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La Corse des surprises

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2013 - étape 3

Après les deux premières étapes, on attendait l’apothéose du triptyque corse. On ne peut nier notre frustration. On désirait des grandes envolées, des favoris piégés, des exploits inattendus. La course a-t-elle été bâclée ? Certainement non. Mais les attentes étaient trop fortes. Heureusement les consolations sont grandes. La plus grande étant la beauté incroyable de l'île.

Certains ont parlé de l'étape aux milles virages. Y en avait-il seulement mille ? On ne saurait dire. On virait à gauche, à droite, incessamment, obligeant le peloton à s'étirer au maximum. Spectacle magnifique que ce long serpentin suivant élégamment les courbes de la côte. C'est dans ces moments-là que le peloton expose sa nature : une entité unique, une masse indivisible aux mouvements larges. La comparaison la plus pertinente est celle du banc de poisson. Lorsque la multitude ne fait qu'un. C'est une de mes raisons principales de suivre le cyclisme à l'écran ; pouvoir admirer des cieux ce spectacle si particulier.

Aujourd'hui cependant, autre chose était à admirer plus encore. La beauté de la nature. Ce fut 144 km de sublime. Comment dès lors se plaindre que les coureurs prennent le temps de l'admirer ? On fut frappée tout au long du chemin par le grandiose des éléments. Cela n'empêchait pas notre ennui de persister. Jusqu'aux gorges de Porto. On bâillait de l'apathie du peloton dans le col de San Martino. La descente nous fit écarquiller les yeux.

Jusque-là les routes s'avéraient relativement large. Elles se rétrécirent. Elles commencèrent à frôler la roche. On frôla même la mer. Le bleu tranquille des eaux frappait face aux stries ocres de la roche. Le peloton dut se faire bien mince pour passer. Les coureurs durent river les yeux sur la route, concentrés sur la mince bande de bitume qu'on leur préservait. Nous, nous nous délections. Le serpent multicolore frottait tantôt contre la pierre, tantôt planait au-dessus des plages cristallines. Rien que la beauté naturelle d'une route étroite, s'insinuant au cœur des concrétions rocheuses tel un cadre sur un tableau. Dix kilomètres de rêve dans lesquels j'oubliais jusqu'à la course.

Hélas je dus bien faire face au retour au réel. L'échappée reprit du champ, le peloton resta stoïque. Je me résignais à attendre la dernière ascension. A partir de là, la course demeura fidèle aux étapes précédentes. On fut de nouveau surpris. Anton partit le premier. Il fut repris. Ce fut le tour de Pierre Rolland. Comme la veille il passera en tête, paré des pois rouges du grimpeur. Mais ici il restait 13 km au sommet. Pas 60. Insolent de facilité, il ne pris même pas la peine d'attendre Nieve, prétendant comme lui au top 10. Seule la fusée Chavanel parvint à recoller. Comme la veille Chavanel est fort. Très fort. Il part dans la descente, prenant des trajectoires excellentes et mettant trop de puissance pour qu'on puisse le suivre. Rolland est rejoint. Il doit sprinter pour accrocher la bécane bleu. Quatres finalement sont là. On s'interroge sur leurs chances. Dix secondes sur un peloton réduit à 80 unités. Le coup de la veille sera-t-il réédité ?

Mais Bakelants tient à sa tunique jaune. Les sprinteurs ne sont plus seuls et s'appuient dans la poursuite sur la formation Radioshack. Les quatres hommes sont rejoints à 4 km de la ligne. Deux kilomètres plus loin c'est Tom Dumoulin qui part. Il est repris à seulement 500m. On estime que Sagan a course gagnée. Déjà il s'affiche en tête de peloton. Mais Gerrans ne l'entend pas ainsi. Il rentre dans la courbe, coupant la route à Sagan et vient se replacer en tête, dans la roue de son équipier. Il lance le sprint en pistard, détaché de son poisson-pilote. Vent favorable, il devance d'un boyau Peter Sagan sur la ligne.

Finalement, la Corse a-t-elle tenu ses promesses ? Oui, assurément. On voulait du paysage, on l'a eu. On voulait du spectacle, on l'a eu. On voulait des surprises, on les a eues. Le premier jour était destiné à un sprint. On a eu l'improbable. On craignait deux victoires de Sagan. On les a évité ; par deux fois il échoue à la seconde place, suite à des finaux très mouvementés. On a même eu droit à des favoris qui se dévoilent : Froome sur les hauteurs d’Ajaccio ; Van den Broeck, Nieve, Anton et Evans au-dessus de Calvi ; Rolland par deux fois, insolent de facilité. On attendait sans doute plus de défaillances. On a tout de même quelques espoirs brisés. De Gendt a fini dans l'autobus. Une équipe a particulièrement failli. Cofidis a perdu deux de ses trois atouts, alors même que Yoann Bagot rentrait chez lui.

Maintenant place au clm par équipes. Les écarts devraient être minces, mais le maillot jaune lui va encore changer d'épaules. On aurait un troisième leader du classement général, qui pourquoi pas perdrait sa tunique avant les Pyrénées, sur Marseille ou Albi. Un cinquième émergerait de la montagne, et avec beaucoup de chance un sixième au mont saint Michel. Rêvons alors de deux maillots différents dans les Alpes, ce qui serait révélateur d'un tour magnifique, une vrai valse du leadership.

La Corse des surprises

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