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Qu'est-ce que la combativité ?

Publié le par Bullomaniak

Tour de France 2016 - étape 3

Les courses professionnelles sont beaucoup trop sclérosées. Si on veut prendre l'échappée, on doit partir au baisser de drapeau. Et si on a décidé de rester dans le peloton la majeure partie de l'étape, on ne doit pas essayer d'attaquer ou de relancer un contre, quand bien même l'échappée n'est qu'à quelques dizaines de mètres. Ainsi, quand au sprint intermédiaire le peloton est revenu à moins d'une minute, pourquoi personne n'a-t-il tenté d'en profiter ? Entre le faible écart avec le duo de tête et le relâchement prévisible du peloton, c'était le moment parfait pour faire le saut.

L'année dernière, déjà, on avait aperçu Thomas Voeckler dans de telles manœuvres du côté du Havre. Après tout, quel risque y a-t-il à tenter une attaque ? Si ça ne marche pas, ça n'aura pas coûté grand chose, et si ça marche, la victoire sera grande. Et si on prend en compte le nombre élevé de coureurs par équipes, en avoir un de moins à protéger le leader ne va pas changer grand chose. On ne va certes pas demander aux équipes de sprinteurs d'envoyer des coureurs à l'attaque (quoique la chose s'est déjà vue), mais que les baroudeurs prompt à de longs raids publicitaires prennent au moins le temps de considérer cette option.

Ainsi, Thomas Voeckler, s'extirpant du peloton à 80 km de l'arrivée fut désigné combatif du jour. On pourrait s'en réjouir : le jury récompensant l'offensive, la capacité à saisir des opportunités et à sortir des schémas pré-établis du peloton est un beau signe d'encouragement. La réussite de Tim Wellens sur le Giro aurait pu pousser davantage de coureurs à aller dans cette voie, mais le fait restant rare, il n'est pas illogique de marquer son approbation au panache de Voeckler. Seulement, la réaction du public fut quasi-unanime : c'est Armindo Fonseca qui méritait d'être désigné le plus combatif du jour.

Fonseca a pour lui d'avoir été le seul échappé de la première heure, le seul à tenter le coup au baisser de drapeau, encouragé par le fait de courir à domicile. Mais seul, difficile d'être très motivé sur une étape aussi longue. Un coup à la Thierry Marie aurait pu se tenter mais Fonseca n'a probablement pas les capacités pour un exploit pareil. Donc, que faire ? Simplement se contenter d'avancer à son rythme, en espérant la passivité du peloton. Si personne ne l'avait rejoint, l'attribution du prix de la combativité n'aurait provoqué aucun débat.

La polémique rappelle le discours de Thomas De Gendt à la fin du Tour 2015 arguant du nombre de kilomètres qu'il avait passé en échappée pour justifier de pouvoir être élu super-combatif. Mais réduire la combativité au nombre de kilomètre passé à l'avant est une triste idée. Même dans la définition du prix, on trouve l'idée de récompenser celui qui s'est le plus battu pour la victoire d'étape. Voeckler surgissant du peloton pour relancer la course semble bien davantage correspondre à cette définition. Désigner l'un ou l'autre combatif du jour rejoint la sensibilité personnelle. Le choix du jury se portant sur Thomas Voeckler est tout à fait respectable et ne devrait pas être jugé aussi unilatéralement comme une erreur.

Qu'est-ce que la combativité ?

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