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Furieux trio

Publié le par Bullomaniak

Cyclo cross Nommay - coupe du monde élites hommes #7

Le parcours de Nommay est de ces perversités qui vous laissent sans voix. Le profil est plat, les virages peu prononcés, il n'y a pas de planches, seulement un escalier certes abrupt mais dénué de complexité. Pourtant la difficulté y est horrifiante. Le départ donné, après quelques mètres sur le bitume et une montée des escaliers où le crossman évolue dans ses gestes quotidiens, c'est le contact soudain avec l'atroce réalité du parcours franc-comtois ; la boue vient assaillir vos muscles, s'accrocher nerveusement à vos roues, s'empêtrer dans votre dérailleur, vous ralentir profondément tout en malmenant votre équilibre. Rien pourtant n'affleure le champ de vision. Les rubalises oranges sur le bord du circuit et les bruyants spectateurs cachent la plaine désolée où évolue le supplicié, le sauvant d'une dépression trop profonde à la vue du vide qui lui fait face, mais ne peuvent subvenir à son incompréhension face à une telle douleur, à son désarroi face à ce mal invisible qui au fil des tours lui transperce les recoins les plus intimes de son corps.

Les stars de la discipline refusèrent le combat : Sven Nys fuyait avant même le début des hostilités, Niels Albert, Lars Van der Haar et Kevin Pauwels y prenaient part, mais avec tant de mauvaise grâce que leur esprit se résolut très vite à la soumission. Non, aujourd'hui, c'est dans les hommes à la détermination sans faille qu'il fallait chercher le nom du vainqueur. Tom Meeussen le premier prit les devants. Le jeune belge, frustré par la domination récurrente de Sven Nys sur son territoire national, posait ses marques sur la course, provoquait, narguait, et en tout cas s'en allait franchement. Walsleben vit l'occasion - la nécessité même - d'un contre dévastateur. Le peloton explosait, tant sous l'effet des deux frénétiques assaillants que sous les coups brutaux du terrain, reléguant les coureurs distancés à de la simple figuration.

Seul un homme demeura dans le jeu pour la victoire. Francis Mourey, porté par le fanatisme d'un public francophile, tenait encore la corde le reliant à la plus haute marche du podium. Mourey dépassa Meeussen, puis, quelques mètres derrière Walsleben ne sembla plus revenir. Les trois hommes engagèrent une lutte à distance, d'autant plus intolérable qu'ils n'étaient séparés que de quelques minuscules secondes, puissant dans leur volonté de fer la capacité de tenir cette infâme combat. C'est Walsleben qui craqua. Chance pour lui, le fait de se trouver en tête lui assura de rester au contact des deux autres. Le trio se forma pour mieux se disperser à nouveau. Mourey, encouragé par son bruyant retour, continua à avancer. Meeussen encore décrocha et on parut se diriger vers un duel franco-allemand.

L'Allemand malgré les coups de Mourey ne lâchait rien. Mieux, un tour passé, c'est lui qui profitant d'une meilleure approche d'un virage partit à l'offensive. Mourey brusqué par cette inattendue résistance se fit long dans sa reprise des roues. Les deux fatigués par tant d'énergie gaspillés se regardèrent. Meeussen revint. L'arrivée s'acheminait sans qu'aucun des deux en tête encore récemment n'ait les forces pour recréer une sélection. Mourey tant bien que mal repassa en tête. Walsleben, soudain épuisé de ses violentes attaques inadaptées à un si délicat terrain, laissa tomber. La fatigue éliminait un membre du trio. Restait alors à déterminer qui l'emporterait dans le duo restant. Le Francais qui jusqu'ici s'est montré le plus solide ou le Belge qui n'a pas subit les affres d'une lutte déchaînée ? Le sprint arriva. Francis Mourey l'engagea, cambré de toute son envie sur sa machine, voulant débouler à toute blinde dans ces olas françaises qui déjà se formaient, mais tournant la tête sur la droite ne put que constater la supériorité du finish de Tom Meeussen.

Furieux trio

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