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Furieuse bataille

Publié le par Bullomaniak

Cyclo cross d'Overijse - élites femmes

Katherine Compton n'a depuis le début de la saison perdu que face à deux personnes. Or, Marianne Vos est absente quelques jours encore et Katherina Nash traumatisée par son problème mécanique aux mondiaux refuse de remettre le pied sur le sol européen. En ce week-end belge, ne restent guère que Sanne Cant et Nikki Harris pour tenter d'entraver la marche inexorable de l'américaine. La veille, déjà, Compton a annoncé la couleur : une marche en avant imperturbable, indifférente aux banderilles de Sanne Cant, dépassant par la force la maîtrise technique de ses adversaires.

Aujourd'hui à Overijse il n'y a guère de raison que ce schéma usé jusqu'à la corde change. Certes, Sanne Cant se rapproche, mais elle demeure très loin de constituer un obstacle suffisant. Sans doute va-t-on devoir concentrer son attention sur la lutte pour la deuxième place entre elle et Nikki Harris, et laisser comme à l'habitude Katherine Compton triompher en solitaire. Dès le départ pourtant, l'anglaise file très vite, trop vite même pour ses adversaires, et se constitue un écart conséquent. A l'arrière Compton demeure dans la roue de Sanne Cant. On ose alors espérer une faiblesse, un exploit de Nikki Harris beaucoup moins sujette aux départs précipités que sa compatriote Wyman. On ose croire qu'elle va tenir et imposer à Compton une défaite revigorante pour le clan européen. Mais rapidement Compton reprend les choses en main, et dès le deuxième tour accélère pour reprendre l'insolente échappée.

Une fois la chose accomplie, l’américaine décide de ne pas en rester là. Elle prolonge son accélération et distance Nikki Harris. Pour nos esprits formatés, c'est la fin du suspens. Une fois de plus l'expérimenté puissance des cyclo cross féminins s'en ira seule vers la victoire. C'en est trop pour Sanne Cant. La belge a décelé de la friabilité au cœur l'apparente forteresse. Ce jour peut être celui de sa gloire. Rejoignant à son tour Harris, Sanne Cant accélère violemment sur une portion montante et en quelques coups de pédale prononcés retrouve la roue de Katherine Compton. Notre cerveau s'enfièvre. On se prend à délire, à imaginer les plus beaux scénarios, un retour de Nikki Harris qui contre, s'en va seule, rejointe ensuite par Sanne Cant et crevant dans le dernier tour, pleurant les larmes de son corps, laissant sa jeune concurrente l'emporter. Ou encore un duel de folie entre Sanne Cant qui mille fois attaque, tel un Contador déchaîné, et la mille et unième fois distance de quelques mètres Compton, quelques mètres qui suffisent pour l'écroulement mental de l'américaine qui alors baisse la tête et renonce.

C'est quasiment ce scénario qui fut choisi. La belge s'aperçut de la relative faiblesse de Compton dans les ascensions : sa lourde stature lui empêchait de s'y exprimer efficacement. Cant à l'inverse, dans sa frivole nervosité, s'y permettait des attaques fulgurantes. Son corps chétif se déhanchait avec ardeur. Les portions techniques renforcèrent cette domination. Katherine Compton, toujours dans une gestion admirable, revenait et rappelait encore son ambition. Harris suivait à quelques encablures, subissant les relances incessantes des deux agités devant elle, restant à un rythme soutenu en espérant l’effondrement de ses concurrentes face à de tels efforts. On se retrouvait pourtant à quelques encablures de l'arrivée sans que rien n'ait changé, sans que Compton soit distancée, sans que Sanne Cant s'écroule après ses attaques, sans que Nikki Harris soit hors de vue.

Face à une telle incertitude le destin n'y tint plus : il décida du nom du vainqueur. A la sortie de la dernière portion boueuse, les deux adversaires se retrouvèrent côte à côte, décidées à prendre la tête en vue du sprint annoncé. Ce fut alors le drame. Sanne Cant, un temps, peina à remettre sa pédale automatique. Trop tard. La petite seconde concédée fut de trop. Compton trop heureuse de ce coup du destin accéléra franchement. Sanne Cant ne renonça pas. Sans doute son esprit ne put pas à l’excitation du final comprendre instantanément l'implication de cette faute. Elle se rua à la poursuite de l'américaine, inversant les rôles jusqu'ici joués, et de toute sa détermination s'arracha les tripes dans cette lutte inutile. Sa roue avant recolla à celle de Compton. Trop tard cependant. Nikki Harris à son tour, exténuée, passa la ligne. Sans doute regrettait-elle alors de ne pas avoir pu prendre une part plus importante dans cette lutte fabuleuse.

Furieuse bataille

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