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Sublime galère

Publié le par Bullomaniak

Vuelta 2013 - étapes 14 et 15

Deux étapes sortaient du lot sur le plan de départ : l'arrivée à Andorre et celle à Peyragudes. Au cœur d'un parcours abusivement dédié aux courses de côte, l'existence de tels tracés laisse croire à la possibilité d'une course animée et indécise où les favoris tenteraient de grandes manœuvres. On ne peut nier une certaine déception. Les conditions météo sauvèrent la mise. Notre perversité compensa la perte d'intérêt de la course. Nous avons joui devant le spectacle effarant de ces hommes à la limite de leurs capacités, en proie à la plus extrême des violences : le froid.

La course fut pourtant belle, sacrant par deux fois un ultime rescapé matinal ; Ratto en premier, courageux devant la tempête, suivi par Geniez, intouchable parmi les fuyards. Chacun fut exemplaire. Personne ne peut décemment leur contester la victoire. La victoire leur sera toujours utile dans la suite de leur carrière. Reste malgré tout une pointe amère : les favoris se désintéressant de l'étape sont toujours un peu frustrants. La bataille eut lieu - à la pédale le samedi, grâce à l'offensive de quelques-uns le dimanche - mais ne put s'achever parfaitement par la joute accordée à l'étape.

Comme à l'accoutumée, on se contenta de la dernière ascension. La montée d'Andorre fut la plus violente. Le peloton transi par le froid explosa dès les premières pentes. Certains avaient déjà sombré. Basso en hypothermie se résolut à l'abandon. Quinze autres suivirent. Majka et Elisonde traversèrent l'enfer. Roche fut conduit à la faute. Valverde seul dans le désespoir glacé sut se refaire, grimpant comme à son plus beau jour. A l'avant à l'inverse certains semblèrent insensibles à la douleur. Horner fit sa démonstration habituelle, cette fois suivi par le leader Vincenzo Nibali. L'italien put même décrocher le vieillard dans le sprint. La dignité est sauve.

Le dimanche traversa la frontière. Ce fut donc l'occasion d'un festival francophone. Geniez le premier fila gagner l'étape, surpuissant dans les ascensions, magnifique de pureté dans les descentes. Roche à son tour profita du port de Balès pour s'échapper. Zaugg le premier l'attendit. Majka prit le second relais. Roche enfin termina à bout, isolé devant les leaders, mais peu récompensé de son superbe coup tactique. 14 minuscules secondes furent reprises. Thibaut Pinot enfin assura le spectacle au sein du groupe des leaders. L'ultime ascension fut le théâtre des attaques incessantes du français. Il le paya dans les derniers kilomètres. Peu importe. Le risque est préférable à la médiocrité.

Malgré ces quelques rebondissement, on eut finalement peu à se mettre sous la dent. On se rabattit au spectacle calamiteux du ciel. La Vuelta jusqu'ici connut le soleil et la chaleur ; les Pyrénées trahirent le peloton. Le départ fut clément. C'est alors que le sadisme de la nature déclencha les hostilités. La pluie se fit continue, glacée, cinglante. Le froid saisit la course. Notre perversité fut à son comble : les visages de souffrances, les défaillances humaines firent notre ravissement. Le spectateur n'est jamais aussi heureux que dans les moments où les champions réalisent ce qu'il ne saurait faire. Le défilé de douleur fut un délice. Les expressions affichaient la haine, la peur, le doute, plus encore la volonté de renoncement. Quinze soldats désertèrent. Les batailles intestines perdaient leur sens. L'ennemi c'était lui, ce froid atroce et lâche, concentré de mal torturant avec une jouissance sans commune mesure les corps et les âmes, brisant les esprits les plus farouche, faisant chialer y compris les plus forts, démontrant par dessus tout l'absurdité maladive du sport cycliste.

Sublime galère

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