Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Kittel enfin !

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2013 - étape 10

Kittel est loin d'être mon sprinteur favori ; Cavendish a la beauté du style, Greipel celle de la puissance pure. Kittel lui n'affiche que peu cette beauté intrinsèque du sprinteur. Il n'est pas beau à voir dans ses sprints. Le vélo est lancé constamment, balançant d'avant en arrière dans un rythme disgracieux. Certes l'efficacité est là. Mais dans le monde frustrant de sprints, à quoi se raccrocher sinon à la beauté du geste ? Là n'est sans doute pas l'essentiel, mais voilà pourquoi je préférerait toujours Cavendish et Greipel à leur cadet.

Kittel vient de rejoindre pleinement le trio mondial du sprint. Ses victoires jusque-là étaient secondaires et peu démonstratives. Battre les autres dans les courses de préparation n'affirme pas sa supériorité, ni même son égalité. Kittel manquait clairement de grandes victoires. C'est chose faite. Sa première étape du Tour laissait un goût d'inachevé. Celle-ci ne fut pas acquise mais gagnée. Greipel encore une fois semblait prendre l'ascendant. Pourtant, Kittel remonta son adversaire à une vitesse folle, profitant pleinement du revêtement pavé des derniers mètres. Greipel, Cavendish battus à la régulière. Kittel les rejoint dans le gotha.

L'autre fait du jour qui passionna plus encore, éclipsant l'exploit de Kittel, fut le cas Cavendish, poussant Tom Veelers à la chute. Acte volontaire ? Hasard malencontreux ? Les suiveurs se déchirèrent entre les partisans du déclassement (de l'exclusion pour les plus extrêmes) et ceux de la particularité d'un sprint massif. Evidemment, je me classe dans la seconde voie. Toujours, dans ces chutes, il faudra trouver un bouc émissaire. Veelers, à terre, ne pouvait qu'avoir été que la pauvre victime de l'ogre Cavendish. En manque de victoire, voyant encore une étape lui échapper, il se serait vengé d'un coup d'épaule assassin. Grand Dieux ! Faut-il voir le mal partout. On oublie trop vite que, à l'approche de la ligne, les coureurs sont lancés à 70 km/h. Entre le moment où Cavendish, décidant de doubler Veelers par la droite, lance son sprint et l'instant où Veelers touche terre, guère plus que 4 ou 5 secondes se sont écoulées. il est difficile de réfléchir dans ces moments-là, plus difficile encore d’échafauder une mise à mort.

Cavendish est lancé. Veelers, son job achevé, ralentit. Imperceptiblement il se décale. Cavendish est surpris. Il s'est rabattu trop vite. Il sait qu'il va toucher ce coureur. Instinctivement il pense à son équilibre. Trouver un point d'appui. Il en trouve un, certainement pas le meilleur. L'objet du déséquilibre, Veelers lui-même. L'épaule gauche de Cavendish vient s'appuyer. Une fraction de seconde seulement. Mais une fraction de trop. Il se rétablit, relance son sprint. De l'autre côté, on est surpris par ce coup inattendu. On perd pied. Le choc a été rude, quelques kilomètres-heure de différence tout au plus, néanmoins suffisants au vu de la violence de l'impact. Le déséquilibre de Cavendish s'est transmis à Veelers. Mais ce dernier est seul. L'épaule ne trouve aucune aide. Cavendish s'est déjà enfin. Il ne reste qu'une solution, qu'une destinée, le goût du bitume.

Kittel enfin !

Commenter cet article