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Emprise finale

Publié le par Bullomaniak

Vuelta 2013 - étapes 20 et 21

Madrid est derrière nous. Chris Horner l'a emporté au terme d'une bataille farouche contre Vincenzo Nibali. L'imperturbable quadragénaire s'était saisi du maillot rouge dès la 19ème étape, ses performances antérieures ne laissaient nulle place au doute : la lutte au général était achevée. L'Angliru ne serait qu'une énième place à sa démonstration.

Un instant pourtant notre esprit put croire à l'impossible, à un Nibali parvenant à distancer son rival sur les pentes infâmes de l'ultime théâtre espagnol. L’excitation, comme à Aramon Formigal, vint tout aussi bien de l'exploit français à l'avant que de la lutte ardente des favoris à l'arrière. Comme à l'accoutumée rien ne se passa réellement avant la dernière ascension ; la prévisibilité de la chose nous a comme toujours évité d'être frustré. Encore que pour une fois l'avant-dernier col servit. Ellisonde y distança la majorité de ses compagnons d'échappée, Sanchez nous fit admirer la souplesse des maîtres des descentes et Horner y fit valoir sa domination en s'échappant quelques instants dans la roue de Landa. Bien peu néanmoins face aux frissons apportés par le mythique Angliru.

Elissonde et Tiralongo déboulèrent sur les premières pentes. Le monstre patientait, offrant en guise d'appât d'agréables pourcentages, rassurant un temps le coureur avant que celui-ci, bloqué par le piège infernal de la foule, ne puisse renoncer face au vrai visage de l'Angliru. Moreno se chargea d'y conduire les favoris. Le guide se montra impatient et perdit bien des éléments en route. Les hommes forts restaient. Certains leaders pourtant cédaient avant même d'accéder au cœur de la souffrance. Vague replat. Puis ce fut la débâcle.

La réalisation nous priva de cette joie perverse qui s'empare de nos esprits à la vue des lâchés. Deux uniques caméras accompagnèrent les coureurs. Comme à l'esprit de ces gens l'intérêt vient toujours des actions offensives, et non de la défaillance humaine, une s'occupa d'Elissonde tandis que l'autre, zigzaguant entre les supporters, porta son attention sur les frondes de Nibali. La décadence nous fut invisible. Quelques anciens échappés, minces mirages au sommet des montagnes, rappelèrent la souffrance qui s'empare des corps dans de telles épreuves. Les leaders, insensibles, les esquivaient au mieux. C'est une des beauté incomparable de ce sport, où à tout instant, par une précoce anticipation, les plus grands peuvent côtoyer les plus petits, accentuant leur stature dans la vision instantanée de ces deux phénomènes de souffrance, l'un grimpant au mieux, l'autre voltigeant sur les pentes.

Car les Grands volèrent. Nibali fut le plus gracieux. Horner était imprenable. Tant pis. On attaquerait quand même. La première transperça la cohésion des leaders. Nibali surprit tout le monde. Trouvant un équipier envoyé en amont, le Sicilien creusa l'écart. Horner réagit à sa manière, dressé sur les pédales, sans impression de puissance aucune, si ce n'est à la vue des hommes incapable d'envisager seulement de suivre ce maillot rouge s'éloignant dans le brouillard. Horner revint. Rodriguez en complète souffrance avait accroché le wagon. On s'observa. Valverde dans l'indifférence général put revenir. Et Nibali repartit encore. Horner s'accrocha. Troisième attaque. Encore Horner. Quatrième attaque. Horner toujours. La pente semblait n'avoir aucune importance sur les deux géants. Puis Nibali redevint homme. Horner accéléra calmement, posément. Le Sicilien se brisa, baissa la tête, et en perdant héroïque se fit distancer. Horner s'en allait pour de bon.

Emprise finale

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