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La rage du champion

Publié le par Bullomaniak

Giro d'Italia 2017 - étape 20

Il est toujours difficile d'expliquer pourquoi on est fan de Thibaut Pinot. On peut plus facilement constater l'enthousiasme général qu'il déclenche, et même sur le plan négatif, toute la passion qui plane autour du coureur. On conspue Pinot parce qu'il descend mal, parce qu'il ne sait pas frotter, parce qu'il est une éternelle déception (quoique ces affirmations aient de vrai) mais jamais on ne se pare d'une simple indifférence. Et dans le camp des adorateurs, on loue tout simplement sa vérité, sa fraîcheur, sa simplicité, son coup de pédale enthousiasmant dans les cols, son panache qui le pousse à prendre régulièrement la course à son compte même en n'étant pas le favori annoncé.

Dans les points négatifs revient la question du mental. Ses craquages réguliers sur le Tour de France poussent à interroger sa fragilité psychologique, à en faire un gros moteur incapable de subir la moindre pression. Et pourtant hier il y a eu quelque chose de neuf. Quelque chose qui l'inscrit définitivement dans les grands champions de notre époque. La soif absolue de victoire. La rage conquérante.

Sur les pentes de Foza, Thibaut Pinot a d'abord été mis en difficulté. A la peine sur la première attaque de Nibali, incapable d'accompagner Zakarin et Pozzovivo - ou plus tard les deux coureurs le précédant au général. Coincé à l'arrière avec Dumoulin, on s'attendait à une journée de gestion, à une fin de col au tempo pour limiter les dégâts. Mais on le vit d'abord attaquer Dumoulin. Puis reprendre seul Nibali et Quintana. Passer devant eux pour relancer le rythme et revenir sur la tête de course. Et là, surtout, on vit le visage de Thibaut Pinot. Un visage traversé par une intense souffrance mais où se dessinait une rage immodérée. Le visage d'un coureur déterminé à une seule chose : gagner. Gagner le Giro ou l'étape, peu importe, mais dépasser sa propre douleur pour l'infliger encore davantage à ses adversaires. Ne rien lâcher, ne rien regretter, et donner tout ce qu'il reste dans ce corps au comble de la fatigue.

On dit souvent que si Merckx ou Coppi ont été de si grands champions, c'est qu'ils savaient repousser la douleur un peu plus loin que les autres. La différence avec un Nairo Quintana tout en gestion, plus occupé à demander des relais, était flagrante. L'absolu était du côté de Pinot, le regard haut et ferme, les muscles tressaillants de fatigue et d'envie. Zakarin et Pozzovivo, aussi forts soit-ils, ne pouvaient résister à une telle hargne. Même constat après le regroupement. Un coureur tentait-il de partir en facteur que Pinot sautait sur lui. Pinot si fréquement critiqué pour ses descentes était incisif dans les courbes. Nibali ratait-il un virage que Pinot s'empressait de prendre sa place. Pozzovivo tentait-il d'anticiper le sprint que Pinot prenait immédiatement la roue. Physiquement Thibaut Pinot était prenable, mentalement il régnait loin au-dessus du peloton.

La rage du champion

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