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Réponse à Nicolas Fritsch

Publié le par Bullomaniak

Cet article est une réponse plus ou moins élaborée à un article pour velo101 et un post facebook de Nicolas Fritsch autour de la question des championnats du monde au Qatar.

Les récents championnats d’Europe de cyclisme organisés à Plumelec en Bretagne, pour la première fois ouverts aux professionnels, nous ont offert un beau podium, au terme d’un final intense dans la dernière ascension d’une côte de Cadoudal noire de monde.

 

Un final intense, un sprint quoi. Et difficile de trouver que Cadoudal ait été noire de monde, surtout avec l'accès payant.

Oui, ça ne sert à rien de pinailler sur l'introduction mais c'est du pur plaisir de contradiction inutile.

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La Bretagne, terre de cyclisme, cède sa place aux championnats du Monde qui s’ouvrent ce week-end à Doha, au Qatar donc, terre de..euh…de sable ?

 

Terre de pétrole plutôt.

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On lit et on entend beaucoup de critiques quant à cette organisation, tant au niveau purement sportif que d’un point de vue plus idéologique. A juste titre d’ailleurs, et un peu de recul s’impose pour tenter d’être objectif !

 

C'est une règle de base : l'objectivité ça n'existe pas. On peut procéder avec des outils épistémologiques pour cerner les biais de raisonnement et de procédure mais être objectif est une pure vue de l'esprit. Enfin là c'est encore de la branlette intellectuelle de ma part.

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J’ai moi-même beaucoup critiqué le Qatar, et c’est le moins que l’on puisse dire, me révoltant contre les faveurs qu’on lui octroyait tout en fermant les yeux sur leurs pratiques ancestrales. Ancestrales, effectivement, c’est le mot juste qui m’a aidé à me raisonner. Nous, européens, occidentaux, culturellement donneurs de leçons, ne devons pas oublier que des droits qui nous apparaissent aujourd’hui fondamentaux ne l’étaient pas pour « nos ancêtres » il y a quelques dizaines d’années seulement, hier ou avant-hier donc à l’échelle de notre longue histoire. Il nous est facile de juger du haut de nos idéologies actuelles, mais comment nous jugera-t-on, nous, dans un siècle ? N’oublions pas que le droit de vote n’a été accordé aux femmes françaises qu’en 1944 et que l’abolition de l’esclavage aux États-Unis ne remonte qu’à 150 ans. Pas de quoi faire les malins finalement.

 

Ouch ! Les faveurs qu'on accorde (nous européens évidemment). Fermer les yeux sur des pratiques ancestrales (disons le carrément, barbares). « Nous, européens, occidentaux, culturellement donneurs de leçon », et apparemment nous le sommes toujours au vu de ce paragraphe. J'avais utilisé le terme de colonialisme sur twitter et on est effectivement en plein dedans. Nicolas Fritsch veut contrebalancer son propos avec des barbarismes que nous avons eu aussi, mais il va néanmoins en plein dans l'idée de Progrès, un Progrès d'abord propre à l'occident ensuite redistribué vers les peuples barbares. Il serait pourtant facile, soit de ne pas considérer de haut les pratiques qataries en ne posant aucun jugement moral, soit de relier à des pratiques encore actuelles en Europe. Après tout l'esclavage existe toujours dans nos pays à travers les réseaux de prostitution. Est-ce mieux que l'exploitation des immigrants au Qatar ? On pourrait tout autant parler du travail au noir en France ou des immigrés sous payés dans l'agriculture. On pourrait même dans un marxisme affirmé considérer que l'exploitation au Qatar n'est qu'une forme plus sauvage de l'exploitation des prolétaires en Occident.

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Cela n’excuse évidemment pas certains comportements des Qataris, notamment vis à vis d’ouvriers pakistanais au sort à peine plus enviable que celui des esclaves noirs américains. Mais cela permet de mettre les choses en perspective, et peut-être faut-il simplement laisser du temps à tout un peuple, à toute une culture, d’évoluer vers des valeurs qui nous semblent justes. J’ai mis du temps à me raisonner, et j’ose espérer que le temps me donnera raison lui aussi. En attendant, place au sport donc !

 

Les valeurs qui semblent justes : les nôtres. On est en plein dans de l'européo-centrisme aujourd'hui rejeté dans les milieux scientifiques mais malheureusement toujours ancré dans les mentalités. La perspective n'y change rien : le Progrès n'est pas une réalité effective, rien ne dispose particulièrement à ce que les choses soient meilleures dans les années à venir, voire que ça soit nous qui rabaissions nos normes du droit du travail (n'est-ce pas d'ailleurs ce qui se passe ?). Le peuple qatari doit évoluer : en renversant le discours, il est encore primitif. C'est considérer que le Qatar n'est pas pleinement conscient, qu'il est encore enfant, et non un adulte responsable à critiquer d'égal à égal. Bref, du discours issu des rhétoriques colonialistes. Je ne vise pas Nicolas Fritsch ici, mais clairement ce paragraphe est extrêmement maladroit.

