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Sur la lancée

Publié le par Bullomaniak

Clasica Ciclista San Sebastian 2013

Tout comme les Champs-Elysées font office de critérium aux coureurs du Tour, la Clasica San Sebastian est une kermesse d'après Grande Boucle ; on y retrouve les mêmes protagonistes, venus profiter de leur forme récente. C'est l'occasion de profiter encore de ces champions, de les admirer sur un terrain tout autre, sur une configuration de course complètement différente. Comme dans toute classique, le contrôle des équipes s'avère limité ; les leaders se retrouvent vite isolés, privé de l'appui collectif, contraints à user de leur tête plus encore que de leurs jambes. La combativité prime bien souvent sur la force pure.

A ce jeu-là c'est Gallopin qui en a tiré profit. Sa combativité n'est pas à démontrer, parti au pied de la dernière ascension, résistant héroïquement à ses cinq poursuivants. C'est Movistar qui la première enclencha la bataille, sacrifiant le pion Quintana au profit de Valverde. Un groupe s'isolait en tête. Seul Chavanel et Nieve revinrent, refusant une défaite trop rapide. Neuf hommes se jouait alors la victoire. Trois français parmi eux, et voilà que le chauvinisme revient. Mon soutient se portait dès lors sur Jeannesson, membre de mon équipe favorite. Kreuziger disposait également de mes faveurs. En tout cas, tous m'étaient agréables, excepté Valverde dont l'apathie sur le Tour était révoltante. Kreuziger et Valverde se marquèrent. Gallopin en profita, surprenant son monde, s'élançant vers l'exploit : quinze kilomètres en solitaire, donnant à sa victoire une dimension tout autre. Le nom seul des battus suffit à donner du relief à sa performance : Valverde deuxième, Kreuziger troisième, Nieve quatrième. Ce fut d'autant plus beau que le panache était là ; la prise de risque était grande pour un garçon sans doute le plus rapide de son groupe. Seulement un sprint n'est jamais une valeur sûre. Trop de paramètres peuvent déraper. L'échappée solitaire offre cette simplicité des choses : ça passe ou ça casse.

L'échappée solitaire, alors même que le coureur est le plus rapide de son groupe, est-elle la marque des grands champion ? Une chose marque : Sagan, Bonnen, Gallopin, chacun gagnèrent leur première classique sur un scénario semblable. Bonnen en 2005, au tour des Flandres, parti à huit kilomètres de la ligne. Sagan cette année à Gand-Wevelgem. Et Tony Gallopin aujourd'hui. Le panache est la marque des champions. La rage de vaincre surtout. Trois situations semblable. A chaque fois, le doute, la peur de l'imprévu, la volonté d'éviter la facilité d'un sprint, le besoin de s'assurer pleinement de sa victoire. Ne prédisons pas un avenir radieux à Tony Gallopin ; constatons juste que son comportement fut celui d'un grand. Une telle prouesse redonne de l'élan à sa carrière.

Valverde par contre confirme qu'il n'a d'un champion que la force ; le panache n'y est pas, encore moins la rage de vaincre. Gallopin parti, il se retrouva en compagnie de quatre coureurs, chacun répartis équitablement en deux équipes. Valverde était le meilleur au sprint ; ses adversaires nécessairement hésitèrent à l'y emmener. Une seule chose permettait alors la victoire : la prise de risque. Elle n'eut pas lieu. Valverde préféra conserver ses forces, espérant un coup de pouce miraculeux. Il n'exista pas davantage. Valverde perdit. Là où il aurait du rouler jusqu'à ses dernière force, prendre le risque d'échouer en son propre domaine, au moins tenter de partir seul à la poursuite du français, il choisit de passer quelques courts relais, arguant de la supériorité numérique de ses adversaires. Mes souvenirs ne vont certes pas loin, mais il ne me revient pas une seule fois à l'esprit un moment où Valverde s'est comporté en champion. La pointe de vitesse ne justifie pas tout. Ce sont les coureurs de ce genre qui rendent les courses aussi mornes.

Sur la lancée

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