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Frustration compatissante

Publié le par Bullomaniak

Milan San Remo 2014

Une course de vélo n'est jamais conforme à nos attentes. On rêve qu'à chaque occasion les coureurs s'empoignent, attaquent sans relâche, que quelque-uns nous offrent des exploits - physiques ou tactiques - mais en conservant le maximum de suspens. Forcément on est toujours déçu. Ou presque. La surprise demeure et les scénarios offerts nous prennent parfois de court. On se prend la tête, on écarquille les yeux et on balbutie quelques mots vagues devant le prodigieux spectacle de l'inattendu.

Ce genre de surprise intervient sur des épreuves secondaires, sur un coup de folie d'un homme relégué au général, sur un parcours dont on n'imaginait pas toutes les possibilités. Notre esprit fait des choix. Ici il se passera quelque chose, là non. Nos espoirs sont ciblés, et souvent une esquisse de scénario est déjà présente. Les choses que nous avons négligées peuvent se révéler sublimes, en réalité sont globalement insignifiantes mais nous en attendions peu et sommes donc peu déçu. Majoritairement. Certains projettent leur imagination sur des terrains surprenants, généralisant des faits de course exceptionnels, et voient dans un talus ridicule, un passage pavé, une descente un peu technique autant d'occasions de créer un grand bordel télégénique.

C'est demander aux coureurs cyclistes professionnels un esprit fantasque bien peu efficace en compétition. Qu'une course nous plaise et on encense le panache des attaquants, qu'une course nous frustre et on gueule comme des veaux que le peloton est une fiotte, les coureurs des crétins, les organisateurs des connards qui ne pensent qu'au fric et sont incapables de créer des parcours qui ne soient pas profondément à chier. Si une course est moins bonne que celle de l'an passé, on cherche des failles : peloton moderne sans panache, tracé foireux... On oublie vite les réussites précédentes et surtout on oublie l'essentiel, que le cyclisme est un sport d'une dureté absolue, que les efforts demandés aux coureurs sont monstrueux et que si notre frustration est légitime, l'est beaucoup moins notre colère.

Ce Milan San Remo 2014 a déçu. Incontestablement. Cela partait bien avec un peloton dispersé dès les premiers capis sous l'effet des trombes d'eau et du froid qui s'engouffrait en vagues progressives, passant une couche après l'autre sous l'effet de la gravité et des assauts répétés du ciel. Les visages étaient durs et les jambes aussi, sans doute, comme l'a montré le triste spectacle de ces hommes à bout, incapables d’accélérer suffisamment pour faire craquer les sprinteurs. Oui, par rapport aux possibilités immenses de la Primavera, cette édition fut ratée, mais non, elle ne mérite pas la critique stupide et violente, et les coureurs plus encore. On en attendait simplement trop.

Frustration compatissante

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