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Monts et merveilles

Publié le par Bullomaniak

Eneco Tour 2013 - étape 6 et 7

Les quatre premier jours n'avaient été que préliminaires, le contre-la-montre du cinquième un simple échauffement. Les difficultés réelles s'amorcèrent le sixième jour. Le peloton peu disposé à de telles souffrances éclata très vite ; les côtes s'enchaînèrent, sans répit, martyrisant les coureurs de leurs pentes provocatrices. La rudesse du terrain dégagea les hommes forts, les plus courageux, les plus déterminés à vaincre. Tandis qu'à l'arrière Philippe Gilbert et Sylvain Chavanel disparaissaient, l'un dans une chute, ne pouvant revenir dans la bataille malgré des efforts désespérés, l'autre dans son incapacité à maîtriser ses efforts au sein d'un collectif, plus à l'aise dans les souffrances individuelles, deux hommes se distinguèrent. Stybar fut roi de l'épreuve, concluant une semaine dominatrice par une victoire au général. La beauté des choses cependant réclamait un adversaire valeureux, une âme vaillante digne d'être défaite. Dumoulin remplit ce rôle à merveille, prenant la course à son compte alors que celle-ci semblait lui échapper, buttant seulement le dernier jour sur la surpuissance de Zdenek Stybar.

Les deux derniers jours se voulurent hommages aux classiques printanières : la sixième étape reprit les codes de Liège-Bastogne-Liège, traçant la ligne d'arrivée au pied de la Redoute tandis que l'ultime journée se concentra autour du Mur de Grammont, place traditionnelle du cyclisme flandrien. L'ultime journée fut en quelque sorte décevante, le Mur de Grammont demeurant la seule vrai difficulté ne put faire de réelle différence. Le peloton avança réduit, mais néanmoins groupé avant que ne surgisse l'estocade victorieuse de Stybar. L'étape de la veille fut au contraire purement somptueuse. Le parcours n'avait la longueur de la classique wallonne ; elle imita à merveille l'enchaînement des monts, en en dénichant même un de son cru, aussi terrible que la renommée Redoute. Les étapes antécédentes firent leur effet. La fatigue se faisant sentir, le peloton vola en éclat dès la première franche accélération.

On peut argumenter également du bien-fondé de la distance réduite accordée au parcours. Les étapes trop longues paralysent le peloton, l’inhibent dans son élan ; au contraire sur une distance courte la retenue volera en éclat, les temps morts disparaissant et laissant place à l'entière satisfaction du spectateur. Le débat actuel porte sur la question suivante : est-ce la longueur des étapes ou le nombre trop imposant d'équipiers qui donne de la morosité au scénario des courses cyclistes ? Dans les courses récentes il est à noter que ce sont celles aux distances réduites qui excellent à emballer la course. Le tour de l'Ain fut la plus belle épreuve de l'après-Tour. Ce fut celle qui proposa également les étapes les plus courtes, toujours plus animées et montagneuses. Mais le débat peut demeurer : les équipes n'y avaient droit qu'à six coureurs. Le tour de Pologne également obligea les équipes à réduire les effectifs ; force est de constater pourtant la mollesse du peloton, la plupart des étapes se réduisant à leur seul final, s'achevant par une simple course de côte. L'étape-reine disposait d'une difficulté au moins équivalente, sinon supérieure à celle de l'Eneco tour. La course se décanta dans la dernière boucle. Le peloton s’écréma très progressivement, peinant même à emballer la course, les équipiers déjà peu nombreux s'avérant très vite défaillants. L'Eneco Tour à l'inverse proposa des équipes en nombre conséquent. Les équipiers purent y exercer leurs talents, se relayant bien plus efficacement pour faire exploser le peloton, accompa-gnant même les leaders dans leur fugue. Seulement le kilométrage n'excéda pas les 150 kilomètres.

Le meilleur exemple réside dans l'étape du Tour 2011 reliant Modane à l'Alpe d'Huez. Les 110 petits kilomètres incitèrent les leaders en recherche de rédemption à attaquer dès l'entame des difficultés, sans que le nombre d'équipiers influe sur cette décision. Ceux-ci furent même facteur de suspens, ramenant Voeckler pourtant défaillant à l'avant, soutenant Evans dans sa course contre ses adversaires directs, préservant l'incertitude jusqu'aux ultimes pentes de l'étape. Entre la réduction des équipiers et la réduction des distances, mon choix est fait. J'estime que réduire les équipes à six n'est possible que sur les épreuves d'une semaine. Les réduire à huit sur les grands tours est une option intéressante. Mais dans les deux cas, cela ne doit se faire qu'avec un seul objectif : pouvoir inviter un nombre supérieur d'équipes à participer. Redonner du tonus aux étapes ne peut se faire que par une seule voie : tracer des parcours avantageux, propices à l'offensive et bannir le piège de l'abus de la course de côte comme la Vuelta va dans les semaines à venir nous en proposer une superbe démonstration. La longueur ne doit être préservée que dans l'unique cadre des classiques, ou dans le cas des courses à étapes servir à mettre en valeur une course de côte en usant préalablement les organismes comme l'a magnifiquement exécuté le Tour au mont Ventoux cette année.

