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Paysage hollandais

Publié le par Bullomaniak

Eneco Tour 2013 - étapes 3 et 4

Ces deux étapes répétèrent l'exact schéma des deux premiers jours : le coup du kilomètre et un sprint incontestable. Les deux furent à l'origine de la Lotto. Le premier jour Roelandts se montra trop impatient, lançant le sprint de Greipel à près de 1,5 km de la ligne. Greipel ne suivit pas, conscient du danger d'une telle action. Seulement ce furent d'autres qui suivirent : Stybar, Boom et Richeze. Roelandts ne se releva pas, ne se retourna même pas, persuadé de la présence de son leader dans son sillage. Quand il se retourna il fut trop tard. Boom lança le sprint prématurément, dans la crainte du retour du peloton. Stybar en profita, disposant de Richeze dans les derniers mètres. Le lendemain fut théâtre de la revanche de Greipel, frustré par deux fois déjà sur cet Eneco Tour. La chose fut nette et sans bavure. Boom lança le sprint, Greipel le contra et mis le peloton à deux longueurs. Ce fut beau, simple, efficace.

Mais l'intérêt de ces deux étapes réside surtout à mes yeux dans l'atmosphère particulière dans laquelle baigna le peloton, dans la traversée du pays hollandais. La grandeur de cet Eneco Tour fut de saisir en deux jours seulement l'âme profonde de la Hollande. La première journée fut celle des Polders, des routes cimentées longeant les eaux. L'artificialité de la chose sautait aux yeux tant les routes empruntées par le peloton semblaient factices. Le ciment entourait une mince voie de goudron, simple trait utilitaire au milieu de la bande grise étendue sur la mer. Le peloton remontait sur les digues, affrontant le vent qui plusieurs fois dispersa les coureurs avant que ceux-ci redescendent au milieu des champs. L'étape fut animée par le vent : surprise évidente aux Pays-Bas. Oméga-Pharma s'y prit trop vite, trop tôt, brisant l'effet de surprise et épuisant ses coureurs inutilement. Le peloton demeura nerveux, hésitant jusqu'à la ligne, moment que choisit Roelandts pour contrer inconsciemment les espoirs des sprinteurs. La ligne d'arrivée fut typique de l'étape : les coureurs remontaient une digue balayée par le vent. La solitude des lieux, sa tristesse dans l’empiècement sur la mer révélaient bien des choses sur l'absurde de telles constructions, leur fragilité, leur ridicule.

La deuxième journée se concentra sur l'intérieur des terres. Le résultat fut si réussi que je me désintéressa presque de la course, de toute façon facilement prévisible. La beauté de l'étape fut ailleurs, dans cet enchaînement incessant de virages, de pavés, de traversées de villages ne laissant aucun réel répit au peloton. Chaque équipe l'une après l'autre tentait de contrôler les autres formations. Peine perdue ! Toutes furent rapidement débordées, le peloton prenant un nouveau chef dès lors rapidement éjecté. Ce relais incessant compacta le peloton ou l'étira au besoin selon la route présente. Toute la particularité du paysage hollandais fut flagrante. Le plat régnait en maître ; là n'était pas la difficulté. Ce furent les multiples rétrécissement, entrées d'agglomérations, virages pavés qui rendirent cette étape bien plus ardue qu'elle ne peut le sembler au premier coup d’œil. La Hollande était là, dans ces aménagements constants pour cyclistes qui jonchaient le bord des routes, aide à bien des coureurs pour la remontée du peloton. Le peloton ne se priva pas, plus d'une fois, de couper par les pistes, les herbes de bord de route, optimisant ses trajectoires au sein d'un parcours urbain hostile. Toute la difficulté de l'Amstel Gold Race se retrouvait là, dans l'exercice périlleux de l'esquive des îlots directionnels, dans la recherche de la voie la plus courte, au mépris de tracé naturel de la route. Ce fut également la visite élégante, puisque non appuyée, des petits villages hollandais, alignement de maisons séparées par des haies et des arbres, aux couleurs neutres et ternes. Les couleurs sont à rechercher sur la route, dans l'orange des pistes cyclables et des ralentisseurs, dans le vert des champs et des forêts. Là est la force du vélo comme axe de voyage ; saisir non pas de charmants particularismes mais l’atmosphère globale d'un lieu.

Paysage hollandais

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