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Gros braquets

Publié le par Bullomaniak

Eneco Tour 2013 - étape 5

L'Eneco Tour a compris, contrairement au tour de Pologne, qu'un contre-le-montre trop long sur une épreuve d'une semaine tue le suspens ; pire peut récompenser un invisible des autres jours. Les douze kilomètres proposés cette année ne devraient avoir qu'une minime incidence sur le classement final, les hommes fort se dégageant naturellement du chrono. Un favori, bien que limité dans l'exercice, peut légitimement y limiter les dégâts. C'est ce que fit pour exemple Philippe Gilbert prenant la vingtième place de l'étape ; la sixième place au général.

Wiggins avait montré tant de maestria en Pologne qu'on redouta une nouvelle humiliation. Il n'en fut rien, sans qu'on sache vraiment à quoi on doit se montrer redevable. Le vent apparemment tourna, mais l'argument est un peu faible sur une boucle. Le parcours était technique et vallonné en sa première partie. Cependant difficile d'y voir une réelle condition de défaite. Ce fut surtout une occasion de spectacle, les coureurs oscillant successivement de gauche à droite, négociant avec difficulté des courbes étroites insérées au milieu des champs, passant par villages et forêts. Le retour était tout autre : plat, rectiligne et roulant. Les spécialistes retrouvaient avec joie des sensations familières, la possibilité d'emmener avec brutalité des braquets inaccessibles au commun du peloton. Wiggins disposait donc d'une moitié au moins à ses convenances. C'est oublier trop vite qu'il fut spécialiste de poursuite et vainqueur d'un tour de France. Ses capacités à passer les bosses et à virer, relancer ont subsisté un minimum ; difficile alors d'expliquer les véritables raisons de sa défaite. Réjouissons-nous de ce répit accordé avant sa prochaine apparition.

Les derniers kilomètres permirent une comparaison des techniques, partagées en deux camps principaux, auquel se rejoint un troisième, celui des non-spécialistes - ou pour le dire avec méchanceté celui des incompétents - soit la majorité évidente des coureurs. Le reste fut donc séparé ainsi : les as de la moulinette contre les broyeurs de pédales. Wiggins partant matinal fut le premier cas évident des partisans de la vélocité. Les autres cas à noter sont issus de la jeunesse : Dumoulin, Sergeant, Phinney... L'époque des braquets disproportionnés est en fin de cycle. La mode était grande dans les années 90. L'EPO faisait son oeuvre : emmener des développements insensés ne se ressentait pas. Face à une telle mode, les gamins arrivant dans le milieu adoptèrent le style par imitation. Tony Martin est aujourd'hui son plus grand représentant. Pourtant, tant sur le plan de l'efficacité que de l'élégance, ce style est à oublier. Un braquet trop imposant est un gène. Les relances sont molles, douloureuses ; la récupération est médiocre. La tentation est grande d'y succomber. Mentalement emmener gros est beaucoup plus facile : on ne lutte plus contre ses limites, mais contre son plateau et ses pignons. La jeune génération l'a refusé, préférant rechercher la perfection. Cancellara a fait beaucoup de bien en ce sens, démontrant l'absolu puissance au cœur de 110 tours par minutes. Seulement la jeunesse n'est pas encore à son apogée. Le trône est encore réservé aux anciens. Chavanel emmène toujours trop. Son style s'en ressent, dégagent une inévitable lourdeur. C'est lui qui s'impose malgré tout, isolé parmi les derniers de sa génération mystifiée par la dope, miraculé malgré tout.

Gros braquets

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