Quelques coureurs échappés à l'avant obligent à tenir un certain rythme mais celui-ci est si calme, si tranquille, que les esprits oublient l'idée même de course et s'endorment dans la quiétude du peloton. Seuls quelques miradors judicieusement placés aux avants-postes assurent la sécurité du groupe. Eux seuls ce soir connaîtront la réalité de ces espaces champêtres.

Et soudain à trente kilomètres de la ligne s'annonce la première difficulté ! Les esprits assoupis s'éveillent en sursaut. C'est un signal de départ. Les attaques apparaissent et se multiplient. Mais les longues heures de calme ont dissimulé la souffrance des corps ; les kilomètres gravés dans les muscles rappellent brusquement leur présence. Il faut pourtant fuit face à cet insupportable confort du peloton, fuir son emprise, fuir cette masse rassurante. Mais le mal est là. Les routes plates ont fait leur oeuvre et ont habitué les corps à un effort unique. Les quelques ridicules pourcentages deviennent montagne. On se retourne et on constate la proximité du peloton, incompatible selon notre esprit à la souffrance en cours. Les esprits vacillent et désespèrent.

Jusqu'ici la douceur du peloton les avait enveloppé. Puis soudainement une épaule s'affaissait sur une autre. Un guidon émergeait de la masse. Des coudes alors rétractés s'affranchissait du tronc et venaient perturber leur voisin. L'accueillante densité se faisait hostile, perverse, dangereuse. Le rythme devenait violent et irrégulier. Les esprits maltraités par ce changement inattendu se prirent à rêver du sort des coureurs isolés aperçus au loin, sans se douter un instant que leur douleur était semblable à la leur.

Dans cet forêt de douleur quelques hommes pourtant affichait une grande sérénité. Les leaders désignés au départ conservait leur calme. Les routes tortueuses entravait la poursuite, mais il n'y avait toujours pas lieu de s'inquiéter outre mesure. On les rattraperait bien ces petits points colorés qui s'agitent au loin. L'attente continua jusqu'à l'ultime ascension du parcours, à dix kilomètres de la ligne. Ce fut alors le moment de se révéler.

Marcato dès les premiers mètres accéléra violemment. Degenkolb le suivit. A Plouay ce volonté de suivre les assaillants lui avait condamné la victoire. Mais là la chose n'est pas seulement rassurante ; elle est nécessaire. Morkov, Demare l'avaient compris aussi et suivirent sa démarche. Ils se retrouvèrent à six à l'avant. Problème évident : comment éviter pour leurs compagnons d'amener ces brutes au sprint ? Un homme de la Belkin prit seul les devants. La neutralisation des sprinteurs amena à un attendu retour du peloton. Mais celui-ci, souffrant, n’affichait plus une forme rayonnante. La poursuite fut ardue, compliquée encore par l'agressivité de l'équipe Belkin voulant protéger leur équipier à l'avant. Un dernier relais d'Offredo permit pourtant la fin des craintes à 800 mètres de la ligne ; un sprint s'annonçait.

Le duel Demare contre Degenkolb était attendu. Il n'eut pas lieu. Degenkolb avait maîtrisé de bout en bout cette course. Dans la possibilité d'une échappée triomphante, il s'était joint aux assaillants. Demare et Morkov présent à ses côtés sur le podium avaient fait de même. Pourtant le sprint fut à sens unique : Degenkolb se mit à fond, effectuant une poussée formidable sur son corps qui en réponse dodelinait d'avant en arrière à un rythme effréné, et aisément s'imposa.

Sprinteurs suractifs

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