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Froome, comme Eddy Merckx

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2013 - étape 15

Froome a réédité son récital d'Ax-3-domaines, estomaquant une fois de plus les suiveurs. Sa victoire en rappelle une autre qui, étrange fait du hasard, débouche sur une coïncidence statistique. Merckx était jusque-là le seul à avoir triomphé du Ventoux paré du maillot jaune. Froome mit fin à l'exception. Mieux, il imita la manière. Irrémédiablement, chaque coureur fut lâché. Certains, les plus courageux (ou les plus fous) tentèrent de suivre le rythme infernal du Kenyan. Vaste erreur. Mieux valait s'y résoudre et limiter les dégâts ; plus intelligent encore était l'anticipation. Quintana, Nieve surent éviter la bataille frontale : ils complètent le podium de l'étape.

Dans cette domination, une chose sauta à la figure de tous, émerveillant ou écœurant selon les esprits : l'attaque du Chalet Reynard. Porte venait de faire exploser le groupe des favoris : seul Contador, vissé à la roue de Froome, espérait l'accompagner jusqu'en haut. Froome refusa cette compagnie. La logique voudrait qu'on emploie l'expression "se dresser sur les pédales", désignant par là l'attaque du leader. La course l'a refusé. Froome ne se leva jamais de sa selle, ne changea pas même de braquet. Il accéléra, simplement. La tête toujours dodelinante, ce furent les jambes qui s'activèrent. Le rythme de pédalage se fit insensé, au mépris même de la pente. On avait quitté le Ventoux. Nous débarquions sur la lune, l'apesanteur créant de nouvelles possibilités dans les styles des coureurs. La gravité n'avait plus cours ; Froome s'envolait sur les rampes du Ventoux.

On cria au dopage. Une attaque assise était forcément suspecte et non naturelle. L'affolement est grand devant la rupture des traditions ; Froome brisant l'ordre naturel du cyclisme devient le Diable. L'innovation est décriée, conspuée, rejetée. L'efficacité n'a pour le public pas d'importance ; il demande les actions habituelles, celles qui lui permettent de se sentir en terrain familier. Pourtant, l'amélioration est ici favorable au spectacle ; ces quelques secondes estomaquèrent le monde. Froome au-dessus du lot, pire, Froome dégageant une facilité inconvenante, tout cela conduit à la joie ou à la haine. Dans tous les cas, l'émotion est grande. La glorieuse certitude du sport n'empêche pas la surprise.

Une telle suprématie appelait la victoire. Une épine faillit contrarier le maillot jaune ; Quintana parti quelques minutes auparavant évita l'attaque. Froome le rejoignant avait laissé une partie de ses forces en route ; jamais sur le reste de l'ascension il ne put remettre une accélération semblable. Dans la logique des choses toutefois, Quintana fut lâché à deux kilomètres du sommet. Certains crièrent à l'erreur tactique, arguant que Quintana eut perdu trop de force dans une attaque prémédité. Laissez-moi rire ! Personne dans le peloton actuel ne peut suivre une telle accélération. La chose est marquante de la domination absolue du Froome sur ce Tour, disposant d'assez de réserve pour changer aussi abruptement de rythme face à des adversaires déjà à bloc. Le travail est apparent : combien d'heures d'entraînement sont-elles nécessaires pour maîtriser une telle technique ? Froome survole ce Tour comme Eddy Merckx en son temps. Il dégage une telle facilité face à la concurrence qu'on le soupçonnerait d'être capable de rééditer l'exploit de Merckx à Mourenx. Au vu de ses performances en montagne et en chrono, un Froome attaquant dans la Madeleine paraîtrait bien capable de résister seul jusqu'au Grand Bornant. Néanmoins, les chances d'un tel scénario sont minimes. Merckx fut le champion conquérant de l'inutile ; Froome se contentera pour sa part de l'utile.

Froome, comme Eddy Merckx

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