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Acharnement contre efficacité

Publié le par Bullomaniak

Tour de Burgos 2013

Le tour de Burgos reflète la grande dérive de la Vuelta : l'abus de la course de côte. Plutôt que de proposer des parcours innovants, potentiellement déclencheurs de grandes manœuvres, les organisateurs préfèrent jouer la sûreté. La course connaîtra toujours des rebondissement, des faits de course à noter. Tant pis s'il ne se produisent que dans les trois derniers kilomètres, rendant le reste de l'étape parfaitement insipide. Seul importe le spectacle. Prendre le risque comme au Tour d'étapes négligées apparaît comme un risque trop grand. Pire, toute étape se devra de finir au sommet. Les descentes sont exclues, assimilées malgré elles à une passivité de course. Le col de Manse prouve le contraire depuis trois ans. La descente inclue cette part de risque, cette possibilité de regroupement, surtout incite à la prise de risque. Une course de côte n'est qu'une variation verticale d'un sprint massif. On change les protagonistes, la vitesse des coureurs, et voilà un scénario semblable. Le principe reste le même : faire son effort au bon moment, lancer l'offensive de soi-même si possible, profiter ainsi de la courte avance procurée par la surprise de l'attaque, tenter de tenir à l'arrachée jusqu'à la ligne. Le sprint nécessite seulement un travail collectif plus important ; c'est pourquoi le profane n'y retrouve pas le même plaisir, prenant à tort le cyclisme pour un sport individuel. Le travail des équipiers avant une côte est invisible, tenant plus dans le replacement des coureurs que dans la propulsion vers la victoire. La chose est pourtant fondamentalement la même.

Ainsi ce tour de Burgos refusa les arrivées plates. une fois seulement il s'y résolu, et encore tenta-t-il d'y inclure un faux plat en courbe, qui n'a eu d'autre effet que de déclasser Daniele Ratto au profit d'Anthony Roux. Roux qui fut l'attraction principale de cette course. Omniprésent sur les quatre premières étapes, sa victoire ne fut que méritée. Il fut la principale raison de s'intéresser à la course. Face à des leaders en retrait dans les arrivées pour puncheur ne restaient guère que les coureurs de la FDJ à encourager. Jens Keukeleire ou Simone Ponzi ne nous ont pas totalement inconnu, mais en tout cas nous sont assez indifférents pour qu'on se désintéresse de la course. La FDJ nous sauva de l'ennui en nous procurant des coureurs derrière lesquels se rallier. L'équipe entière fut magnifique, gérant la course au besoin, tentant de la rendre plus vivante. L'attaque d'Anthony Geslin sur la première étape fut un modèle du genre. Roux avait écrémé le peloton dans l'ascension, il ne relâcha pas dans la descente. Les leaders seuls se tenaient à l'avant. Geslin en profita et partit, les autres n'osant prendre le parti de rouler. Le coup fut malheureusement avorté, trop d'équipiers restant dans le cœur du peloton. Il fut en tout cas exemplaire, magnifique de réalisation. Anthony Roux et Benoît Vaugrenard firent de leur mieux pour conclure. Trois fois la victoire se refusa à eux, allant une fois à Ponzi, deux fois à Keukeleire. La quatrième fut la bonne.

Mais plus encore cette omniprésence offrit le leadership à Anthony Roux. Trois étapes durant il le conserva. Mais la troisième fut de trop. Peu penchaient sur sa possible victoire au général. Pour ma part j'y croyait profondément. J'espérais une course tactique dans laquelle aucune équipe n'oserait prendre la course en main, tous attendant patiemment la côte finale comme bien trop souvent. Mais l'unique étape de montagne fut trop dure. Movistar enclencha son train ; tous lâchèrent peu à peu. Roux n'est pas un grimpeur. Son domaine se réserve à l'effort court, ou bien au contre-la-montre. Certainement pas aux efforts prolongés dans les cols. Sa présence constante sur la course s'effaça en un instant. Seuls restèrent les grimpeurs. Tous quasiment étaient en préparation pour la Vuelta. Un seul faisait de cette course un réel objectif. Quintana sortait du Tour, prolongeant au possible son pic de forme. Face à lui des Basso, des Arroyo ou des Nibali en rodage n'y purent grand chose. Contrôlant parfaitement la course, si ce n’est dire qu'il squatta une fois de plus ignoblement les roues de ses adversaires, il s'en alla seul vers la victoire, contrant Nibali à un kilomètre du sommet. Anthony Roux avait été sublime de combativité. Quintana fut glacial d'efficacité. La course lui revient.

Acharnement contre efficacité

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