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Le rejet du prévisible

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2015 - étape 10

La première étape de montagne du Tour de France était une course de côte. Rappelons le principe : les grimpeurs peuvent aller se faire foutre. La victoire de Froome était si intensément prévisible que les réactions du public en deviennent au mieux ridicule, au pire profondément déprimantes. C'est une course de côte. Donc, peu importe le rapport poids/puissance, seul le moteur compte. Froome a le plus gros moteur du lot. Porte a un moteur énorme. Geraint Thomas est un monstre de puissance. Mieux, les calculs des watts si décriés montrent une performance "crédible", et surtout inférieure à celles de 2013.

Sous le prétexte que la Sky a réalisé une prestation collective de haut niveau, on crie d'abord au dopage, puis à la fin du Tour. Si les choses étaient aussi faciles Jean-François Bernard n'aurait jamais perdu en 1987. Froome a montré une certaine supériorité, est solidement installé en tête de course et à une équipe sur le papier très forte. Mais trois minutes c'est loin d'être insurmontable. L'invraisemblable attentisme des leaders face à l'isolement de Froome sur l'étape de Bagnères-de-Bigorre ne se répètera pas tous les ans. La Sky n'est pas aimée du peloton. La Sky paraît solide sur le papier mais à part Geraint Thomas les équipiers de Froome sont loin d'être des valeurs sûres, et pour certains très fréquemment atteints de défaillances. Un peloton ligué contre un seul homme, c'est surtout la possibilité d'une course magnifique si les gros leaders piégés (et trop loin pour se contenter de gérer une place sur le podium) décident de lancer des grandes offensives.

Pour avoir déjà émis cet avis ailleurs, les détracteurs de ce genre d'espérances soulignent la force de l'équipe Sky (bof) et surtout le fait que ce genre de scénario ne marche jamais. Ce qui est faux. Les deux derniers Dauphinés furent de superbes exemples des réussites possibles. Soit un leader qui fait exploser les coéquipiers du maillot jaune, l'isole, et le contraint à lutter seul dans le vent, soit une succession d'attaques de baroudeurs, réserve infiniment plus grande que le groupe réduit des prétendants au général. Les attaques se succédant, le rythme est élevé, les plus faibles sautent, le peloton se réduit, les premiers attaquants sont distancés, remplacés par d'autres, puis un membre du top 15 y va, un membre du top 10, puis le maillot jaune en personne devant le très faible nombre de personnes encore présentes à l'avant et le risque de se faire piéger. Et si on se fait piéger, l'addition peut être assez lourde.

Surtout, ce genre d'avis se heurte à une vision plus que misérable du cyclisme, celle qui veut à tout prix du suspens, et qui en ce sens est prêt à sacrifier tout intérêt à la course. Les gens réclament des arrivées au sommet et s'indignent quand tout à fait logiquement le plus fort s'y impose. A en croire les gens une bonne course est une course indécise, même si cette indécision est factice, encouragée par un parcours mou provoquant des affrontements qui se limitent aux deux-trois derniers kilomètres de chaque étapes. La Vuelta est une purge quasi-permanente mais on trouve des personnes pour appréciées cette franche horreur. Et si le Tour de cette année frôle une catastrophe semblable au niveau du parcours, quelques aspects peuvent permettre d'échapper à une course fermée. Ne serait-ce que l'étape de Saint-Jean-de-Maurienne qui peut laisser de grands espoirs.

Le rejet du prévisible

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