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Percées lumineuses

Publié le par Bullomaniak

Vattenfall Cyclassics 2013

Le World Tour comporte finalement peu de classiques dévolues aux sprinteurs. Milan San Remo n'a pas assisté à l'arrivée d'un sprint massif depuis des années (victoire de Cavendish en 2009) et Gand-Wevelgem s'avère suffisamment difficile pour expulser les sprinteurs allergiques aux pavés. La Vattenfall seule réserve encore ce privilège. Encore la chose est-elle sujette à caution, la victoire de Ballan en 2007 prouvant la possibilité de déjouer le plan initial. Le reste du palmarès est tout aussi éloquent. Les noms de Freire, Farrar, Boassen Hagen montrent bien la difficulté réelle de la course privilégiant davantage les sprinteurs habitués des classiques. Greipel illustre parfaitement cette complexité, échouant par deux fois à la seconde place derrière la jeunesse formatée pour les courses d'un jour. L'année dernière ce fut Demare ; cette année ce fut Degenkolb.

La classique de Hambourg pourrait s'avérer morne et excessivement prévisible en raison de sa dévotion aux sprinteurs. Le parcours proposé évite habillement cette problématique. La course ne se joue pas entre une échappée matinale, rattrapée à quelques encablures de la ligne, et le peloton, mais entre le peloton et les hommes forts qui se dégageront dans l'ultime ascension du parcours. La course se joue donc en circuit, dans la périphérie hambourgeoise. La vingtaine de kilomètre répétée traverse plages et forêts pour revenir en des lieux plus urbains à l'approche de la ligne. Au début de ce parcours est située l'unique difficulté du parcours, une bosse de 800 mètres à 8%. Rien de bien insurmontable, mais usante par la répétitivité des efforts, couplés à la longueur du parcours : 250 kilomètres. L'usure fait son rôle et exclue la victoire de certains coureurs incapables de supporter des efforts éloignés de la ligne. L'usure permet également de dégager des attaquants, de mettre en valeur l'audace de certaines individualités du peloton. Vanmarcke, Stannard ou Terpstra furent les grands animateurs du jour, se dégageant dans l'avant-dernière ascension, puis Terpstra voyant le peloton revenir choisissant de s'isoler à l'entame du dernier tour. Ils furent repris, la logique de la course reprenant ses droits.

Bien que ces attaques n'apparaissent, avec le recul, que d'aimables préliminaires au sprint massif, peu de frustration en ressort, personne ne croyant vraiment à un autre scénario, se contentant d'apprécier les efforts des courageux assaillants à la recherche d'une possible faille au sein de ce système bien réglé. La vrai beauté de cette course est ailleurs, dans la dissimulation du nom du vainqueur jusqu'aux derniers mètres. Certes, des noms de favoris apparaissent ici ou là, mais les victoires des deux dernières années - Demare puis Degenkolb - prouvent la surprise renouvelée à la découverte du nom du vainqueur. Toute l'attention est monopolisée par les tentatives d'attaques. Le peloton n'est souvent qu'une entité fictive, représentée par les quelques coureurs à sa proue, mais dont la masse nous est dissimulée par les vicissitudes du parcours. Le parcours coule au travers de la forêt hambourgeoise, tournant successivement dans l'une ou l'autre direction, empruntant de petites routes de traverses qui étirent insensiblement le peloton. La progression continue au cœur de la forêt a une autre incidence. Le feuillage des arbres coupe le soleil qui ne s'écrase que par minces touches sur les coureurs, dissimulant les visages, empêchant de reconnaître les identités nichées au sein du peloton, rendant plus exquise encore la découverte de celui qui triomphe. La course et le parcours se répondent parfaitement. Y a-t-il plus extrême subtilité ?

Percées lumineuses

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