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Plaisir du temps long

Publié le par Bullomaniak

Giro 2015

Plus qu'aucun autre sport, le cyclisme excelle dans le feuilleton. Nulle part ailleurs on ne retrouve l'incroyable intensité propre à un grand Tour. 21 jours c'est long. Très long même. Et, ultime délice, aucune de ces journées n'est vraiment semblable à une autre.

Il aura certainement manqué au Giro 2015 un minimum d'enjeu : on savait que Contador allait gagner, il a gagné, et sans être jamais réellement mis en difficulté. Point regrettable au vu de la dernière étape de montagne, où, tandis que Mikel Landa faisait exploser le record de l'ascension du Finestre, le Pistolero connaissait un petit passage à vide, certes assez anodin au vu des trois semaines, mais signifiant sur la possibilité qu'avait Astana de renverser la course en prenant tous les risques et en cessant de tout jouer sur son Italien. Ici, la course aurait pu trouver une ampleur qu'elle n'a jamais atteint malgré le très bon spectacle proposé jour après jour.

Individuellement, les étapes furent magnifique. Pas un jour où le peloton voulut relâcher la pression, pas un jour où les coureurs purent rallier tranquillement la ligne d'arrivée, pas un jour où les favoris ne pointaient leur nez à l'avant, voire s'attaquaient entre eux à bonne distance de du final, au point qu'une attaque de Fabio Aru aux huit kilomètres était signe d'une journée décevante. Le plus beau dans cette affaire est sans doute l'impact que cette course aura sur ses successeurs. Le parcours sortait enfin des tristes enchaînements d'arrivées au sommet molles et mal conçues, pour un tracé plus atypique, propice à l'offensive, aux surprises et aux rebondissements. Sa pleine et entière réussite ne peut que promouvoir une vraie attention portée à la conception des parcours.

Reste que ce Giro aura peine à marquer pleinement les esprits. On se souviendra de Contador sur le Mortirolo et le Finestre, de l'explosion de Mikel Landa, de la course effrénée qu'aura proposée cette édition, mais en terme de légende il manquera quand même quelque chose. A postériori, une fois la course achevée, le ressenti n'est pas le même. On aura beau avoir pris un énorme plaisir à suivre l'épreuve, y revenir ensuite semble peu nécessaire, voire peu intéressant. Un cas contraire dans l'histoire récente du cyclisme peut se retrouver dans le Tour de France 2011. Au moment du franchissement des Pyrénées, la course d'attente des favoris était atrocement crispante. A postériori, c'est grâce à celle-ci que les Alpes furent aussi grandioses, et que sur la durée entière des trois semaines les événements s’enchaînèrent aussi bien. Permettre à Voeckler de faire monter l'idée d'une victoire possible avant de le voir sombrer sur les pentes du Galibier, voilà un enchaînement qui, scénaristiquement, donne beaucoup plus d'ampleur que s'il avait géré tranquillement une quatrième place au général.

Dans la même idée, faire un retour sur les Tour 1964 et 1989, ceux unanimement considérés comme les deux plus beaux, permet de constater que dans le détail, la course fut parfois morne et décevante. Le duel Poulidor - Anquetil cache de nombreuses étapes de plaine insignifiantes ; le duel Fignon - Lemond dissimule un certain attentisme des leaders et le fait qu'aucune étape ne fut incroyable individuellement (le contre-la-montre final excepté). Le Giro 2015 lui fut prenant jour après jour, mais sans jamais réussir à dégager autre chose qu'une hiérarchie déjà très implantée dès le début, à laquelle se rajouta en cours de route Mikel Landa mais sans faire de vagues. Dans quelques semaines le Tour de France va à son Tour débuter, et le plateau prévu est beaucoup plus favorable à une course sur laquelle on aura envie de revenir à postériori. Seul problème, le parcours a été excessivement mal conçu et on pourrait se contenter d'un affrontement certes plus incertain, mais surtout beaucoup plus morne. Une réunion des deux aspect serait pourtant d'autant plus profitable.

Plaisir du temps long

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