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Difficile contrôle

Publié le par Bullomaniak

Vuelta 2013 - étapes 5-6-7

La première étape dévolue aux sprinteurs donna le ton. L'échappée matinale fut reprise avec difficulté, proche de la ligne. Gilbert voyant le rythme limité du peloton tenta même une attaque au kilomètre. L'évidence était là : le faible niveau des sprinteurs entraînait en réponse une niveau limité de leurs équipiers. Les équipes puissantes sur cette Vuelta sont au service unique des grimpeurs. Seul Oméga Pharma semble avoir les capacités de contrôle nécessaire : sa présence dans les offensives des sixième et septième jour laissa la peloton désemparé.

Le premier sprint échoua logiquement à Matthews, troisième la veille derrière les intouchables Moreno et Cancellara. Le scénario classique n'empêcha pas une certaine tension, la faiblesse des équipes présentes créant une mince incertitude puis entravant avec difficulté les attaques isolés des derniers kilomètres. Le sprint en revanche ne fit aucune étincelle, faisant regretter la présence d'un sprinteur de haut vol. Il fallut attendre le lendemain pour assister à la première étape réussie de ces trois semaine.

Le sixième jour Tony Martin voulut éviter à son équipe de rouler. Dès le départ il partit, allant jusqu'à accélérer pour refuser la présence de Pinotti à ses côtés. Décidé à travailler en vue du contre-la-montre des mondiaux, l'allemand ne pouvait qu'être seul, pleinement à l'écoute de ses sensations, pouvant gérer son effort selon son envie. Trois heures et demi durant Martin fit son chemin, roulant à un train régulier, profitant de la déclivité de l'étape qui plongeait de neuf cent mètres à deux cents mètres aux deux-tiers du parcours. La moyenne affichait dès lors 45 km/h. Ce fut surtout dans le final que Tony Martin fit sensation, accélérant progressivement, repoussant le peloton pourtant toujours plus près.

A dix kilomètres de la ligne, le peloton revint à quelques encablures de l'échappé. Une accélération décisive à cet instant aurait condamné toute chance de victoire pour Tony Martin. Les équipes de sprinteurs hésitèrent, conscientes de leur faiblesse intrinsèque, ne voulant se sacrifier et risquer d'isoler leur leader dans le final. Les dix secondes d'écarts doublèrent. Le champion du monde du chrono avait parfaitement joué le coup, modérant son effort ; il lâchait maintenant les chevaux, accélérant progressivement, laissant le peloton revenir un temps avant de remettre une couche. Le peloton se fit pleinement feinter. A cinq kilomètres, l'écart était de nouveau extrêmement faible. Personne ne boucha le trou, ne voulant faire l'effort inutile, oubliant la fatigue accumulée qui commençait à faire pencher la balance en faveur de l'échappé. L'hésitation est l'ennemi principale de la victoire. Martin n'hésitait pas. Il fonçait.

Le scénario improbable prenait corps. Des années durant, ce coup n'avait été réalisé. On croyait la chose devenue impossible dans le peloton moderne. Tony Martin pourtant prouva l'inverse, la possibilité toujours présente de l'échappée solitaire victorieuse. Il n'est pas le seul à pouvoir faire de tels exploits. Jens Voigt, Kiryienka ou Cancellara en sont à priori également capable. Le premier pourtant refuse de partir seul à l'aventure, tandis que le second préfère évoluer sur des parcours plus accidentés et que le dernier préfère encore jouer le coup du kilomètre. Martin seul dans cette caste privilégiée a tenté le coup, ou plutôt y a été contraint, sans que soit remis en cause son grand courage, mais là n'était en aucun cas son but initial. Cela rendit la surprise d'autant plus grand et belle de le voir se rapprocher toujours plus de la victoire, l'exploit étant déjà réalisé.

Difficile contrôle

Pour contrer un tel champion, il en fallait décidément un autre. Les derniers kilomètres en faux-plat montant fatiguèrent le peloton. Les équipiers s'acharnèrent à la poursuite de l'allemand, reculant les uns après les autres. Dans le dernier kilomètre, tout semblait joué, l'avance de Tony martin trop grande. Cancellara refusa la fatalité comme il l'avait refusé avec Moreno. Tony Martin avait donné l'exploit du jour ; Cancellara apporta la touche de panache supplémentaire, donnant à cette étape une ampleur d'autant plus grande. Conscient du risque du geste, il lança le sprint à 400 mètres de la ligne. Sans lui Tony Martin l'emportait. Cancellara ne l'emporta pas plus. Les forces de ces grands champions s'était annihilés. Ce fut Morkov qui en tira parti, seul à pouvoir déborder Fabien Cancellara. Qu'aucun des deux monstres de l'étape n'ait pu gagner ajoute finalement une superbe dramaturgie.

L'étape suivante connut un scénario inverse, où les hommes dangereux s'échappèrent à dix kilomètres de l'arrivée. Gilbert et Stybar profitèrent du circuit final tracé en zone urbaine, c'est-à-dire comprenant les milles dangers inhérents aux aménagements urbains, autant de dangers jetés au devant du peloton : rond-points, séparateurs de chaussée, pavés esthétiques... Le Belge employa toutes ses forces à maintenir l'écart ; le tchèque prit ses relais au minimum, s'appuyant sur la présence de son sprinteur à l'arrière. La ratonnade devient une arme habituelle de Stybar. L'avenir dira s'il est définitivement un suceur de roue ou s'il peut aussi rouler sans compter. Il n'en a jamais eu réellement besoin jusqu'à présent.

Au final, c'est évidemment lui qui s'impose. Sa pointe de vitesse lui ayant déjà permis d'empocher la troisième étape de l'Eneco Tour, aucune surprise en ce sens. La surprise vient plutôt de l'échec des sprinteurs une deuxième fois. Le premier jour avait été limite, le second avait vu l'emprise des rouleurs et des ex-pistards plus habitués à emmener des trains de leader. Le troisième jour fut définitivement leur échec, les assaillants profitant du final ultra-tortueux dans lequel le peloton peina à s'organiser. Avec les équipes du Tour, il est certain qu'aucune de ces échappées n'eut pu aller au bout. Mais peut-être est-ce là la seule beauté naturelle de la Vuelta, gâchée par ses parcours déséquilibrés et un maillot de leader caméléon, mais pourtant sauvée par l'incertitude de la course. La Vuelta voit souvent de garçons inattendus s'inscrire à son palmarès. Les équipes y sont plus faibles et les leaders éprouvés par la saison défaillants. La surprise y a alors toute sa place.

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