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Les spécialistes

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2013 - étape 4

On réduit trop vite un clm par équipe à la force des équipiers. On recherche les références contre-la-montre sans se préoccuper vraiment de l'aspect fondamentalement technique de l'exercice. De base, ce n'est pas le même effort ; un clm va se faire à une intensité basée sur le seuil aérobie, c'est-à-dire un effort de 30 à 60 minutes. L'effort est long, très long, et il est nécessaire de doser au plus juste son rythme cardiaque.

Un clm par équipe nécessite une intensité basée sur le seuil anaérobie, c'est-à-dire un effort de 5 à 7 minutes, à bloc. Cela n'a pas grande importance que la durée du clm soit de 20, 30 ou 40 minutes ; là joue surtout le rôle de l'aspiration. Le coureur n'a que deux efforts violents à faire : prendre son relais, donc au seuil anaérobie, et rattraper les roues en queue de file. Le reste du temps il récupère dans l'aspiration. C'est là toute la difficulté de l'exercice : récupérer à une très haute vitesse. Dans l'aspiration, le cœur se calme un peu et redescend au seuil aérobie. C'est donc la puissance exprimée au seuil anaérobie qui sera déterminante pour le chrono final. Pas les références sur un contre-la-montre classique.

Dès lors on prendra plutôt des coureurs doués pour la poursuite ou le prologue, efforts courts faisant appel au seuil anaérobie. Un exemple l'illustre parfaitement. Cancellara est un meilleur équipier lors d'un contre-la-montre par équipe que Tony Martin. Pourtant depuis deux ans le second a détrôné Spartacus dans l'exercice chronométré. Mais Cancellara reste le meilleur coureur de prologue du monde. Donc plus efficace dans le cas d'aujourd'hui.

On ne parle là que de l'effort physique. Le problème est que ce qui compte le plus reste le travail technique, la prise des relais. On part à 9 coureurs. On essaie déjà de rester le plus longtemps possible à 9, afin de profiter au maximum de l'aspiration. Il est incroyablement tentant de prendre dès le départ des relais très appuyés et de faire sauter les éléments les plus faibles. Mais les relais reviennent dès lors beaucoup trop vite. Mieux vaut rester groupés, quitte à ralentir et perdre une ou deux secondes dans la première moitié de course.

D'où l'importance de la communication entre coureurs. C'est là que je regrette le plus qu'on n'ait pas de micro sur les motos caméras puisque bordel de dieu ça gueule bien entre équipiers. On s'en rend difficilement compte et on s'imagine les coureurs au paroxysme de l'effort, incapable d'émettre des sons. C'est pas faux. Mais ça n'empêche pas de s’engueuler. Moins vite ! Plus vite ! Passe ton relais bordel ! J'suis sec ! Je saute ! Attendez Andy merde ! Décale à droite ! Décale à gauche ! Lance le sprint Roger !

Tant qu'on est dans les problèmes de l'aspiration, parlons de la prise de relais. J'ai cru défaillir en voyant les relais pris par l'équipe Sky. Ils s'écartaient largement, attendaient le plus vite possible la queue de file avant de réaccélérer brutalement pour prendre les roues. Difficile de faire pire. Et pourtant ils échouent à 3 secondes de la victoire, ce qui peut leur laisser de grands regrets au vu de cette défaillance technique. Un relais dans cet exercice doit aussi servir à protéger son équipe. On ne s'écarte pas brutalement, mais on se décale un peu, laissant son équipier profiter d'une seconde supplémentaire d'aspiration. Ensuite on frôle son équipe pendant qu'on redescend, sans jamais ralentir, pensant toujours à rester le plus près possible pour protéger tout le monde ; un relais se prend du côté d'ou provient le vent. Reste le problème de l'organisation de la file. On va généralement du plus petit au plus grand, afin d'éviter de privilégier l'abri.

Aujourd'hui, c'est Orica Green-Edge qui a gagné. C'est sans doute l'équipe qui a le mieux tenu ces paramètres. Une équipe d'australiens, formés à la piste et donc à la poursuite ; donc habitués à travailler au seuil anaérobie, à rouler très proche des roues et à tenir une file. Une équipe expérimentée dans cet exercice, profitant de vieux briscards du genre de Stuart O'Grady. On peut déplorer par contre la faiblesse française. La France a retrouvé des grimpeurs, des coureurs de classique, des sprinteurs mais reste désespérément faible dans le contre-la-montre. Pour ce qui est des favoris, les écarts sont minimes.

Les spécialistes

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