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Couleur suspecte

Publié le par Bullomaniak

Vuelta 2013 - étape 10

La première étape de montagne est enfin arrivée. Evidemment, tout se jouait sur une course de côte. Cela n'empêcha pas les favoris de se jauger et d'apprécier les qualités de leurs adversaires. Jusqu'à ce que surgit Chris Horner. Planqué jusqu'alors dans les roues, il changea brusquement de rythme, laissant stupéfaits les autres coureurs. Personne n'avait pu suivre l'attaque de ce quadragénaire. Basso roula à fond. En vain. Chris Horner creusait irrémédiablement.

Deux cas ont provoqué semblable émotion cette année. Santambrogio vainqueur au Giro devant un Nibali intouchable avait choqué les esprits. Qu'un ex-équipier, tout au mieux correct, puisse d'un seul coup jouer les premiers rôles sur un grand tour appelait toutes les suspicions. Elles se confirmèrent. Santambrogio fut contrôlé positif à l'EPO et exclu de la course. L'autre cas se déroula sur le Tour : ce fut l'attaque de Froome sur le mont Ventoux. Cette fois les esprits s'enflammèrent à tort. Pas que celui-ci soit exclu de suspicions, mais que les accusations portèrent sur le mauvais point, c'est-à-dire non pas sur la puissance de l'attaque, mais sa réalisation. L'innovation technique apportée par le démarrage assis sur la selle apparut pleinement incongru et fut incompris du grand public. On cria à l'impossibilité de la chose au lieu de s'émerveiller du travail nécessaire à un tel geste. Le troisième grand tour réclamait lui aussi son exploit inconvenant ; Chris Horner s'en chargea à merveille.

A cinq kilomètres de la ligne Horner aller chercher la victoire. Sa simple victoire au sommet eût été une surprise. Pour le coup, on crût à une hallucination. Voir les leaders plantés par l'aîné du peloton portant avec fierté ses quarante-deux années sur les pentes abruptes de la montagne parut fou. Personne n’aurait osé parier un tel scénario. Horner seul l'avait prédit, accentuant d'autant plus les soupçons envers sa personne. Isolé dans son style imperturbable l'américain creusa des écarts immenses. Cinq kilomètres suffirent à reléguer la plupart des leaders au-delà de la minute. Les anciens favoris avancèrent groupés dans la souffrance propre à la montagne. Nibali seul trouva la force de s'extirper de l'attraction du groupe. Il se lança seul à la poursuite d'Horner. Nibali se mit à bloc, tirant parti du peu de distance restant, deux ultimes kilomètres. Aucune seconde pourtant ne put être reprise sur Chris Horner. La fatigue ne sembla pas même atteindre l'intouchable.

Certains tentèrent de défendre l'incroyable vainqueur, possesseur désormais du leadership de la course. On argua de sa fraîcheur, du peu de courses disputées dans la saison. On attribua également sa longévité à sa carrière tardive. On cherchait des comparatifs hypocrites du côté de Jens Voigt. Tous ces arguments oubliaient surtout l'essentiel, ce qui était à admirer du côté de Chris Froome mais qui donne surtout des remontées gastriques chez Horner : la manière. Horner gagnant simplement l'étape serait défendable, bien que les arguments évoqués soit mauvais. La fraîcheur est tout aussi présente chez Basso, pourtant au niveau des autres favoris. Une carrière tardive n'est pas non plus une excuse valable : le corps peut être préservé un temps mais l'âge reste un facteur entravant inévitable. Des carrières tardives existent : Voigt connut ses meilleures années autour de 35 ans. 42 ans apparaît sérieusement trop vieux.

Couleur suspecte

Horner ne se contenta pas de gagner : il écrasa. Nibali à bloc ne put reprendre quoi que ce soit. Horner avoua du reste après la ligne avoir conservé une certaine marge. Quel est sa limite ? Les écarts rappellent le Verbier 2009 où Contador avait écrasé la concurrence. La différence porte simplement sur ce point : Contador. Le niveau était certes supérieur, mais le pistolero évoluait alors à son meilleur niveau. Du reste Contador reste le meilleur coureur de grand tour de ces dernières années. Horner n'avait alors que peu de références, certes éloquentes, mais ne laissant en aucun cas prévoir cette domination insolente.

Le pire apparu dans son coup de pédale. On croyait le style disparu dans les années 90, Bjarne Riis constituant son ultime représentant. Horner recréa le mythe des gros braquets toujours en danseuse. L'EPO permettait des relances continues sur un col entier. Horner se contenta d'un train infernal, reléguant ses adversaires d'un bloc, assénant un unique et définitif coup de massue. Peu de moments permirent d'admirer un Horner assis sur sa selle. Quelques rares virages l'y obligèrent. La levée des bras à l'arrivée nécessita de même de poser ses fesses sur un support stable. Pour le reste, ce fut une démonstration continue de ce style affreux et froid. Surtout on peut s'interroger. Faire un effort quasi maximal demande à un moment ou un autre de s’asseoir, le corps ne pouvant supporter la souffrance des bras couplés à celle des jambes, l'énergie demandée au bas passant trop vite par le haut. Moncoutié pourtant adepte d'une superbe danseuse, à milles lieux de l'horrible version américaine, montait les cols majoritairement assis. Horner seul semble insensible à ces paramètres.

Horner peut-il être propre ? Peut-être. Mais cela implique la réunion assez improbable de nombre de facteurs. Croire à la victoire d'Horner, c'est croire au miracle. C'est croire à un potentiel monstrueux, jamais réellement exploité jusqu'ici. C'est croire au gâchis d'une carrière. C'est croire à un jour de grâce, pourtant réfuté par Chris Horner lui-même. C'est croire à un miracle de vieillissement. C'est croire peut-être à un niveau limité de l'opposition. C'est surtout se montrer d'une naïveté incroyable, d'un superbe optimisme. La présomption d'innocence est une chose à respecter et à défendre. Il est néanmoins possible d'avoir des soupçons. La meilleure chose à faire est certainement de les garder pour soi ; la nature humaine cependant est de nature expansive.

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