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Collectif gâché

Publié le par Bullomaniak

Amstel Gold Race 2015

Assez délicieuse était l'image d'un Michael Matthews s'accrochant rageusement dans la roue de Philippe Gilbert, et qui, par sa seule résistance, réduisit l'atroce tactique de la BMC à néant.

C'en est à se demander pourquoi. Pourquoi la BMC n'a-t-elle pas profité de l'inconstestable supériorité de son collectif pour jouer sur plusieurs pions ? Pourquoi diable Van Avermaet n'a-t-il pas relayé Fuglsang alors qu'une victoire de prestige était plus que possible ? Soit le Belge allait au bout et n'aurait eu aucune difficulté à disposer de son compagnon danois au sprint, soit il tenait jusqu'au Cauberg mais permettait alors à Philippe Gilbert de rester sur la réserve et de contrer ses adversaires sur le haut de la bosse, pouvant surprendre bien plus naturellement un Matthews que dans sa sempiternelle attaque de milieu d'ascension.

Il est de fait que Philippe Gilbert est invincible sur le Cauberg. Mais, avec l'arrivée repoussée d'un bon kilomètre, il lui est nécessaire de s'extraire seul. La probabilité de se faire accrocher par un coureur à la pointe de vitesse supérieure est tout à fait présente puisque le cas s'est présenté ce dimanche. Alors pourquoi tout jouer sur un unique coup quand son équipe est aussi ridiculement forte ? Les coureurs de la BMC ces dernières saisons se plaignaient de la tendance à tout jouer sur les classements généraux, ce qui, négligeant les autres accessits, bridait l'équipe de manière contre-productive. Délivrée de cette logique, on vit les coureurs à l'offensive, une dynamique collective s'installer, et nécessairement un afflux renouvelé de victoires. Cette situation n'est d'ailleurs pas sans rappeler l'actuelle FDJ, qui trop tournée vers ses leaders n'arrive plus à retrouver la force collective qui était sienne il y a quelques temps.

Le verrouillage de la BMC conduisit à une course morne et prévisible dans son déroulement. Il y a certes une différence entre le spectateur et le coureur, et il est beaucoup plus satisfaisant d'attendre le dénouement final, d'assurer une place, que de tout risquer pour la victoire et de finir en cas d'échec très loin des premiers, et surtout hors du coup. Mais il est assez incroyable de voir avec quelle fatalité la grande majorité des équipes se résout à ce scénario. Personne pour imprimer un rythme dans les bosses, personne, sinon Astana, IAM et Orica (ce qui prouve bien que jouer sur plusieurs cartes n'est absolument pas un problème) pour attaquer. Quelqu'un comme Valverde, dont la capacité dans les raids solitaires comme dans les sprints n'est plus à démontrer, a encore terminé sur le podium. Pour un coureur de son calibre, se contenter d'assurer le coup est assez ridicule et au bout d'un moment assez énervant.

Certains décrient le changement de parcours, mais de notre côté on félicitera plutôt les organisateurs pour installer les gros morceaux plus loin de l'arrivée. Si les coureurs s'en désintéressent à cet instant, ils s'en désintéresseront plus tard, et l'inévitable course de côte sera toujours là. La seule innovation serait alors de supprimer le Cauberg mais la probabilité de la disparition de cette arrivée est négligeable. A moins d'un changement de mentalité parmi le peloton, l'Amstel tout comme la Flèche demeureront de tristes courses de côtes. La solution la plus aisée est à trouver sur la deuxième ardennaise : créer une autre course féminine, qui passerait avant les hommes, et diffuser plutôt celle-ci. Les Flandriennes plus intéressantes chez les hommes auraient la priorité, et les Ardennaises plus intéressantes chez les femmes prendraient le pas sur l'autre course. Histoire de profiter du meilleur à chaque fois.

Collectif gâché

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