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L'invisible réussite

Publié le par Bullomaniak

Etoile de Bessèges 2015 - étape 1

Il y a toujours une incertitude. L'étape a-t-elle vraiment été sublime, ou est-ce l'impossibilité d'avoir pu la suivre autrement que par un compte-rendu écrit qui en a fait une telle réussite ? Le cas n'est pas nouveau. Que ce soit sur le Tour de l'Ain ou le Rhône Alpes Isère Tour, à chaque fois que mes yeux parcourent frénétiquement les minces et désespérément peu fréquentes informations données par directvelo, j'ai l'intense regret de la non-existence d'une retransmission télévisée. Que les courses continentales soient plus agitées et moins stéréotypées que les courses world tour, c'est une évidence. Mais, toujours demeurera ce doute quand à la qualité réelle de ce que je viens de suivre.

Ce à quoi on peut répliquer que ça n'a aucune importance : la joie procurée par le suivi de ces courses ne vient-il pas en grande partie de ce que, justement, je n'ai rien pu voir, évitant les moments de creux qui nécessairement dans une course sur la durée existent, et sur l'écran pourrait créer de dérangeants moments d'ennui ? Pas forcément. Ce serait surtout l'occasion de profiter au maximum de ce que peut proposer le cyclisme, ce en quoi il surpasse dans le récit tous les autres sports, les renversements de situations, les tactiques évoluant au fil des kilomètres, les équipes en panique et les coureurs manœuvrant si magnifiquement que leur victoire devient une évidence. Le livre écrit ne livre que des constats : tel coureur est dans tel groupe, voici les écarts, telle équipe roule... Certes, l'esprit humain est si doué pour combler les failles logiques que le scénario en cours se reconstitue dans notre tête, que les enjeux nous apparaissent clairement et qu'il n'y a nulle difficulté à profiter de ce que le peloton nous offre, mais l'intensité de la course se transforme davantage en une intensité de l'attente. Il n'est à aucun moment possible d'anticiper, de pronostiquer, de déceler à la vue des différents coureurs lesquels semble dominer leur sujet et lesquels sont visiblement au bout du rouleau. Une minuscule subtilité nous demeure inaccessible et nous empêche d'être tout entier à suivre l'épreuve.

La radio en évitant les pauses fait plonger dans l'intensité des événements, et parfois en évitant de montrer, dans la simple suggestion, peut faire vibrer davantage que le froid et synthétique compte-rendu écrit. Le cyclisme est unique dans la complémentarité exemplaire des différents médias, mais l'écrit tire sa noblesse dans l'après-course. Le direct empêche le lyrisme et l'épique. On se persuade comme on peut de l'envergure de ce que l'on est en train de suivre, mais on reste comme étranger aux événements, privés d'être aussi informés que ceux qui nous en parlent. Des courses comme Bessèges tirent leur force de ne pas être foncièrement prédictibles. Le livre écrit a le grand avantage de permettre le suivi de tous les événements, quand un autre média ne s'attarderait que les derniers kilomètres. La course n'a ni les moyens, ni l'audience pour une diffusion intégrale, et le suivi de directvelo reste le moyen le plus efficace de suivre ces épreuves continentales qui bien souvent proposent des scénarios bien plus passionnants que les courses de plus haute envergure. Ce qui n'empêchera pas le regret perpétuel.

L'invisible réussite

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