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Chronomètre assassin

Publié le par Bullomaniak

Tour de Pologne 2013 - étape 7

Les organisateurs avaient voulu imiter les grandes courses. Ils se sentirent obligé de finir comme elles par un contre-la-montre, exercice pourtant étranger de la course polonaise. Certainement, celui-ci fut mal employé ; plutôt que de le programmer en début d'épreuve afin qu'il serve de détonateur aux mouvements de course, de prétexte à l'attaque des favoris en retard au général, ils le placèrent en fin d'épreuve, le rendant beaucoup trop déterminant pour le général. Pire, ils décidèrent d'une longueur incongrue, fatalement mortelle pour nombre de coureurs plus à l'aise sur de courtes et raides ascensions que sur le longues portions planes. L'exécuté fut Christophe Riblon ; l'exécutant Peter Weening.

Riblon emportait tous nos espoirs. Trois journées à l'offensive nous rendait confiants de sa force ; le doute pensions-nous était superflu. Riblon serait en vague difficulté, en aucun cas ne pourrait échouer au classement général. Il était le grand animateur de ce tour de Pologne. L'échec ne lui était pas permis. Sa position de leader devait être définitive. Combien fut alors rageante la performance de Peter Weening. Le premier intermédiaire permit un premier affolement. Riblon apparaissait puissant, maîtrisant la majorité de ces adversaires. Un seulement était parti vers l'exploit. Weening, emmenant un braquet démesuré, s'arrachait sans répit sur sa machine. Son temps insinua le doute. Huit secondes le séparaient encore du français. On se rassura un temps ; on argua d'un départ trop vif, des références limitées du coureur, de son échec chronique vers une grande victoire. Ce fut vain. La ligne finale rendit son verdict. Le temps de Weening était excellent, inaccessible pour ses adversaires. Seuls les grands spécialistes le devançaient. Sa victoire fut totale, laissant Riblon à son immense déception.

Le contre-la-montre s'étalait sur trente-sept kilomètres. Vingt furent de trop. Sur une épreuve aussi courte, sur un enchaînement de difficultés aussi peu disposées à créer de véritables écarts, décider d'une telle distance revient à appeler à l'échec des attaquants. Par chance, Weening en fut un. La course garde sa fierté. Mais combien aurait été meilleure la victoire d'un Christophe Riblon, véritable patron de cette semaine polonaise. Trop de courses décident d'un contre-la-montre meurtrier, réduisant à l'inutile toutes les offensives, toutes avalées par l'impitoyable chronomètre. Mieux vaut prendre le risque d'un vainqueur surprise, d'un possible coup du sort, que d'en revenir à l'ennuyeuse victoire du meilleur. Ce qui importe, c'est la beauté de la course. Cette semaine fut belle, remplie d'offensives, disposant de deux envolées de Riblon, d'un vainqueur méritant, d'un véritable suspens. Le contre-la-montre ici a eu intérêt : le résultat n'a jamais été sûr. Mais une distance plus réduite eût produit un même résultat, sans doute pas un même vainqueur. Le tour de Pologne a connu cette année trois excès. Le départ italien ne sera pas régulier, le contre-la-montre disparaîtra sans doute ou au moins sera réduit de longueur. La publicité en revanche restera, insufflant une atmosphère particulière à la course, la décrédibilisant certainement.

Chronomètre assassin

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