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Mare aux cochons

Publié le par Bullomaniak

cyclocross de Ronse - trophée Bpost-Bank #1, élites hommes

Les corps, boueux, avançaient péniblement. De temps à autre, à la faveur d'un vague mouvement de caméra, au repérage d'un tic connu, des noms reprenaient forme. Mais au sein de cette galère intense les esprits d'engourdissaient dans une commune et absurde répétition des mêmes gestes techniques, des mêmes efforts, des mêmes confrontations avec la nature visqueuse de l'infâme bourbier de Ronse.

Les visions fugaces des courses précédentes auraient du avertir les futurs suppliciés. La nature du crossman est pourtant ainsi faite. Afficher une normative indifférence aux conditions climatiques. Dans les discours, certains parmi les plus hypocrites (ou les plus masochistes) réclament la pluie, les terrains embourbés, les portages intolérables de vélo, les descentes où la maîtrise se limite à tenir plus ou moins sur sa machine. Que ne se contentent-ils pas des aimables circuits roulants si prolifiques en début de saison ? Le spectateur à sa perversité malsaine ne peut que s'enthousiasmer face au spectacle ahurissant de ces hommes en pleine souffrance. Par moment, sa mince couche morale vient frapper aux portes de sa conscience, mais pour être aussitôt chassée par la jouissance somptueuse éprouvée devant un tel spectacle.

A croire que les organisateurs eux aussi sont de dangereux malades. Un cyclocross est une merveille en terme de logistique ; le moindre bout d'herbe entre deux maisons peut constituer un circuit acceptable. Il a fallu pourtant que pour la première manche des trophées belges on aille chercher le plus sale, le plus inconsistant des parcours. Les quelques habitations présentes sur la ligne de départ firent office de diversion. Mais au fil des tours, à mesure que le circuit se gravait dans l'esprit du public, une révélation parvenait petit à petit à émerger. Les rares spectateurs présent, l'herbe verte et grasse en abondance, les petites maisons isolés, les fils barbelés présents au bord de la route, les installations étranges aperçues parfois au détour d'un plan d'ensemble... nous étions en rase campagne, enfoncé dans la plus extrême ruralité ! Dans une logique des plus shadokienne, les organisateurs étaient aller chercher la boue là où elle était, dans la mare aux cochons.

On avait sans doute évacués vaches, veaux et porcidés pour laisser la place à de nouveaux êtres, plus évolués en théorie, mais dont on peine encore à s'expliquer ces comportements absurdes, ces souffrances inutiles et vaines qui au final ne permettaient que de revenir à leur point de départ, mais dans un tel état que les bêtes eux-même s'effrayaient de l'avenir de ces corps qui à chaque instant vacillaient sous l’enracinante attache du sol, l'enracinante attache de cette boue collante et gluante dont les maillots se couvraient à chaque tour un peu plus pour au final homogénéiser pleinement les coureurs et en faire d'informes entités mouvantes. Il fallut une fois l'arrivée franchie consulter le classement pour prendre conscience que Sven Nys, dans son expérience malthusienne, avait un peu plus que les autres supporté ces conditions dégradantes.

Mare aux cochons

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