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Inébranlable volonté

Publié le par Bullomaniak

Championnat du monde d'athlétisme 2013 - marathon féminin

Le vélo n'étant pas le centre du monde, il m'arrive occasionnellement de m'intéresser à d'autres disciplines. Une en tout cas me captive tout autant qu'une course cycliste : l'athlétisme. Encore devrais-je préciser : tout comme le Rugby m'est odieux en dehors des compétitions internationales, l'athlétisme m’ennuie profondément en dehors des championnats. Les meetings dégagent une tristesse absolue. Les championnats au contraire m'enchantent au plus au point.

Dès le premier jour une épreuve m'a marqué. Ce n'est pas foncièrement illogique ; un cycliste y retrouve certains codes, en tout cas une similité dans la souffrance mentale. Le marathon ne retrouve pas la jouissance des tactiques. Celle des marathoniens est simple : doser son effort au plus juste. Pureté de la théorie. La pratique s'avère plus complexe : faut-il suivre le rythme des autres, s'occuper de son unique cas, réserver ses forces pour une accélération finale ? La course de ces championnats fut celle d'une coursière, qui, si elle n'acquit pas la victoire, fit montre de tant de volonté dans la recherche de l'or qu'il serait criminel de ne pas l'encenser. Valeria Straneo se comporta en véritable championne. Régler sa course sur les Africaines l'aurait conduit à une place honorable. Elle s'y refusa. Dès le départ, elle prit la course en main, imposant un rythme effréné dès les premiers kilomètres. Toute tentèrent de s'y accrocher. La chaleur aidant, la sélection se fit. A mi-course, seules six athlètes conservaient leurs chances. Les Kenyanes en représentaient la moitié. Le scénario habituel s'annonçait : les Africaines allaient s'entre-déchirer, le titre revenant soit à l'Ethiopie, soit au Kenya. Valeria Straneo aurait pu s'arrêter là, considérer l'effort déjà accompli, se contenter de rester dans le sillage de ses adversaires. Elle ne se retourna même pas. Elle ne ralentit pas, ou si peu, simple entremet avant le final.

L'improbable se produisit. Deux Kenyanes sautèrent. Disparurent plutôt, tant leur effondrement éclata sur l'écran. D'un coup les rêves affluèrent. L'Italienne Straneo portait déjà notre admiration ; elle porta dès lors nos espoirs. Le règne africain frémissait. L'équité était rétablie : une européenne et une asiatique contre deux africaines. Straneo continua, le regard toujours fixé vers l'avant, prolongeant encore son admirable exploit. L'éthiopienne sauta. Les esprits s'emballèrent ; le duel était lancé, la tradition victorieuse contre l'exploit de lèse-majesté. Son rythme imperturbable avait justement perturbé ses adversaires. On s'habitue tant à la domination : que quelqu'un vous bouscule et la chute est irrémédiable. Les Africaines pouvaient supporter de subir un rythme d'une camarade. Elles ne purent supporter le rythme d'une rebelle. Le moral s'écroula. Seuls demeurèrent les grandes, celles dont les forces mentales en font de vraies championnes, déterminées à ne rien lâcher dans la souffrance. Seuls les grands champion acceptent les passations de pouvoir. Indurain en déclin accepta la fatalité, terminant le Tour afin de ne surtout pas dénigrer Bjarne Riis. L'éthiopienne ne put s'y résoudre, abandonnant plutôt que de subir l'affront. Les kenyanes sombrèrent. Seule subsista Edna Kiplagat, acceptant la souffrance, résignée à subir l'attaque de l'impétueuse italienne. Son visage marquait toute sa douleur, toute sa volonté aussi de ne jamais lâcher. Le mental était maître de l'italienne. Le physique malheureusement tourna en faveur de la kenyane. Elle attaque aux deux kilomètres, se détacha tant bien que mal de l'inconfortable compagnie. On y crut un instant encore. Straneo ne s'écoula pas. Mieux, elle tint l'écart. Mais le sport n'est pas la joyeuse fête qui récompense les méritant : ce sont les plus forts qui s'y imposent. L'écart de potentiel était trop grand. Néanmoins la manière fut grande. Straneo fut la première championne de ces mondiaux. Je doute que quelqu'un dans les prochains jours s'approche de son immense panache.

Inébranlable volonté

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