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Adhésion unilatérale

Publié le par Bullomaniak

Paris-Nice 2016 - étape 7

Alberto Contador est grand, il est beau, il est panache, il est ce soupçon de cyclisme à l'ancienne qui illumine notre triste réalité contemporaine de ratons et d'attentistes. Il est tout, et il faut tout lui accorder. STOP !!!

Ce triste commentaire a malheureusement été celui qui domina les débats suite à l'ultime étape du Paris-Nice 2016. Un paradigme débilitant qui fait la belle part à l'oubli. On encense Contador comme un champion, et on conspue Zakarin pour ses anciennes affaires de dopage. On loue le Pistolero pour sa combativité et sa hargne à aller chercher la victoire ; on crache sur les méthodes froides et SRMisées de Geraint Thomas. Pire que tout, Tony Gallopin qui avait toutes les raisons de vouloir rentrer dans le groupe de poursuite est attaqué de toutes part comme un traître, même quand le résultat final lui donne plus que raison. Les gens s'en foutent de savoir si la course a été belle et si le suspens aura été présent jusqu'au bout ; tout ce qui les intéresse est de voir celui qui attaque l'emporter.

Dans la descente du col d'Eze, alors que l'incertitude régnait sur qui de Thomas ou de Contador allait l'emporter, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir en tête les antécédents de l'Espagnol sur le plan du dopage. Après tout, quand Zakarin gagne, c'est ce qui revient immédiatement. Pourquoi pas avec Contador ? Son incapacité à gagner le Tour depuis 2010 et la domination actuelle de Christopher Froome est-elle si prégnante qu'on lui pardonne tout ? D'autant que le point est essentiel : si Contador peut s'amuser à se lancer dans de tels raids, c'est que ses capacités physiques le lui permettent, et il y a suffisamment d'études sur les effets à long terme du dopage pour que la question ait son importance. Mais Contador est un cador. Contrairement à Zakarin, il ne semble pas sortir de nulle part, il a sa place dans la hiérarchie. On oublie donc. Et puisqu'il ne domine plus autant, et rend généralement la course intéressante, on en fait le sauveur du cyclisme moderne, en mettant si possible de côtés tous les moments où il courrait dans une logique différente (la Vuelta 2014 en mode suivre-Froome-et-rien-d-autre, au hasard).

La question est essentielle puisque certains vont jusqu'à parler de vainqueur moral. Notion aberrante. Sur quoi juger le mérite du vainqueur ? Après tout, celui qui gagne est celui qui a le mieux couru. Mais prenons un autre angle : disons que le vainqueur moral est celui qui s'est le plus arraché pour la victoire. En quoi Geraint Thomas ne rejoint pas cette définition ? Le Gallois s'est dépouillé dans le dernier col pour limiter l'écart, avant de tout donner dans la descente sur Nice. Une telle volonté de gagner malgré la difficulté de sa situation est à saluer, au moins autant que les offensives de Contador facilitées par sa condition physique un ton au-dessus des autres. Les deux ont fait avec leurs moyens pour aller chercher la victoire. Mais Geraint Thomas est un Sky, il est donc l'adversaire, celui qui pratique un cyclisme froid et calculé. La mémoire sélective de ses détracteurs oublient ses offensives sur les classiques flandriennes, Milan San Remo et même ses attaques sur les courses par étapes (cf. le passage de Brouilly en 2014), pour le transformer symboliquement en un vulgaire suceur de roues (en priorité celle de ses équipiers).

Que tirer de tout cela ? Que les gens s'en foutent de savoir si la course a été intéressante. C'est le même processus qui pousse certains à ne réclamer que des arrivées au sommet ou à densifier le final de Milan San Remo, pour assurer une arrivée éclatée et où il se sera toujours passé un minimum de choses, au mépris de l'intérêt de la course dans son ensemble. On voulait Brouilly et un col plus dur pour que Contador ait son maillot jaune. on aurait voulu que la Sky ne recolle pas au pied du col d'Eze. On aurait voulu que Thomas craque complètement. Bref, on aurait voulu que Contador gagne sans la moindre difficulté, peu importe si l'intérêt sportif en aurait grandement souffert.

Une dernière idée odieuse ressort de ces commentaires, celle que Contador est le dernier coureur à l'ancienne, le dernier à pouvoir rendre les courses intéressantes, et que sans lui, point de spectacle. Que Michal Kwiatkowski ait fait preuve de plus de panache encore l'an dernier, en attaquant avec le maillot jaune sur le dos au risque d'exploser ensuite, propulsant Tony Gallopin vers une superbe démonstration, personne ne semble s'en souvenir. Que Nibali ait bien plus fait pour le spectacle sur le Tour 2015 que Contador, pareil. Que toute une génération de coureurs offensifs soient prêts à nous offrir de grand moments de sport, tout le monde s'en fout, on préfère sélectionner les instants glorieux d'un ex-dopé à l'EPO.

Adhésion unilatérale

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