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Champions et nains

Publié le par Bullomaniak

Amstel Gold Race 2014

Voeckler est grand. Oui grand. Un des plus grand champions de notre époque sans doute, non pas par le palmarès qui n'a jamais fait les champions, mais par son ambition. Voeckler veut gagner. Il ne court pas pour les accessits. Seul il parvient à animer la course, pas parce qu'il ne croit pas à sa victoire, mais parce qu'il a conscience des possibilités. Rester dans le peloton et attendre la dernière bosse c'est toujours tomber sur plus fort que soi. Systématiquement. A moins de s'appeler Philippe Gilbert et d'être intouchable sur les pentes du Cauberg, d'être si profondément à l'aise sur une ascension particulière, attendre est une hérésie.

La réalité nous le montre constamment. Que se passe-t-il quand Sagan ou Valverde attendent le sprint ? Ils perdent. A chaque fois. Milan San Remo continuera longtemps d'échapper au Slovaque dans ces conditions. Valverde plus encore l'a compris, s'échappant sans relâche dans le début de saison, prenant des risques, regoûtant au plaisir de l'offensive. Résultat : une ribambelle de victoires. Certes il lui manque encore une d'importance en 2014, mais cela est surtout dû au fait de tomber sur plus fort que soi. A l'Amstel Valverde retomba dans ses travers. Et finit quatrième, impuissant face à l'accélération de Gilbert.

La démonstration a ses limites pour la simple raison que dans ces courses d'attente il y a toujours un vainqueur. Ici Gilbert. Impossible à lui de lui donner tort d'avoir attendre. D'autant plus impossible que son équipe a été somptueuse. Van Avermaet a joué la victoire en s'échappant de loin, puis une fois repris, c'est Sanchez qui feinta le peloton et fatigua les adversaires de Philippe Gilbert avant son attaque décisive. Difficile également d'incriminer trop durement Gerrans, Valverde et Kwiatkowski qui pouvaient légitimement croire en leurs chances dans une telle configuration.

La faute, encore et toujours, en revient au reste du peloton. Le passage de plusieurs monts difficile aurait pu être le déclencheur de beaucoup de choses. Une chose, simple, évidente même sur une étape de montagne, aurait suffit : accélérer, faire craquer une bonne part du peloton et nombre d'équipiers pour avoir ensuite le champ libre. Voeckler n'avait sans doute pas des compagnons assez puissants pour cette tâche et c'eût été surtout dévoiler sa forme quand celle-ci était plus qu'inconnue. Non, son choix était bon, simplement handicapé par la mollesse maladive de ceux qui l'accompagnèrent. Une semaine plus tôt Boonen déjà s'était retrouvé dans le même situation. Deux champions dépourvus face à ces nains disposés à la défaite. Certes, on trouve toujours une individualité consciente elle de la nécessité de rouler (Peter Weening, Geraint Thomas) mais face à la masse, que faire ?

Pour en terminer je peut citer ici ce qui a mes yeux est le plus formidable révélateur de cet état d'esprit des champions. Thomas Voeckler au Tour 2011 sur l'étape Modane - Alpe d'Huez. Dans le Galibier Contador attaque. Andy Schleck, Thomas Voeckler et Cadel Evans suivent. Contador repart avec Schleck dans la roue, mais Voeckler ne peut suivre et Evans connaît un incident mécanique. Le choix logique, facile, est de se laisser rattraper par le groupe de chasse et laisser Evans et les coéquipiers présents organiser la poursuite dans une étape encore bien longue. Faire ça c'est assurer sa place sur le podium à Paris. Mais c'est aussi perdre définitivement le Tour face à Cadel Evans. L'occasion est là, l'occasion de distancer Cadel Evans et de toucher ce rêve incroyable du maillot jaune sur les Champs-Elysées. Une chose à faire, évidente, tenter de rattraper les deux hommes de tête. C'est fou, c'est quasi impossible, mais c'est la seule manière de remporter le Tour. Voeckler échoua, finit quatrième à Paris, mais il toucha le maillot jaune d'une manière beaucoup plus franche que ne l'a jamais fait Andy Schleck.

Champions et nains

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