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Et je pense qu’il faut accueillir favorablement l’émergence de nouvelles nations, aussi exotiques et à priori étrangères à la sphère cycliste soient-elles

 

Tout à fait d'accord. Mais le Qatar n'ayant aucun sportif cycliste, on a du mal à voir l'émergence d'une Nation. Si vraiment on veut aller développer une Nation cycliste nouvelle l'Iran qui fait déjà sa place dans le circuit asiatique est bien plus intéressant sur le long terme. Ou enfin investir dans le cyclisme africain qui n'arrive pas à se développer.

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il faut saisir cette opportunité, et, plus bassement mais plus concrètement parlant, prendre l’argent là où il est, au Qatar par exemple, pour aider là où il n’y en a pas, tout simplement. Combien de courses européennes se meurent pour des basses (oui parler d’argent c’est mal…mais paradoxalement indispensable !) raisons financières ? Prendre l’argent aux riches pour le donner aux pauvres…l’UCI anglo-saxonne serait-elle le Robin des Bois du 21ème siècle ?

 

En quoi l'argent dépensé par le Qatar va-t-il aider qui que ce soit ? Il n'a servi qu'à financer la course et rien d'autre. Le Bahreïn a certes créé une équipe mais le Qatar non. Ou est la redistribution ? C'est d'autant plus raté qu'on sait qu'un grand événement sportif dans un pays relance les investissements vers la formation et les petites courses. Pour donner un exemple récent, c'est suite aux coupes du monde de cyclocross nord-américaines que la fédération canadienne a enfin mis en place un programme de formation et d'accompagnement de jeunes coureurs dans la discipline. Un championnat du monde en France aurait peut-être relancé des financements...

Quand à considérer l'UCI anglo-saxonne comme un Robin des Bois, c'est se foutre du monde. Brian Cookson est dans une logique de promotion de l'élite et non dans un modèle de redistribution.

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Le cyclisme peut vivre avec son temps, en phase avec la mondialisation, tout en restant lui-même, il peut s’ouvrir sans renier ce qui a fait son histoire. Et non seulement il le peut mais il le doit ! Je vois le cyclisme comme un sablier en verre dont le sable (tiens !) de la base européenne viendrait nourrir d’expérience une base « exotique » qui reverserait en retour les moyens dont elle dispose, dans un cycle vertueux.

 

L'image du sablier est intéressante : les moyens (le sable) ne peut pas remonter vers le cyclisme à l'ancienne sans forcer à retourner le sablier. Ce que ne cherche en aucun cas à faire l'UCI (ni Madiot au passage qui lutte contre les droits de formation). Mais là surtout le problème de généralités qui viennent justifier un cas particulier.

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Attention toutefois, et c’est là où Marc Madiot a raison, il ne s’agit pas que des courses nouvellement créées, et potentiellement éphémères, tuent des courses centenaires avant de disparaître à leur tour quelques années plus tard. Ce serait alors la mort du cyclisme.

Il n’est pas question de concurrence destructrice, mais de collaboration constructive.

 

Constructive de ? D'un cyclisme sans public, sans fond solide, au détriment des petites courses qui ont besoin d'accueillir des grosses formations pour attirer public et financements mais qui en sont privées par le World Tour ? C'est pourtant dans la libre concurrence que le Tour de Californie attirait certains des meilleurs coureurs.

Et puis on se perd : on ne critique pas le Tour du Qatar mais les championnats du monde.

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Mais quid de la course en elle-même ? Qui plus est après des championnats d’Europe qui ont sacré le roi du Monde en personne !

 

Léonardo Di Caprio ?

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On annonce un inexorable sprint, avec fatalisme. Et alors ? Les sprinteurs ne sont pas des cyclistes ? Voir l’un d’entre eux revêtir le maillot arc-en-ciel serait-il à ce point déshonorant pour notre sport ?

 

Confusion entre un résultat et un processus. Le problème n'est pas de voir la victoire d'un sprinteur, le problème est l'absence de possibilités de course. Un parcours avec rond-points, ralentisseurs, bloqué dans la ville hors du vent et de toute difficulté c'est remarquablement faible sur le plan sportif.

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Et puis, est-on sûr d’assister à un sprint massif ? C’est loin d’être gagné (ou perdu selon les points de vue) dans un pays balayé par le vent et écrasé par la chaleur. En parlant de chaleur…j’ose tout de même espérer que la course ne se jouera pas sur 150 kilomètres, car aussi intenses soient-ils, ils ne correspondraient pas à l’idée que je me fais d’un championnat du Monde qui se doit de couronner un cycliste endurant, à l’ancienne en quelque sorte.

 

Justement ! Si on ne veut pas risquer une course écourtée, on ne court pas au Qatar à cette période de l'année ! Et bordure il y a eu lieu, mais de fait pour une seule des catégories. Pourtant vu le non-public on aurait tout autant pu courir dans le désert, mais on a préféré la carte postale pour touristes potentiels.

