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Enfin !

Publié le par Bullomaniak

Cyclo cross Namur - coupe du Monde #4 - élites hommes

Dès le premier regard ce fut le coup de foudre. C'était clair, c'était évident, et à mes lèvres aimantes vint bientôt ce cri d'adoration : "Namur est le plus beau cyclo cross du monde !". La découverte eut lieu en décembre 2011. L'annonce d'une manche de la coupe du monde au sein de la citadelle ne m'émut pas davantage que de savoir que Heusden-Zolder se déroulait sur un circuit automobile. Puis, la télévision allumée, ce fut le choc. Le grand frisson. Celui là même qui me saisissait à chaque Paris-Roubaix, qui me tétanisait devant chaque diffusion de Milan San Remo.

La difficulté aberrante du parcours eut pu suffire à ma joie. Les hommes dissimulés derrière un masque uniforme de boue se retrouvaient victimes du circuit et non plus prédateurs. Les intolérables portages se faisaient à chaque tour un peu plus indécents. Les montées se reflétaient toujours plus sur les visages. Les descentes vertigineuses troublaient à chaque tour les esprits embués dans une lenteur terreuse. Et il y avait ce dévers. Un lieu mythique. Aussi fantastique que la tranchée d'Aremberg, disposant du même plan fixe de la caméra captant les difficultés absolues des hommes face à une telle hostilité naturelle, leur incompréhension face à la perversité des organisateurs ayant décidé d'y passer, leur équilibre précaire brisé souvent par la chute. Ces éléments seuls emportaient l'adhésion. Mais le bonheur ne s'arrêta pas là. Malgré l'incroyable difficulté technique et physique de ce parcours, malgré les écarts parfois totalement affolants qui se créaient, les meilleurs eux avançaient groupés, s'attaquant à tour de rôle, certains passant mieux les improbables passages au cœur des bois et prenant une courte avance qu'il fallait ensuite boucher. De manière incroyable, le suspens existait sur un tel circuit. La difficulté aberrante de Paris-Roubaix s'accordait avec la subtilité exquise de Milan San Remo.

Cette année, comme pour convertir les derniers adorateurs de Coxyde, en supplément d'une légère amélioration du circuit, les coureurs délivrèrent la plus incroyable des courses. Le départ commença en fanfare. Sven Nys le géant de la discipline se retrouvait à l'arrière au sein des inconnus, freiné dans son élan par une traîtresse crevaison. On pensait alors son sort réglé et on se reportait sur la tête de la course où Francis Mourey dans une frénésie incongrue démarrait en trombe. Suivaient, tout aussi improbables, Van Amerongen, Walsleben et Taramarcaz. Point de Pauwels, point de Vantornout, point de Albert. Les belges manquaient à l'appel. Taramarcaz crut pouvoir y tirer le meilleur parti et son esprit s'emballant entraîna Walsleben dans sa folie. Les deux s'y brisèrent les ailes. Albert et Vantornout revenus à l'avant, la donne devenait autre et on s'imaginait déjà les scénarios classiques quand Mourey dans un jour de grâce accéléra simplement, prenant mètre par mètre, jusqu'à obtenir une inespérée avance de quinze secondes sur la ligne. Enfin, pensait-on. Enfin, peut-être, si il n'y a pas de crevaison, de dérailleur brisé, de chute, peut-être enfin Francis Mourey pourra-t-il connaître la gloire de triompher en un lieu de légende.

Enfin !

On retenait son souffle en priant constamment pour que le sort épargne le français. A l'arrière, on en renonça pas. Walsleben un temps prit un intense relais mais sans effet particulier. Niels Albert dut à son tour se porter à l'avant et commencer à rouler. C'est alors que l'improbable survint. Lars Van der Haar, retardé par une chute, revenait, avec dans sa roue l'incroyable Sven Nys. Celui-ci avait dépassé, patiemment, les quarante coureurs le séparant de la tête et se retrouvait maintenant aux portes du podium. On fut au bord de l'évanouissement. Puis on se mit à craindre. La toute-puissance du belge était évidente : Mourey ne disposait que de vingt secondes sur le groupe auquel venait de raccrocher le champion du monde. Après une telle démonstration, pourquoi ne pas envisager un retour total, un Sven Nys rattrapant in extremis le français pour l'épingler sur la ligne. Sven Nys profita du dévers pour repasser en tête, accéléra encore et fit exploser le groupe de contre. Niels Albert et Klaas Vantornout dans un effort total accrochèrent le wagon. Sur la ligne, vingt-cinq secondes. On soufflait un peu, mais craignant toujours le problème mécanique en voyant Mourey refuser le changement de vélo, on restait dans une absolue tension. Puis vint le dévers qui cette fois provoqua la chute : Sven Nys tomba, se condamnant à la quatrième place, et laissant Klaas Vantornout regretter l'impertinent français à l'avant qui le privait d'une victoire de légende. Mourey passa la ligne, exultant sa joie, tandis que notre esprit enfin pu souffler, délivré de cette drogue intolérable.

Enfin !

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