Monts et merveilles

Dans tous les cas seul un pisse-froid pourrait nier la magnificence de l'étape qui nous fut offerte, combinant tous les éléments propices à notre jouissance : panache, défaillance, chute, offensive, suspens, technicité, souffrance, et même eut le bon goût de s'achever par un sprint (en bosse) sans que l'on ressente une quelconque frustration. Philippe Gilbert fut le premier à emballer les choses, non par la création volontaire d'une offensive, mais dramatisant les événements avant même la première difficulté, chutant lourdement. Il mit trop de temps à se relever. Devant le peloton n'attendit pas. Les offensives débutèrent, obligeant le champion du monde à une impossible poursuite, revenant toujours plus proche de la tête de course avant que les plus forts s'échappent prématurément. Le Belge bloqué à l'arrière dut se contenter d'une place symbolique, se débarrassant de son groupe dans l'ultime difficulté, franchissant la ligne en solitaire sous l'acclamation du public pour le champion local.

L'autre élément dramatique fut fourni par Sylvain Chavanel, co-leader d'Oméga pourtant piégé à l'arrière dans le groupe de Gilbert, ne sachant pas profiter de l'échappée décisive, ne parvenant pas plus à accompagner l'ultime bouée constituée des coureurs d'Astana et de Tom Dumoulin. A ce sujet, il fut difficile d'encaisser les propos stupides des commentateurs d'Eurosport paranoïant sur un complot anti-français au sein de l'équipe Oméga-Pharma ; ne pouvant imaginer une simple maladresse tactique de Chavanel ; voyant dans le moindre coup de pédale de Stybar une trahison, estimant que celui-ci n'avait qu'une chose à faire : rétrograder auprès du français et abandonner toute ambition personnelle. Chavanel fut leur héros tragique, sacrifié sur l'autel du patriotisme belge, oubliant leur chauvinisme démesuré.

Le héros de ces deux jours fut plutôt à chercher du côté de la Hollande. Tom Dumoulin vient à 22 ans de s'affirmer comme un futur grand du peloton. Demare et Phinney présents sur la même course ont déjà fait leurs preuves en ce sens. Dumoulin vient de s'hisser à leur niveau. Pris dans la même chute que Philippe Gilbert, il put réagir immédiatement, recollant au peloton avant sa dislocation, relaçant un groupe de contre derrière les favoris, accompagnant les coureurs d'Astana au moment propice et recollant aux prétendants au classement général. Ces simples faits prouvent son talent. Il sut faire ce que Chavanel et Gilbert ne purent faire. S'arrêter là serait déjà beau. La chance voulut qu'il sortait d'un excellent contre-la-montre, le plaçant dans la peau du leader virtuel. Le groupe de derrière se démenait, poussé par les ambitions des deux grands perdants. L'échappée matinale n'était pas encore rejointe. Cet entre-deux lui paru insupportable. Dumoulin fit ce que tant de coureurs répugnent à faire : prendre ses responsabilités. La chose comportait tous les risques usuels : effondrement, contre des adversaires. Notamment Stybar restait en embuscade, refusant les relais, arguant ne pas vouloir rouler contre son équipier Chavanel. Le panache est une chose : pouvoir s'assumer pleinement, avoir des capacités physiques et mentales égales à son courage est rare, et d'autant plus précieux.

Dumoulin roula, se démena tant et si bien que les groupe derrière ne put revenir. L'échappée matinale, pourtant bien engagé, vit également fondre sur elle le train d'enfer emmené par le hollandais. Seul Lopez échappa au massacre, préservant dans les ultimes mètres une avance suffisante sur un Stybar revenant comme une furie. Dumoulin fut le perdant valeureux, malheureusement trop frêle encore face à la volonté de Stybar. Celui-ci rongeât son frein, attendant patiemment son heure, prenant les choses en main dans la dernière étape. Huit seconde le séparaient encore de la victoire au matin du dernier jour. La ligne était tracée au pied du Mur de Grammont ; Stybar n'attendit pourtant pas l'ultime difficulté, préférant prendre une marge dès l'avant-dernier mont. Son bonheur fut de rencontrer un ultime survivant, Stannard, à l'avant depuis le départ. Son aide n'était certainement pas nécessaire ; elle accru davantage l'avance finale du tchèque.

Stybar lui refusa la victoire d'étape, se refusant à ce rituel trop courant qui consiste à accorder miséricordieusement l'étape à une quelconque aide reçue. Trop de coureurs se sentent obligés de ce geste de pitié, dénigrant toute valeur à cette victoire obtenue par pure charité. Pantani se sentit à jamais souillé de la pitié d'Amstrong au Ventoux. D'autres devraient prendre exemple, penser à l'intérêt de la course et concevoir qu'un tel geste ne peut avoir que deux raisons valables : le véritable exploit de l'ultime rescapé reconnu alors par ce geste ou bien l'offrande tactique espérant une aide future en gratitude. Stybar, quelque soit ses propos, connaît la valeur d'une victoire, le respect que l'on doit y accorder. Son bilan n'est en que plus fort : deux étapes couplées du général, marque de sa véritable emprise sur la course, masquée seulement par l'accumulation des difficultés en fin de semaine.

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