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Le panache collectif

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2013 - étape 7

Tactiquement c'était simple. Il fallait lâcher les sprinteurs dans la seule grosse difficulté du jour, le col de la croix de Mounis. Sagan ne pouvait se contenter des places d'honneurs, défait par deux fois sur son terrain en Corse. Seul petit problème : l'arrivée était située à 110 kilomètres du col. C'est long. C'est surtout long quand on se retrouve à rouler à sept contre vingt. Les hommes en vert contre tous les autres.

Sincèrement, pendant 80 kilomètres j'ai eu très peur d'une étape bâclée. Jens Voigt et Blel Kadri naviguaient seusl, à seulement quatre minutes devant le peloton. Derrière on contrôlait, montant groupé le col des treize vents. Dans le col suivant ce fut tout autre. Les Cannondales remontèrent en tête et imposèrent leur tempo soutenu. Cavendish craqua en premier. Il passera en haut avec 3 minutes de retard, entouré de sa garde bleue. Les autres sprinteurs sautèrent aussi, mais beaucoup plus tard. Une minute seulement derrière le peloton au sommet. Sauf que devant on ne faiblit pas. Les équipiers de Sagan accélérèrent encore, aidés par les aspérités des plateaux du Tarn. Le deuxième groupe ne put revenir seul. Greipel, Kittel attendirent Cavendish, pourtant deux minutes derrière eux. On se regroupe finalement avec trois minutes de retard. C'est le début du match.

Le peloton est coupé en deux. Devant, on refuse le retour des grosses cuisses. Derrière, on s'insurge de ce coup de force. Trois minutes, cela se comble ; le match paraît inégal, une équipe seule contre trois autres. Fallait-il vraiment oser, parier sur la résistance et la détermination de ces sept hommes tournés vers la seule victoire de leur leader ? En tout cas il fallait tenter. On parle trop souvent du panache à propos des individualités, oubliant que le cyclisme est un sport d'équipe. Le panache est aussi provoquer une bordure, même quand le vent est trop faible, prendre les devant en montagne, quand bien même les grosses écuries restent derrière. Le courage n'est pas nécessairement le fait d'un homme seul mais peut être aussi celui d'un groupe. La Cannondale aujourd'hui aura été la parfaite incarnation de ce panache, refusant la fatalité d'un sprint massif.

A 100 kilomètres de l'arrivée, la situation est claire. L'étape sera le duel de deux pelotons, de format sensiblement égal. Devant, on doit tenir l'écart provoqué, derrière on doit revenir le plus vite possible. On oublie la gestion de l'effort ; on se met à bloc, peu importe le nombre de kilomètres qui restent. Pendant 50 kilomètres, les deux groupes seront étirés, haletants. L'écart réduit très doucement. 2 minutes 50. 2 minutes 40. 2 minutes 30. On s'extasie devant la résistance héroïque de Moser, De Marchi et consort. Les visages sont marqués. La souffrance se lit clairement dans les regards et bientôt la résistance d'un des deux groupes devra s'effondrer. Les deux ont usé leurs forces et irrémédiablement le rythme diminue. Vient alors la troisième difficulté du jour. Les deux continuent à se tenir à distance. Le second peloton n'est plus qu'à 1 minute 30. Il se rapproche encore tandis qu'on entre dans la dernière heure de course. Orica donne alors un léger coup de main à l'avant. C'en est trop. Les sprinteurs renoncent. Sagan a gagné.

Certes, trois hommes sont alors sortis à l'avant, profitant de la fatigue du peloton. Détail. Après une telle victoire, ce n'est pas quelques parasites qui vont pouvoir déranger le sacre prévu. La Cannondale emmène le peloton avec une détermination toujours plus grande. Les trois sont repris à 4 kilomètres de la ligne. Sagan n'a plus qu'à parachever l’exploit enterrinant le plus beau fait de course de ce tour de France. Ce fut simple. Ce fut beau. Surtout, ce fut grand.

Le panache collectif

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