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La mythologie du pire

Publié le par Bullomaniak

En temps normal, tout le monde s'en fout du cyclocross. D'autant plus si c'est pour se focaliser sur une sous-catégorie comme les filles de moins de 23 ans - sérieusement, qu'est-ce qu'on va aller s'intéresser à des trucs pareils, on a quand même autre chose à foutre, comme essayer de comprendre ce qu'il se passe sur le stream du Tour de San Luis. Bien plus passionnant qu'une course dynamique et parfaitement réalisée.

Mais voilà-t-y pas qu'on trouve un moteur dans un vélo, et le cyclocross se retrouve exposé à la face du monde. Le fait que Van den Driessche soit la meilleure de sa catégorie n'a aucune incidence dans l'affaire. Ce qui compte c'est le scoop, le buzz, l'information choc qui puisse être étalée sans limite et sans gêne à la face du monde, sans la moindre précaution quand à la présomption d’innocence ou cette stupide idée consistant à laisser une enquête se terminer avant de tirer des conclusions. Elle aurait été contrôlée à l'EPO, rien. Ce n'est même pas une affirmation gratuite ; lorsque les frères Szczepaniak ont été déclassés de leur titre de champion du monde, l'affaire n'est jamais remontée jusqu'aux vautours des grands médias. Non, ce qui importe est le moteur.

Le plus immonde est sans doute ce moment où ressortent les vieilles archives diffamant sans vergogne Cancellara et Hesjedal - et plus affreux encore l'inclusion de Froome dans les personnes suspectes sans aucune autre raison valable que le fantasme populaire à son propos. Femke Van den Driessche n'intéresse personne. Seul comptent les personnages célèbres du peloton. Le cyclisme est une cible tellement facile, et si commode pour remplir l'antenne sans beaucoup d'effort. On lit une dépêche AFP, on appelle un spécialiste du sujet, 4-5 minutes d'antenne, ça boucle le journal. Pratique.

Le plus effarant est de voir se succéder les anciens apôtres des années 1990 venir nous expliquer que la triche mécanique est pire que tout, que c'est infâme, et que c'est la mort programmée du sport cycliste. Comme si cette manière de tricher était si odieuse qu'elle ne pouvait en aucun cas se comparer à tout ce qui a été fait avant. Pourquoi ? Par l'EPO ou par un moteur dissimulé, la sensation reste la même, celle de se faire flouer par un coureur évoluant bien au-delà de ses capacités normales. Il serait même facile de défendre la triche mécanique comme beaucoup plus saine, comme n'altérant pas la santé du coureur, et rendant possible une rédemption par l'absence d'effets à long terme comme pour le dopage. Moralement, cela permet même d'éviter que ceux ayant gagné grâce à l'ingestion de produits soient toujours considéré comme des champions ayant, au final, gagné à la pédale - ils méritent quand même leur victoire, non ?

Le summum du dopage est son organisation à grande échelle. Quand des équipes entières se mettent à tourner au même régime, quand un peloton à deux vitesses s'organise, quand les anciens champions se retrouvent complètement dépassés sans autre raison que la non-adhésion aux nouvelles pratiques. Individuellement, le dopage peut s'excuser. Mais en tant que système, il est à bannir. Faire de la triche mécanique un tel absolu n'a aucun sens tant il n'est pas le fond du problème. Les comparaisons l'estimant plus efficace ne changent rien au fond ; ce qui importe c'est le contournement des règles, et s'il faut prendre quelque chose en compte, son envergure, et non son efficacité. Actuellement les craintes résident sur les micro-transfusions et des systèmes de roues magnétiques. Pratiques beaucoup plus systémiques, et ne pouvant faire le poids face au scoop éclatant d'une pauvre gamine avec un moteur dans son vélo.

La mythologie du pire

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