Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La Corse aux assaillants

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2013 - étape 2

J'ai exulté lors de la victoire de Bakelants, ravi que la course ne soit pas celle annoncée. Une journée de beau, de grand cyclisme. D'abord, reconnaissons la chose : ce sont les équipes françaises qui ont jeté les bases de ce spectacle. On a eu droit à la résistance magnifique de Blel Kadri retrouvant son énergie de la Roma Maxima. On a eu droit à un quatuor magnifique d'Europcar, Veilleux, Voekler, Rolland, Gauthier, se relayant dans la chevauchée hasardeuse. La plus surprenante venant de Pierre Rolland, candidat annoncé au top 5 qui se dressa sur les pédales à 60 km de l'arrivée, mais englouti rapidement par l'indestructible Kiryenka. On a eu droit aux deux facette de Sojasun ; le montagnard Brice Feuillu puis le sprinteur Julien SImon. On a eu droit au splendide train FDJ, Geniez et Jeannesson se venant à tour de rôle faire exploser les éléments en sursis.

Car cette étape fut aussi celle de la souffrance, des visages marqués de Kittel et Cavendish, touchés tant par la chaleur que par la pente. On a rarement des visages si expressifs dès le deuxième jour de course. La première semaine est celle de la détresse de la chute ; ici on peut déjà se délecter de la souffrance de la montagne. On retrouve la pureté de la course, celle des hommes luttant contre les éléments et la fatalité d'un scénario trop rapidement écrit.

Rolland fut rejoint à 55 km de l'arrivée. Reste alors une grosse centaine de coureur. On imagine mal l'étape échapper aux Sagan, aux Boassen Hagen, forts encore de nombre d'équipiers. Mais le peloton reste nerveux et se tend à l'approche de la dernière difficulté. Une simple formalité se dit-on : trop courte pour espérer une course débridée, un seul petit kilomètre. Certes. Mais la pente est abrupte. On annonce une moyenne à 9%, des pointes à 12. Et on oublie l'usure de la course, le résultat du train de l'équipe française et de la chaleur.

C'est Kiryenka qui entre le premier dans la pente, propulsant ses leaders Froome et Porte en position idéale. Déjà des attaques : Flecha et Gauthier. L'attaque est violente et la pente fait mal. Flecha laisse filer son compagnon qui atteint le sommet en solitaire. Mais derrière on ne laisse pas filer. Porte impose un train violent. Froome attaque. Stupeur générale ! Le favori du tour qui attaque, que se passe-t-il, que faut-il faire ? On n'ose réagir immédiatement mais la descente permet de se regrouper.

Seulement le rythme fut trop rude. Les équipier ont reculé à l'arrière, seuls les meilleurs restent. C'est le début de l'anarchie. Chacun tente de partir, y compris des leaders. Sagan se retrouve un temps isolé en tête. Puis c'est Chavanel qui contre. Cinq hommes le suivent : Flecha, encore lui, Mori, Izaguirre, Fuglsang, prétendant au podium et Jan Bakelants, ancien vainqueur du tour de l'avenir. Échappée royale derrière laquelle on s'affole. Un équipier de Sagan s'active, d'abord seul, rejoint bientôt par un second, puis par la Sojasun et la Garmin. L'écart est ténu, stagnant autour des dix secondes. Mais les six hommes résistent et l'on trépigne devant l'écran d'un tel spectacle. Qui va l'emporter ? L'entente se dégrade à l'approche de la ligne et l'on redoute un retour du peloton. Un échappé néanmoins réagit. Bakelants part seul, les autres s'enlisant dans un marquage sur Chavanel. Il demeure seul alors que son avance fond face aux sprinteurs. Il conservera une seconde sur la ligne, prenant de surcroît le maillot jaune.

Vraiment superbe. En deux étapes la Corse tient toutes ses promesses. Deux étapes magnifiques, résultantes du hasard pour l'une et du courage pour l'autre. On n'ose imaginer la troisième. Celle annoncée comme la plus compliquée, la plus escarpée, la plus sinueuse. La plus propice à l'aventure aussi, avec une dernière ascension plus proche de la ligne, plus longue mais tout aussi raide. Parions que les coureurs seront à la hauteur de l'occasion.

La Corse aux assaillants

Commenter cet article