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Étapes criminelles

Publié le par Bullomaniak

Vuelta 2013 - étapes 2 et 3

Face aux deux autres grands tour, la stratégie espagnole était simple : mystifier le public par les chiffres. Annonçant onze arrivée au sommet, la Vuelta se prétendit ultra-montagneuse, ultra-difficile, et surtout dénuée de ces étapes innommables attribuées au sprinteurs comme le Giro et le Tour savent si bien en faire. Un vague coup d’œil sur le parcours suffit du reste à démonter cette esbroufe. La proportion d'étapes de haute montagne demeure semblable à ce qui a été proposé sur le Tour, la variété en moins, toutes s'achevant sur un sommet. Deux parmi elles peuvent échapper à une course de côte, dont une, comble d'ironie, prend pied dans les montagnes françaises. Les autres annoncent définitivement la stratégie espagnole du spectacle à tout prix, sans considération aucune pour sa durée. A moins qu'un miracle contadorien ne vienne perturber l'ordre des choses, la légende a peu de chances de venir s'attacher sur cette Vuelta.

Ces deux étapes correspondent à l'esprit même de cette stratégie estimant qu'une course de côte vaut toujours mieux face au risque de la passivité des coureurs. Les approches des ascensions finales furent désespérément plates, empruntant le rectiligne bord de mer. Les organisateurs durent estimer que le paysage servirait d’ersatz, comblant l'ennui inévitable, oubliant l'uniformité des côtes qui rajoutèrent encore à l'inexistence de la course. Seule la troisième étape connut quelques remous loin de la ligne. Le problème fut leur origine ; ils ne vinrent pas de l'audace de quelques attaquants profitant d'une quelconque difficulté pour s'extraire du peloton, mais de l'organisation lamentable préférant la promotion touristique à la sécurité des coureurs. La troisième étape emprunta des routes étroites, aux rétrécissements courants, favorables aux chutes au sein d'un peloton abruti par la morosité du parcours. Inévitablement, on chût. Plusieurs fois.

L'apogée de cette mise en danger vint d'une petite île à quelques kilomètres de la ligne. Le peloton s'accéléra sous le coup des Movistar voulant profiter du retard de certains leader bloqués dans des chutes collectives pour creuser un écart définitif, sorte de basse vengeance du coup de bordure dans lequel fut pris Valverde. Ce qu'oubliait alors l'espagnol, c'est que d'attaquer quelqu'un sur un problème mécanique n'est que rarement honorable, mais qu'attaquer quelqu'un sur une chute s'avère du plus mauvais goût. Rien n'incitait les Movistar à rouler, sinon une envie malsaine de profiter du malheur des autres, s’enthousiasmant presque du sort de ceux restés à terre.

C'est dans cette initiative perverse que le peloton déboula sur le pont de l'île d'Arousa. Le tour de l'île se parcourant en un temps très réduit, les organisateurs décidèrent de couper la route en deux, le peloton évitant ainsi de croiser de face une possible échappée. D'échappée il n'y eut point. Ce fut le peloton qui entama la découverte d'Arousa, butant sur cette séparation absurde de la route. Surpris, certains prirent à gauche de la route, à l'inverse de la volonté des organisateurs. Un coureur pris la séparation de front, restant à terre. Certains, marqués de bon sens, voulurent attendre leurs camarades retardés. D'autres voulurent profiter toujours de l'occasion, continuer à rouler, avant de se résoudre au regroupement. Tony Martin avait éructé contre la descente de Sarenne, au final sans conséquence, dont l'unique fait notable fut une sortie de route de Riblon au pied, dans la forêt. Pour moi, ce sont plutôt des étapes de ce genre qui sont criminelles, ennuyant spectateurs et coureurs, surtout prenant le risque de la chute dans la déconcentration du peloton. Chaque rétrécissement deviendra surprise pour un peloton endormi par l'absence d'enjeu. Dès lors, tout est permis, y compris des incursions touristiques en dépit du bon sens. La course n'y gagne rien, certains y perdent tout.

La course fut telle qu'on l'attendait. La seconde étape se décanta à 1,5 km de la ligne, les défaillances de Henao et Sanchez réveillant notre attention aux dix kilomètres. La troisième journée connut un scénario semblable. Chaque fois le fait à noter n'est pas tellement le vainqueur, méritant pour avoir osé partir avant le sprint final ; Nicolas Roche le premier jour, Chris Horner le second. C'est surtout la passivité de Alejandro Valverde qui est flagrante, dominateur des deux sprint du peloton, mais incapable de prendre l’initiative du risque, estimant pouvoir se limiter à espérer un sprint. Faire travailler ses équipiers ne le dérange en aucun cas. Faire un effort superflu semble en revanche être sa plus grande angoisse. Pour le reste, chacun peut trouver son compte dans ces ultimes efforts, certains s'enthousiasmant de la forme affichée de Basso, les franchouillards s'inquiétant du moindre geste de Thibaut Pinot, les supporters de Nibali hésitant sur le port du maillot de leader...

Étapes criminelles

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