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Plusieurs nations, la Belgique ou l’Espagne par exemple, se présentent sans sprinteur capable de s’imposer à l’issue d’un sprint massif, et il faudra assurément compter sur elles pour emballer la course et nous tirer d’un dimanche après-midi somnolent.

 

Après-coup : l'après-midi a quand même été terriblement somnolant. 20 minutes intéressantes sur 250 km c'est dur.

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N’oubliez pas également que nous sommes souvent déçus des parcours durs et donc jugés comme a priori, mais à tort parfois, excitants. Il suffit de penser aux nombreux Liège-Bastogne-Liège où 60 coureurs se sont présentés ensembles sous la flamme rouge…

 

Sauf que le problème de Liège-Bastogne-Liège est dans son accumulation excessives de difficultés dans le final qui pousse à l'attentisme des leaders. Et nombreux est un terme abusif. Personnellement je n'en vois qu'un, avec la victoire de Gerrans en 2014.

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Les Jeux Olympiques de Rio peuvent apparaître comme un magnifique contre-exemple à mes propos, et à juste titre, mais il faut se souvenir que les équipes n’y étaient constituées que de 4 à 5 coureurs, ce qui n’est et ne sera pas le cas au championnat du Monde.

 

Et puis le parcours était carrément plus bandant qu'au Qatar, il faut le reconnaître.

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Et puis il suffit de regarder les faits, rien que les faits. Il y a déjà eu 15 éditions du Tour de Qatar depuis la première en 2002 (j’y étais !), Doha trouve ainsi à mes yeux une certaine légitimité en tant que ville organisatrice.

 

Sur ce point je suis d'accord.

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En 15 éditions donc, Tom Boonen est monté 8 fois sur le podium, et il en est le recordman des victoires avec 4 succès au classement général (sans parler de ses 22 victoires d’étape…), il y a moins glorieux comme référence, non ? Quant au podium 2016, pour rappel Cavendish devant Kristoff et Van Avermaet, il me semble qu’il ne déparerait pas dans la longue histoire du championnat du Monde !

 

On y reviendra plus tard mais le prestige des vainqueurs ne justifie rien, et encore moins une course ennuyeuse. Ne pas oublier que la plus belle course de l'année a été gagnée par Mathew Hayman.

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Pour conclure, comment jugerait-on un championnat du Monde organisé à Oman et proposant l’ascension de la fameuse et terrible Green Mountain qui a vu triompher les meilleurs grimpeurs du monde ? Serait-il légitime de par une difficulté qui ferait oublier que le Tour d’Oman n’est né qu’en 2010 ? Et que l’on n’y trouve pas plus de spectateurs qu’à Doha…et pas moins que sur certaines courses espagnoles ou italiennes auxquelles j’ai pu participer il y a longtemps ou assister plus récemment !

 

Re : un sprinteur vainqueur n'est pas le problème. Le problème vient de l'absence de parcours satisfaisant, de public et les risques liés à la chaleur. Un championnat du monde à Green Mountain est d'ailleurs impossible vu qu'il ne pourrait être en circuit.

Réponse à Nicolas Fritsch

On aurait tout autant avoir Cavendish, Sagan et Boonen sur le podium dans n'importe quel championnat pour sprinteur. Il n'y a aucun raison de remercier le Qatar. Et encore une fois, on se fout du nom des vainqueurs. Un des intérêts du cyclisme est justement que tout le monde peut gagner. N'aurait-il pas été cent fois plus beau de voir Tom Leezer enfilant le maillot arc-en-ciel ?

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Des championnats qui sacrent des champions ça me semble assez obvious.

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Un terrain propice à quoi ? Si on veut une course de bordure, il aurait été beaucoup plus efficace de faire un championnat en Zélande. Ça aurait d'autant plus évité de n'avoir qu'un seul et unique mouvement de course entre deux longues léthargies.

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L'inéluctable évolution. Sans moi. Et surtout très contestable. L'investissement des pétro-monarchies dans le cyclisme n'est basé que sur des projets publicitaires. Développer l'image du pays, attirer les touristes, se reconvertir après les baisses de prix du pétrole... bref, des fonds qui seront coupés dès que cette orientation politique cessera.

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Quand au cyclisme traditionnel qui se meurt, on ne doit pas avoir vu les mêmes images du grand départ en 2014 au Yorkshire. Des pays sont en crise et cette crise se répercute sur l'organisation des courses et le financement d'équipes. Mais difficile de nier la popularité croissante du cyclisme et son développement effectif dans de nouveaux pays. Le problème d'envisager de baser les financements du cyclisme sur le pétrole face à une base plus humaine est celle de la politique à court terme contre la politique à long terme. Encourageons la Norvège, l'Argentine, l’Érythrée, le Maroc, le Japon à se développer ! Financer les grandes épreuves ne va pas donner plus de fond à la formation et à la préservation des petites courses pourtant indispensables à la santé du cyclisme. On peut envisager de donner des championnats du monde au Qatar qui a gagné une légitimité sportive par sa course par étapes. De là à en faire les sauveurs d'un cyclisme en déclin, on rentre dans un avis subjectif.

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