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Conventions implicites

Publié le par Bullomaniak

Tour d'Italie 2016 - étape 6

Devenir professionnel, c'est s'astreindre à des règles implicites qui ont cours dans le peloton. Une échappée matinale, c'est juste pour montrer le maillot. Si l'échappée est à portée de tir, on ne doit pas tenter d'y aller. Tout ce qu'on doit faire c'est se conformer à un schéma prédéfini, attendre que les leaders donnent le signal, et à ce moment-là, et surtout pas avant, on peut lancer la course.

Tim Wellens est une anomalie. Dans une époque toujours plus encline à privilégier l'attentisme, dans une époque où les parcours sont construits explicitement pour que personne n'attaque avant l'énième arrivée au sommet, où remettre en question la hiérarchie pré-établie, et pire encore, le scénario prévu à l'avance, est une hérésie, Tim Wellens persévère dans ses attaques anticipées. Tout le monde veut lui expliquer qu'il se gâche, que son palmarès pourrait être plus fourni en faisant comme la masse du peloton, en attendant sagement le final pour voir si ses capacités physiques lui permettent de dominer ses adversaires. Lui-même a un temps convenu que oui, peut-être devrait-il se retenir un peu plus. Mais rien n'y fait. Tim Wellens est un ambitieux. Qu'importe de finir placé si la victoire vous échappe ?

Passé professionnel, le coureur semble oublier ses réflexes acquis en amateur. Il est aberrant de ne jamais voir des coureurs tenter de faire le saut quand le peloton revient tout près de l'échappée. Il est aberrant de ne jamais voir de coureur tenter dans les fins d'étapes ou de classiques dévolues aux sprinteurs. Que des Gougeard ou des Voeckler soient toujours isolés dans leurs tentatives est désespérant. Et quand Tim Wellens tente de s'échapper, pourquoi personne ne songe-t-il à prendre sa roue ? On peut louer Laurent Didier pour avoir eu cette intelligence. Et là où un échec constant pourrait décrédibiliser ces tentatives, le fait est que ça marche. Alexis Gougeard a déjà un éloquent palmarès et Tim Wellens a déjà remporté le Grand Prix de Montréal et par deux fois l'une des plus belle course par étapes du calendrier, l'Eneco Tour.

Et tout comme Tim Wellens, Tom Dumoulin semble déranger. On sût après coup que ce fût lui qui glissa à l'oreille de Wellens l'idée d'attaquer à cet instant de la course. Donc quoi de plus logique qu'il ne chercha pas à rouler pour défendre son maillot rose, d'ailleurs très loin d'être en danger. Mieux, avec son panache habituel, il le consolida davantage en contrant Nibali. A l'arrivée, le conflit avec le clan italien était inévitable. Tom Dumoulin passa dans le banc des accusés : "Tu n'es pas un leader, tu n'assume pas la course, tu n'a rien à faire à la place qui est la tienne. Quand Wellens est parti, tu aurais du contrôler pour que nous, après, nous puissions nous jouer la victoire comme il était prévu." Peu importe leur propre incompétence ou leur frilosité à envoyer leurs hommes au turbin, le fautif était évidemment ce grand batave qui avec autant d'inélégance venait foutre la merde dans la hiérarchie. Sans songer que, si un homme semble maîtriser son sujet, c'est bien Tom Dumoulin ; lui qui savait quand attaquer, quand faire rouler ses équipiers, quand glisser à l'oreille d'un ami que l'étape est à sa portée. Les joies du cyclisme à l'italienne.

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