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Gâchis

Publié le par Bullomaniak

Etoile de Bessèges 2014

C'est à se demander si la télévision est un si grand mal pour le cyclisme. Elle a sans aucun doute ses défauts - peu exitante pour l'imagination, poussant à privilégier les courses de côte - mais elle a néanmoins pour immense avantage de pousser les organisateurs à rechercher le spectaculaire. Tirreno-Adriatico, course anciennement ennuyeuse au possible, est depuis quelques années devenue une superbe épreuve. Elle a réduit ses arrivées massives, installé des côtes difficiles loin de l'arrivée, fait emprunter de superbes routes bucoliques au peloton qui sur un tel terrain se disperse aisément.

Bessèges se situe à l'entrée des Cévennes, sublime massif montagneux abondamment boisé et dont les reflets bruns des roches répondent aux teintes ondoyantes des feuilles. Il est difficile d'y passer sans lever la tête, tourner le regard sur le côté, s'arrêter sur le bord de la route et de pousser un immense soupir de satisfaction. Il est tout aussi difficile d'y trouver des routes parfaitement plates, sinon dans les rares vallées ou au dehors de cet écrin merveilleux. Une course cycliste prenant place dans un tel milieu se devrait d'être tout aussi sublime, élégante et sauvage que ne le sont ces contreforts lozériens.

L'étoile nie pourtant cette évidence. Cette année le plateau des sprinteurs était trop grand pour le parcours proposé, les hommes trop forts pour les minces difficultés posées sous les roues du peloton. Si la première étape échappa à un sprint, ce ne fut que grâce à l'erreur humaine, et non à des conditions de course particulièrement passionnantes. Puis par trois fois le peloton arriva groupé. S'ensuivit un contre-la-montre pour donner un semblant de dignité au classement général, et la course s'acheva, laissant planer la colère devant pareil gâchis. Quelle frustration ! Pour une étoile de Bessèges, quel temps ridicule fut passé au sein des Cévennes : une étape tout au plus, et encore celle-ci fut réduite au ridicule par une aberrante décision d'un circuit plat dans le final qui à coup sûr permettrait le retour des hommes les plus rapides et rendrait vaine toute tentative d'attaque. Le reste de l'épreuve fut plus insultant encore. Plus aucune roue se s'aventura dans le massif cévenole. Au loin déjà sa présence provoquait de l'envie, mais quand la course comme pour narguer les espoirs d'une entrée dans ce monde sauvage la longeait longuement ce fut intolérable. Les coureurs peut-être, et surement pas tous, furent heureux de ne pas s'aventurer sur ces espaces complexes, mais en quoi est-il besoin de leur demander leur avis ? Le sadisme du spectacle implique leur souffrance, leur masque de douleur sur la scène de leurs douleurs, et leur volonté qui saura passer outre cette atrocité pour attaquer, passer à l'offensive, mettre en valeur le décor offert à leur gloire. Le prestige implique le grandiose. Bessèges a tous les atouts pour acquérir cette dimension glorieuse : il suffit juste qu'elle brise ses chaînes de l'habitude.

Gâchis

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