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Grandiose Canada

Publié le par Bullomaniak

Grand prix de Québec et grand prix de Montréal 2013

Québec ouvrait le duo canadien. La course fut molle, agitée de minces soubresauts au passage de la ligne d'arrivée, mais à chaque tour retombant irrémédiablement dans l'ennui. La longue portion roulante du bord de mer annihilait toutes les offensives. Terpstra parmi les audacieux tint le plus longtemps. On put un instant croire à sa victoire. La logique implacable du peloton le remis à sa place.

On se contenta des quatre derniers kilomètres, certes sublimes, mais peu propices à la légende, à cette vibration particulière qui touche les cœurs à l'évocation de la chevauchée légendaire de Merckx à Mourenx ou l'envolée de Cancellara sur le tour des Flandres 2010. On eut droit à un supplément de suspens en guise de compensation. Sagan par deux fois réagit derrière les assaillants. Sa puissance impressionna tout le monde. Personne ne put partir sans son consentement.

On arriva donc au sprint ; Sagan était dans la position idéale. Vint l'insoupçonnable, chose si incongrue quand on évoque les champion, la fatigue. Sagan avait mal et lançait son sprint les jambes brûlantes. Il baissa la tête. Van Avermat en fut le premier surpris. Il se décala. Trop tard. Gesink avait lancé ses dernières forces, et, de manière impressionnante empêcha Vichot d'espérer seulement remonter à sa hauteur. Le grimpeur avait triomphé des puncheurs au sprint. Grand exploit.

Cet entremet passé l'attention put se porter sur la seule course passionnante de cette semaine américaine, celle où le parcours ne se contente pas d'explorer les parcs et remparts du centre-ville mais préfère se délocaliser en banlieue, allant rechercher un parcours propice à un scénario endiablé : le grand prix de Montréal. L'enchaînement des difficultés est incessant, les relances ardues, et pas une zone sur la route ne semble destinée au repos. Le peloton y est constamment en souffrance, ne sachant vraiment quelle zone sera le lieu d’affrontement des leaders, ne pouvant comme à Québec anticiper l'unique effort du parcours.

Grandiose Canada

Deux classiques seulement peuvent se prétendre au niveau, sinon au-dessus, de ce grand prix de Montréal. Paris-Roubaix permis d'admirer la maîtrise d'un grand champion, sa mise en difficulté par un jeunot inattendu et une coalition entière d'un peloton contre lui. Liège-Bastogne-Liège fut admirablement foutraque et indécise. Montréal également. Le martyre du peloton dans les soixante derniers kilomètres donna à la victoire de Sagan une sublime saveur.

La FDJ décida de la mise en action. Offredo organisa l'offensive. Les hommes en bleu se relayèrent un tour durant, étirant le peloton, provoquant des cassures, anéantissant déjà bien des espoirs, maltraitant les corps et réjouissant nos esprits. Un virage en particulier s'affirma comme haut lieu de la course. A chaque passage les coureurs ne pouvaient que constater la file infinie qui les devançait, la vitesse insensée de la relance imposée. Les ascensions usaient ; ce virage fut le couperet définitif.

Déjà des roues se perdaient, des coureurs par grappes disparaissaient à l'arrière tandis qu'à l'avant le rythme lancé par la FDJ ne faiblissait plus. Les attaques fusaient sans qu'aucune formation ne puisse efficacement les endiguer. Les offensive n'étaient reprises qu'à la suite d'un incroyable effort, et voilà que déjà une autre s'amorçait, obligeant le peloton à relancer encore, à s'allonger encore, et toujours à perdre des unités. Cela continua un temps. Le final s'annonçait sous les meilleures hospices.

On pria pour voir les favoris s'étriper loin de la ligne. Et miracle il eut. Kolobnev en habitué des circuits lança les grandes hostilités. A deux tours de l'arrivée Contador se dressa sur les pédales. Bakelants et Van Garderen suivirent. Des anciens fuyards furent repris. Un beau groupe se constitua. Mouvement de panique chez les leaders. Sagan en personne, impressionnant de facilité, pris la peine d'aller les chercher. Round d'observation. Le peloton revient. Tout reste à faire.

Albasini sort alors du groupe, prend du champ et s'isole en tête. Personne ne semble vouloir réagir. La tension est à son comble ; le Suisse peut-il vraiment aller au bout de cette façon, profiter de l'apathie de ses adversaires ? Heureusement non. L'entrée dans le dernier tour donne l'ultime signal. Gesink attaque dès le pied de la bosse, contient ses compagnons de route à distance. L'effort est superbe. Tout le monde grimace, souffre, résiste au mieux de ses moyens à l'envie de tout laisser tomber. Un homme seul maîtrise la situation, du moins physiquement. Sagan encore ramène.

Mais Sagan est seul. Froome le premier contre. Hesjdal ensuite. Evans, Vichot, Costa. Gesink encore. En résulte un joyeux bordel. Un groupe enfin prend un léger champ. On croit le voir triompher. On se retrouve encore. Personne décidément ne peut s'extirper de la masse. Tous compagnons de la même souffrance, tous aussi épuisés par les efforts consentis, tous si semblables dans leur forme ne peuvent se résoudre à la séparation. Hesjedal repart. Pour mieux se faire contrer. Le roi Sagan enfin est parti. Définitivement. On ne le reverra plus.

On essaya pourtant. Contrairement à l'habitude, personne ne se regarda, personne n'osa sauter son relais. L'organisation fut immédiate. La victoire s'échappait à une vitesse folle ; il fallait bien la dizaine d'homme restant pour la contenir. Cela ne suffit même pas. Le talent nia la logique répartition des forces. Le petit homme vert s'envolait, insensible aux réalités terrestres, marquant de sa patte cette course extraordinaire. Ce n'est certes pas la plus belle. Mais la manière compense tout.

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