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Cohésion

Publié le par Bullomaniak

Vuelta 2013 - étape 1

Dans un chrono par équipes, le but n'est pas de prendre les relais les plus appuyés possible, mais de garder une cohésion maximale jusqu'à l'arrivée. Cette année une démonstration nous en a déjà été offerte sur le Tour, Orica Green-Edge imposant l'homogénéité de son collectif. Le tour d'Espagne méprisant l'effort individuel, on décida d'un prologue par équipes. Le contre-la-montre de Nice fut tracé sur des routes plates et linéaires ; la Vuelta prit le parti inverse, compliquant l'organisation des équipes par les nombreux virages. Surtout la déclivité du tracé impliqua une difficulté supplémentaire. Aucune équipe ne put arriver groupée. Peu surtout arrivèrent au-delà du minimum imposé - soit cinq coureurs - démontrant l’exigence de cette première étape.

La majorité des équipes adoptèrent la mauvaise méthode, celle généralement apprise dans les réunions théoriques, mais ici si mauvaise : partir à fond, accélérer, finir au sprint. Les deux phases finales s'avérèrent parfaitement justes ; la première posa de grands problème. Chaque formation lançant ses forces dès le départ fut confronté à la même difficulté : la perte rapide d'un nombre trop imposant d'équipiers. C'est pourtant une notion essentielle de l'exercice : rester groupé au maximum. Nombre d'équipes privilégièrent le rythme des hommes forts, croyant y gagner. Un rythme moins soutenu eût permis une meilleure cohésion des troupes. Beaucoup s'y trompèrent, à l'exemple d'Oméga Pharma, impulsé par l'impatient Tony Martin. Celui-ci prit des relais trop imposant, trop rapides, faisant sauter l'un après l'autre ses équipiers, condamnant son équipe à la défaite. Être le meilleur importe peu dans une telle étape. Le but n'est pas une démonstration de force auprès de ses collègues. Le dégoût sera toujours plus proche. Un capitaine de route efficace sera tellement plus apprécié, donnant le rythme voulu, appréciant les virages, décidant de la marche à suivre. O'Grady sur le Tour avait révélé sa grande maîtrise. Tony Martin n'est rien d'autre qu'une immense brute, si efficace en solitaire, mais si peu motivante au sein d'un collectif.

L'inverse exact se traduisit par les actes de Fabien Cancellara. Le suisse fut d'une extrême perfection, prenant le parti du collectif. Tout s'articula autour de sa personne. Ce fut lui-même qui lança ses équipiers, ce fut lui encore qui franchit en premier la ligne. Jamais Radioshack n'afficha la moindre désorganisation, sinon dans les ultimes hectomètres quand Cancellara prit définitivement les commandes. Chaque courbe fut négociée avec une extrême habileté. Chaque talus se passa dans la plus grande souplesse. Spartacus imprima un rythme constant, prenant des relais toujours plus longs. Sa maîtrise de la course fut déjà admirable ; son dernier kilomètre fut grandiose. Prenant la direction du groupe aux deux kilomètres, ne s'écartant qu'un temps pour un ultime talus, Cancellara produisit un effort final de toute beauté, dégageant la puissance habituelle du champion, celle irrésistible qui conduit vers la victoire. Il n'en fut rien. Le suisse avait produit l'effort parfait, usant de son équipe au maximum de ses possibilités. Son malheur fut de tomber sur un effectif trop homogène, trop puissant, dépassant par son collectif l'élan individuel. Astana affichait une équipe démesurément puissante. Sa stratégie fut la bonne, celle du départ en douceur permettant d'accepter la souffrance de bout en bout. Nibali peut compter sur cette Vuelta d'une équipe surpuissante ; il eût pu en jouer pour s'emparer du maillot de leader de bout en bout. Il offrit néanmoins ce premier privilège à Janez Brajkovic.

Cohésion

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