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Doublette inutile

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2013 - étape 18

Réjouissons-nous patriotes, l'Alpe est française ! Cocorico ! C'est bien l'unique chose à retenir de la journée, la formidable remontée de Christophe Riblon sur un Tejay Van Garderen à bout de souffle. Du côté des favoris, on mentirait s'y l'on affirmait que rien ne s'est passé ; seulement rien de nouveau n'est apparu non plus. Froome fut victime, certes, d'une petite défaillance mais son avance reste insurmontable. Contador est en dessous de ses anciennes performances, nous le savions aussi. La seule chose qui m'a surprise est l'attaque de Rodriguez à 7 kilomètres du sommet, lui surtout habitué aux banderilles du dernier kilomètre. Il effectue une véritable montée en puissance depuis le Ventoux où il avait reprit 20 secondes à Nieve dans le dernier kilomètre. Parions qu'il sera le plus fort au sommet du Semnoz.

La victoire de Riblon interroge notre rapport à l'événement sportif : le chauvinisme est-il un élément indispensable au spectacle, ou au contraire un élément perturbant ? C'est surtout un moyen d'accroche ; regarder un sport inconnu, notamment lors des JO, n'est possible que si le soutient à un sportif particulier existe. Le pays devient une marque de ralliement, on se rejoint unanimement derrière cette individualité inconnue, sous la bannière commune du bleu-blanc-rouge. Le chauvinisme devient élément de découverte, moyen d'apprécier la nouveauté. Mais, en cyclisme, est-il nécessaire ? Bien peu en fait ; le cyclisme est un sport tactique, dans lequel prime les stratégies de course : il importe dès lors de s'y connaître un minimum pour apprécier les événements en présence. Le spectateur n'est pas entièrement passif : il connaît les règles, les tactiques de base, mais aussi et surtout nombre de coureurs du peloton qu'il suit régulièrement sur les autres compétitions. L'attachement aux uniques coureurs français n'est plus évident ; suivre toute l'année d'autres nationalités entraîne des attachements. Mieux, les coureurs français seront même délaissés au profit de trois ou quatre étrangers qui emportent notre admiration. Pour citer un cas particulier, Cancellara aujourd'hui est sans doute le coureur le plus admiré des jeunes générations de cyclistes, tant pour son panache que pour sa beauté formelle sur un vélo, son apparente invincibilité. Quelle place reste-t-il alors aux coureurs français ? Elle reste énorme. Malgré toute notre volonté, malgré la conscience du ridicule de la chose, nous gardons notre chauvinisme en course. On se désespère du malheur des français, de leur faillite au général, de leur échec sur les victoires d'étapes. C'est alors que vient Riblon, sauveur du bilan français.

Prudhomme en avait beaucoup fait, beaucoup trop dit à propos de la double ascension de l'Alpe d'Huez. Force est de constater son inutilité ; la première ascension n'a servi qu'à un vague écrémage tant du côté des échappés que des favoris. La descente n'a pas eu plus d'utilité, sinon par son revêtement médiocre de perturber le dérailleur électrique de Van Garderen. On a beaucoup parlé de la dangerosité du col de Sarenne ; Riblon seul est sorti de la route, mais ce fut loin de la falaise, dans les bois, loupant un virage humide pour goûter à la fraîcheur d'un ruisseau. Monter la Croix de fer ou le Galibier serait revenu au même ; c'eût même pu être mieux, le Galibier laissant toujours des traces. En revanche la dernière ascension fut assez belle. L'Alpe d'Huez mérite sa réputation de stade à ciel ouvert ; la foule fut considérable. La course se fit à deux niveau. Devant Riblon ajusta Van Garderen dans les derniers kilomètres. Ce fut la plus grosse émotion de la journée ; les quelques kilomètres où insensiblement la balance s'inversa entre les deux coureurs, où les commentateurs, prenant conscience du fait, s’excitaient de plus en plus derrière le coureur d'AG2R, jusqu'à l'exultation violente d'une nation malchanceuse. A l'arrière avait lieu la course des favoris. Le seul fait notable fut la défaillance de Froome, celui-ci n'ayant pu être ravitaillé avant les cinq derniers kilomètres. Le comportement des Movistar est à noter : plutôt que de favoriser l'attaque contre Froome, ils décidèrent de rouler sur Contador et Kreuziger échappés dans la descente : plus encore que les Sky, ce sont eux les véritables équipiers du maillot jaune. Le reste fut classique, les coureurs éparpillés assurant le spectacle. Rodriguez et Quintana se montrèrent les plus forts, l'un préférant rouler, l'autre gardant les roues pour un sprint au sommet. Froome reste absolu leader.

Doublette inutile

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