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Chutes et envol

Publié le par Bullomaniak

Paris Nice 2015 - étape 7

Sur le papier une longue descente roulante de près de trente kilomètre n'annonçait rien de bon, en tout cas rien qui aurait pu briser le désolant schéma des éditions précédentes. Mais, l'enchaînement des difficultés et le temps pluvieux ont dans leur association su créer l'improbable, une grande étape magnifiée par l'incroyable exploit de Tony Gallopin.

Posons les bases : Tony Gallopin était le plus fort. Outre sa démonstration dans le final, reprenant du temps malgré l'évident désavantage d'être isolé face aux groupes de poursuivants, ne cessant de relancer encore et encore, d'être constamment offensif dans son coup de pédale, il fut aussi le plus impressionnant dans la dernière ascension de la journée, le col de Peille. L'avantage pris dans la descente fut bien vite ramené à 25 secondes, moment que choisi Tony Gallopin pour s'en aller. Or plus personne derrière ne put, malgré les attaques, rabaisser le chrono davantage que de quelques secondes. Richie Porte si facile sur la Croix de Chaubouret était bien incapable de faire exploser le groupe de contre pour revenir en solo, ne serait-ce que distancer davantage Kwiatkowski ; à ce titre, quel sens tactique pitoyable de la part de l'équipe Sky, une fois revenu sur le Polonais, il semblait évident de contrer immédiatement pour profiter des efforts consentis en amont, mais rien. Le laisser récupérer un temps pour qu'il limite les dégâts, quel choix étrange !

Laurent Fignon défendait les étapes longues et difficile, non pas par simple nostalgie des courses d'antan, mais parce que selon lui, c'était dans ces conditions que pouvait se dégager les meilleurs. Force de constater que Richie Porte reflète merveilleusement ce schéma, capable d'être monstrueux sur une course de côte, puis en galère sur les étapes où les cols s'enchaînent. Quel meilleur exemple que sa défaillance spectaculaire sur l'étape de Bagnères-de-Bigorre ? Insolent au point de faire deuxième derrière son leader, puis incapable d'accrocher le peloton de tête. Sur l'étape de Nice on vit poindre ce genre de faiblesse. Son incapacité à distancer des coureurs qu'il avait aisément dominé quelques jours plus tôt et sa chute peut être pas tout à fait anodine à la fin d'une journée éprouvante sont autant d'indice d'une faiblesse inexistante en d'autres occasions. En parallèle, Gallopin lancé par un Kwiatkowski de plus en plus enthousiasmant dans ses ambitieux choix tactiques semblait ne pas subir ni le froid, ni la pluie, et encore moins la fatigue. Sa forme pouvait enfin ressortir, hors de ces courses de côte insipides où le classement se joue sur qui aura le meilleur rapport poids/puissance.

Voilà une des raisons d'éviter, au moins de limiter les étapes trop faciles et d'empêcher au maximum les simples arrivées au sommet. C'est le meilleur moyen de rendre une course insipide. L'étape de Nice proposée cette année avait ouvertement des défauts, mais sa difficulté et son enchaînement de cols proposait un terrain où les coureurs pouvaient s'exprimer en dehors de leurs capacités physiques type tests à l'effort. Mais le col d'Eze où les écarts sont ridiculement élevés dans une course qui se joue souvent à quelques secondes a bel et bien rendu inutile cette étape, remettant Richie Porte dans les conditions d'un effort unique et non complexe, lui permettant de remporter malheureusement le général. Les courses par étapes sont atteintes d'un dangereux symptôme, à concentrer les difficultés sur la fin de parcours, faisant tendre la course vers de simple affrontements dans le dernier col et privant le cyclisme de ses meilleurs aspects. Les étapes courtes en allongeant la durée de l'affrontement ont su apporter quelques-uns des meilleurs moments de ces dernières années, mais rien n'empêche non plus une étape longue de créer de l'usure et que la course s'emballe avant les tous derniers kilomètres en imposant des difficultés importantes loin de l'arrivée. Changer les tracés pour éviter les tristes attaques à la flamme rouge, et ne pas croire que les Tony Gallopin soient les uniques responsables des courses passionnantes.

Chutes et envol

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