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Orages florentins

Publié le par Bullomaniak

Championnat du monde sur route élites homme 2013

Deux semaines que le soleil imposait ses multiples rayons. Mais la pluie, perverse, vint dans l'ultime journée des épisodes florentins rappeler sa présence. Cette journée devait être la plus longue, la plus difficile. La pluie aggrava la souffrance des coureurs. La répétition des côtes fut la partie facile, évidente, ne nécessitant que le support physique. Les descentes humidifiées par le ciel devinrent les reines de la course, lieu d'échappé, lieu de chute, lieu de mise en place de stratégies collectives, lieu d'écrémage du peloton.

Là le cyclisme se rappelait à la légende, à ce temps si profondément italien en cette année marquée par la neige du mois de Mai. A croire que les Dieux jetèrent un sort sur toute course d'importance. Milan San Remo dégageait de profonds parfums archaïques. Tirenno-Adriatico se joua sous le plus violent orage. Le Giro connut une improbable neige et l'impossibilité d'accéder aux sommets. Le championnat du monde se devaient de respecter ses aînés. On épargna les plus faibles, femmes et enfants, pour concentrer le mal sur ceux à même d'y opposer la plus grande résistance, ceux dont la souffrance, le renoncement apporteraient la plus grande satisfaction.

Des trombes d'eau accumulées assaillirent les coureurs. Le ciel frustré ne connaissait plus de limite, prenait un plaisir non feint à déverser ses réserves trop longtemps accumulées. Advienne que pourra de ces hommes si sottement sortis sous l'orage ; leur ignorance du ciel ne resterait pas impunie. Qu'il tombent, tous, qu'ils se déchirent ; qu'ils souffrent en pensant à ce ciel si longtemps clément et pour lequel ils oublièrent les craintes nécessaire ; qu'ils tombent dans la folie destinées à ceux qui défient le ciel ; qu'ils se noient dans cette mer mouvante et sans cesse renouvelée, qu'ils se noient dans l'accumulation aqueuse du sol ; qu'ils renoncent à cet acte martyr et se rendent définitivement à la raison. Les chutes seront innombrables. Là est la volonté du ciel.

Les coureurs churent. Certains, courageux dirent les optimistes, malades répliquèrent les hommes de raison, prirent le parti de profiter des éléments. Les descentes étaient le lieu de tous les dangers. On y lança les offensives. L'équipe italienne se retrouva sous ces conditions nationales, unie dans une collective souffrance, décidant de réagir de la seule manière moralement supportable : l'attaque. Le reste du peloton se figea dans la position de défense. Mal leur en prit. Ceux qui s'accrochèrent au mouvement italien connurent une certaine quiétude. Les autres ne purent afficher leurs larmes sur ces visages déjà si humides. Ce fut la débâcle. La défaite sans combat. Quelques unités subsistèrent : la seule utilité fut de prolonger leurs souffrances.

Les corps des survivants avancèrent en bloc, sans jamais vraiment vouloir se quitter, s'extraire de cette masse chaude et accueillante que constitue le peloton. La solitude pluvieuse est un plaisir particulier. Huzarski et Barta dans un superbe duo profitèrent du calme inhérent à une échappée au long cours. Aucun stress, aucune douleur imposée par l'adversaire, seulement une progression bouddhique où le principal devient l'oubli des éléments. Les lâchés pleuraient des larmes qui semblaient leur retomber sur le corps. Le cœur de la course s'accrochait à une ultime barrière morale. Certains, impétueux encore, tentèrent de remonter la pente. Les Grands se contentèrent d'être petits, rabaissés par l'atroce douleur climatique.

Des noms émergeaient à mesure que se rapprochait le final. Le soleil se levait. La pluie disparut. Les vivifiants rayons donnèrent la pleine mesure des dégâts. Ils permirent surtout le renouveau. Le dernier tour s'amorça. Les favoris émergèrent de la masse qui les abritait jusqu'alors. Marqués. Certains avaient chuté. D'autres plus discrètement avaient pris l'eau ; Cancellara resta planté au bord de la route. Quatre hommes seuls trahirent leur imperméabilité. Nibali et Rodriguez prirent les devants. Costa et Valverde furent insensibles à leur appel. Nibali s'énerva. Rodriguez pleura l'eau qui l'avait si longtemps arrosé. Valverde dans sa grande lâcheté fit perdre l'un comme l'autre ; Costa caché dans son ombre passa seul à la lumière.

Orages florentins

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