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Avec la mer du Nord...

Publié le par Bullomaniak

Superprestige #2 à Zonhoven - élites hommes

Les dunes grisonnantes de Zonhoven, tristes et fatiguées, balayées par le vent froid venant Nord, semblent attendre une seule date. Une fois dans l'année leur nature morose disparaît au profit d'une gigantesque et enivrante fête. Les chants et la bière viennent couvrir le sable terne et redonner au lieu une chaleur et une hospitalité perdues. Les ardeurs du public et des coureurs sont sources de joies.

Les coureurs rechignent pourtant plus que leurs supporters. Eux sont victimes de la rudesse du terrain. Les longues portions sableuses sont autant de pièges qu'il s'agit d'éviter, de difficultés avec lesquelles il faut s’accommoder pour tenter de demeurer sur sa machine, sans oublier de produire quelques efforts violents en sus, malheureusement indispensables dans ce sport si dur. Les cris de la foule encourageant les champions rajoutent à la douce folie du circuit. Les descentes se font plein pot, déchirant les holas de la foule et pourtant dans la plus extrême limite de l'équilibre. Certains moins heureux passent par-dessus leur vélos et s'envolent sur la pente. Les traces visibles dans le sable sont vicieuses ; qui nous dit qu'elles ne mènent pas à la mort ?

L'étroitesse du parcours obligea les hommes à avancer en file. Vantornout et Van der Haar comme à l'habitude sortirent les premiers des blocs. Pendant près d'une heure, ces deux fous s'arrachèrent sur les pesantes portions sableuses. Chacun à son tour prenait les devants, étirait le groupe, faisait lâcher les éléments les plus faibles, semblait un temps prendre un champ suffisant pour s'échapper mais voyait toujours revenir au détour d'une faute technique le casque de son adversaire. La plus belle section du circuit se faisait en deux temps : d'abord un virage serré sur la gauche où la majorité du peloton ne pouvait que descendre de sa machine, puis une remontée violente et instable où les plantes accrochées à la dune avaient dégagé un mince espace roulant. La sélection s'y fit par l'habileté. Celui qui demeurait sur son vélo prenait irrémédiablement de l'avance. Le bonheur du suspens voulu que ce ne fut jamais le même. On se relayait dans l'exploit comme dans la souffrance.

Rapidement seuls quatre hommes subsistèrent. Van der Haar et Vantornout tout à leur acharnement à se défaire l'un de l'autre ne purent encaisser les offensives inatendues des deux autres protagonistes. Niels Albert d'abord, et malgré son visage marqué, créa la cassure. C'était sans compter l'insubmersible Sven Nys. Parti plus loin, l'ogre remonta petit à petit, dépassant patiemment chaque coureur lâché, utilisant au mieux sa puissance pour revenir à l'avant, puis une fois dans les roues des autres prétendants à la victoire attendit les deux derniers tours pour se placer en tête en coinçant Vantornout dans une barrière et enfin, voyant Niels Albert s'enfuir, prit sa suite et le dépassa aisément au sprint. Maîtrise parfaite. On remballa le tout, on enleva les barrières et le public put partir. Les dunes, mélancoliques, commencèrent leur longue attente annuelle.

Avec la mer du Nord...

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