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Lutte interne

Publié le par Bullomaniak

Tour d'Espagne 2014 - étape 6

Je n'aime pas Nairo Quintana. Vraiment. Sa franche absence de charisme et son attitude de plus en plus passive en course font que vraiment, non, je ne vois pas comment je pourrais m'enthousiasmer ne serait-ce qu'un instant pour ce coureur. Petit à petit le colombien se transforme en prototype parfait de l'équipe Sky, se régulant bien davantage qu'un Chris Froome partant au quart de tour. Aussi sur ce Tour d'Espagne le voir en difficulté, et mieux, en difficulté par la faute de son équipier Alejandro Valverde est absolument délicieux.

Pas que j'aime particulièrement Valverde non plus, mais il dispose déjà de ce qui manque cruellement à Quintana : une gueule, un style, une présence en course. Seulement l'espagnol reste trop souvent restreint par une certaine retenue dans l'attaque ; il n'est guère surprenant de le voir entiché d'une réputation de suceur de roue. Or, sur cette sixième étape, ce fut la première fois qu'une victoire de ce coureur m'enthousiasme. Depuis le début de l'épreuve il semble avoir compris que, Quintana menaçant son leadership, le seul moyen de le récupérer est de prendre de l'avance au classement général, et ce par tous les moyens. On le vit donc successivement attaquer sur une étape pour sprinteurs puis tenter lancer une bordure dans les vents chauds du Sud de l'Espagne. Valverde se transformant en roi de l'offensive, oubliant de sottes considérations comme le risque et l'incertitude, devenant un coureur différent, son soutien est d'un coup plus facile, plus naturel, plus instinctif.

Mais il manquait encore quelque chose : Valverde devait prouver qu'il était en mesure de gagner cette Vuelta. Sur l'ascension de la Zubia, il fut clair qu'il naviguait un ton au-dessus de la mêlée : prenant les devant du peloton à deux kilomètre de l'arrivée, il ne le lâcha que quelques instants sur une accélération de Rodriguez pour ensuite s'imposer facilement devant Froome et Contador. Et pendant ce temps là, Quintana était distancé. Certes pas distancé dans des proportions affolantes, mais distancé tout de même. Bien sûr, après, vint l'explication de la montée en puissance, de la montée pas adaptée aux qualités de Quintana (aurait-il cessé d'être un grimpeur ?) et puis tiens, tant qu'à faire, de la météo. Sa position est devenue délicate. Il peut certes se raccrocher à l'idée de la forme ascendante, mais à ce jeu-là Contador progressera encore plus vite.

Celui qui à l'inverse a acquis de nouvelles possibilités, c'est Valverde. Difficile de savoir si cela est conscientisé dans l'esprit du coureur, mais sa course rappelle celle de Bernard Hinault sur le Tour 1986 quand celui-ci multipliait les coups contre son leader Greg Lemond. Sauf que la situation est différente. Valverde n'a aucun compte à rendre à Nairo Quintana à qui il a plus souvent rendu service que l'inverse, et Valverde, avec un seul grand tour au compteur, n'a aucune raison de se mettre en retrait. Valverde apparaît aussi plus subtil : à aucun moment il n'a montré réellement une animosité (sans doute inexistante) contre Nairo Quintana ; il a simplement mis le colombien sous pression et a rappelé à tous ses ambitions. Maintenant, tant qu'il tiendra la barre face au trio Froome-Contador-Rodriguez, Quintana ne pourra pas l'attaquer sans que cela soit considéré comme un acte de trahison. La chance est du côté espagnol.

Lutte interne

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